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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 23:41
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L'imposture Obama,
Obama pire que Bush,
par Eva R-sistons




Bonjour mes amis,

Jamais une propagande n'a été aussi bien orchestrée par les Médias; Car ce sont eux, en définitive, qui font et défont les "rois". Il fallait une rupture avec l'ère Bush, rétablir l'image  d'un pays complètement discrédité par les mensonges et les désastres politiques, en pleine déroute, dans tous les domaines, et d'abord sur le plan moral.
 Car sur le fond, il ne fallait surtout rien changer. Le séduisant Obama, très charismatique, a été choisi non pour modifier une politique réprouvée dans le monde entier, mais pour la rendre acceptable aux yeux de tous.


Politique intérieure

Tout est dans l'art de vendre. Aujourd'hui, le plus important est de bien communiquer.  Le monde a été dupé par Obama, comme la France l'a été par Sarkozy. Et qui va payer la note ? Nous tous. Le jour même de son élection, j'écrivais déjà: "Méfiance !". C'était inspiré. Aujourd'hui, solennellement, avec gravité, je vous le dis: Obama sera plus dangereux que Bush.  Et par exemple, ce dernier n'a rien fait pour la santé de ses concitoyens, il a au contraire taillé dans tous les programmes sociaux pour engraisser ses amis, industriels de l'Armement, du Pétrole, etc, comme Sarkozy chez nous. Aujourd'hui, dans les pays occidentaux, le transfert se fait des pauvres vers les riches. C'est proprement scandaleux. 

Mais si Obama, lui, a pris à bras le corps le domaine de la Santé pour le réformer, enfin, c'est finalement au détriment des plus âgés, des plus pauvres, des plus malades. Habiller Paul, ou les jeunes (non malades, en principe), en déshabillant Pierre (les vieux, en principe malades): C'est une escroquerie. Pire, cet eugénisme masqué (et assorti d'une honteuse politique de délation) dont les médias menteurs se gardent bien de parler, rappelle les monstruosités nazies.  Curieusement, d'ailleurs, les eugénistes les plus renommés, après la débâcle hitlérienne, ont émigré aux USA sans être inquiétés. Un phénomène qu'il serait bon d'approfondir...

Alors, quel bilan de ce début de Présidence, outre la mise en place d'une politique de délation envers les citoyens qui se méprendraient sur les intentions d'Obama en matière de politique de la Santé, et des mesures qui dressent 52% des Américains contre lui, déjà ?


A-t-il commencé à régler la crise financière ? Loin de venir en aide à ses concitoyens, aux travailleurs ou aux chômeurs, Obama a délibérément joué la carte des banquiers. Nous en étions restés aux 700 milliards de cadeaux pour renflouer les Banques, que celles-ci ont gloutonnement dévorés en distribuant au passage de nouvelles largesses insensées à leurs "meilleurs" éléments, les plus audacieux, les plus cyniques aussi, et l'on parle maintenant de près de 24.000 milliards de dollars pour le TARP (Plan de renflouement bancaire). Les citoyens se retrouvent de plus en plus sans travail ET sans logement, et ils sont mis à contribution pour les dispendieux cadeaux aux banques.


Permettez-moi une audacieuse explication, puisque mes intuitions s'avèrent généralement justes :

Et si la crise n'était pas provoquée, en définitive, pour pressurer toujours davantage  le peuple pourtant de plus en plus appauvri (n'oublions pas que l'idyllique Nouvel Ordre Mondial programmé par la Mafia au sommet a pour but, aussi, de supprimer la classe moyenne, notamment en dépréciant les emplois, en privatisant tout ce qui reste du secteur public, et en supprimant les dernières protections sociales), et cela afin d'offrir à ceux qui sont déjà bien pourvus, un colossal pactole supplémentaire, pour édifier des bunkers dorés, somptueux, climatisés, bien approvisionnés (notamment avec toutes sortes de semences), sécurisés, sanctuarisés... comme près de Svalbard, en Norvège, tandis que les peuples se feront la guerre et subiront toutes sortes de pandémies et d'aléas climatiques dûment provoqués pour réduire leur nombre ? Car il en faut, des capitaux, pour édifier cette cité "céleste" hyper-protégée réservée aux "bien nés", aux "bien nantis", "aux mieux méritants", bref à l'"Elite" qui pour nous, brille surtout par sa cupidité maladive, son arrogance caractérielle, son égoïsme sulfureux, et son insensibilité pathologique... Ainsi, notre utilité apparaît clairement: Comme chair à canons, comme esclaves, ou comme laquais... Il y a aussi une autre catégorie, mais là peu de monde se presse au portillon: Celle des résistants. J'en suis ! Le dire clairement, voilà qui va aggraver mon cas, mais il est déjà désespéré.  Oui, plutôt mourir debout, que vivre couché !!! Je ne me prosternerai jamais devant des crapules...

Mais revenons à Obama, et à ses résultats. On connaît son nouveau chien, ses déclarations à la presse, son sourire, ses apparitions publiques, très médiatisées... Mais encore ???




Politique extérieure

Je prétends qu'Obama est pire que Bush, pas seulement en matière de politique intérieure (incurie, cadeaux aux plus riches, Politique de la Santé eugénique...), mais aussi en matière de politique étrangère. Certes, le nouvel Ambassadeur de l'Empire américain a fait de prometteuses déclarations sur le Proche-Orient, on allait voir ce que l'on allait voir, et tout continue comme avant. Non, en pire: La colonisation bat son plein, des dizaines de familles  sont expulsées de leur domicile à Jérusalem Est sans émouvoir personne, Lieberman pavoise aux quatre coins de la planète, alors même qu'il a des bataillons de Juges à ses trousses, les uns pour blanchiement d'argent, les autres pour accusations de corruption ou d'abus de confiance, et j'en passe, il y a aujourd'hui en Israël presque autant de corrompus que de dirigeants. Et beaucoup sont fascistes ou fanatiques. Ca ne gêne personne ??? Il y a peu encore, les Européens faisaient la fine bouche en Autriche avec Haider... Mais on s'habitue à tout, là comme en Italie. En tous cas, avec Israël, on est habitués: Il a tous les Droits, les autres aucun - ou seulement des devoirs !!! Joli pays... Très moral, comme il le proclame à qui veut l'entendre. Quels sont les critères de l'éthique, aujourd'hui, au fait ???

Est-ce mieux en Amérique Latine ? Eh bien non, Bush ne s'était pas dispersé, il avait négligé ce continent. Obama, lui, cumule tous les avantages: Une duplicité rare (pas de soutien, officiellement,  aux auteurs du coup d'Etat au Honduras), et en sous-mains, une politique de destabilisation de tout le continent, complots à gogo, avec les amis israéliens et anglais (toujours eux), projets d'assassinats de dirigeants trop soucieux de l'intérêt de leurs peuples et pas assez de ceux des multinationales américaines, financement des dictateurs, formations des militaires, établissement de bases musclées (comme en Colombie), envoi d'Ambassadeurs particulièrement zélés et au CV très ambigu... La sinistre Ecole des Amériques reprend du service. "Yes, we can..." ! Avec Obama, les Latino-Américains ont tout à redouter...

Mais le pire du pire, avec le charmeur Obama (FR2, cette télé félonne occupée par les Néo-sionistes, nous promet samedi prochain avec Delahousse, un nouvel "Un jour un destin", cette fois pour célébrer les mérites d'Obama, de la nouvelle Amérique, ils sont beaux nos médias ..), ce sont ses projets, quoiqu'en dise l'hypocrite qu'il est: Car le Maître de la Maison "Blanche" veut désormais non pas s'en prendre comme Bush à des Etats sans défense, tel l'Irak, mais à un pays redoutable sur le plan nucléaire: La Russie. Jamais l'Amérique n'a été aussi arrogante, ambitieuse, hégémonique, cynique, prédatrice, criminelle, menaçante - et hypocrite. Ainsi, le ravalement n'est que de façade ! Un exemple ? Dans le cadre de la politique d'encerclement de la Russie, le Vice-Président Joe Biden s'est prononcé en faveur de l'adhésion de la Georgie à l'Otan... Rien de tel pour provoquer l'étincelle qui mettra le feu dans le Caucase et en Russie comme en Europe ! Et cette politique se prolonge par les provocations en Crimée, via l'Ukraine, ou en Arctique, via le Canada. Nous sommes sur une poudrière. Si nous échappons à l'apocalypse, on le devra seulement à la dissuasion nucléaire de la Russie, et à la capacité de nuisance de l'Iran attaqué. Peut-être dans un réflexe de survie, dans un sursaut de sagesse, l'Amérique et Israël reculeront-ils pour ne pas être victimes d' effroyables dégâts collatéraux...


Et l'Irak, justement ? Obama délaisse progressivemet ce pays (en assurant ses arrières avec des marionnettes bien peu démocratiques), mais pour mieux réorienter ses forces, et même les augmenter, en Afghanistan, nouveau terrain de chasse, pardon, de mort, et comme  cela ne suffit pas, voici les troupes américaines, dans la foulée, qui investissent le Pakistan... La démesure n'est pas loin ! On se prend à regretter Bush, un comble !!! Bref, tout cela ne présage rien de bon. D'autant que les Etats-Unis ne s'arrêteront pas, ensuite ce sera le tour de la Chine, dernier obstacle à la domination du monde...

Alerte, ces gens sont des irresponsables, des déments !!!! Vous voulez que je vous dise ??? Un mandat d'arrêt international devrait être lancé contre ces assassins de l'humanité pour quelques dollars de plus !!!! Et au lieu de cela, on déroule des tapis rouges devant les pas des ordures qui ont fait main-basse sur la planète, de la manière la plus anti-démocratique qui soit !!!

Et la folie meurtrière se met en place, palier par palier, dans les coulisses. La destabilisation de l'Iran, le choix d'icônes féminines faisant le tour du monde parce que tuée ou parce qu'accusées d'espionnage, tout se déroule machiavéliquement sous nos yeux pour neutraliser toute opposition à l'attaque de ce pays qui pourtant n'a jamais attaqué personne...

Contournant l'ONU, et sans Chirac cette fois mais avec Sarkozy au premier rang - ce qui nous promet d'effroyables réjouissances - , l'Amérique s'apprête à proposer un blocus de l'Iran qui s'apparentera en Droit international à un véritable acte de guerre...


Alors oui, voyons les choses en face: Nous avons été copieusement bernés, une fois de plus, notamment par les Médias, et Obama ne moralisera ni le capitalisme ni la politique étrangère d'une Amérique dont les dernières convulsions risquent d'entraîner la planète dans un immense bain de sang, pour tenter de sauver son économie, son mode de vie égoïste et carnassier, son Empire, et Israël en pleine
déliquescence...


La seule chance d'éviter la boucherie sauvage qui se prépare, est de se racrocher à l'espoir de la dissuasion nucléaire russe, intelligemment mise en avant...


Entre temps, l'ami américain de Sarkozy, et donc de la France via les Médias, sera peut-être assassiné par les Services secrets anglais, plus soucieux des intérêts de leur pays que du couple qu'ils forment avec les Américains... Quand, bien sûr, Obama ne sera plus utile aux canailles qui ont pris en otage la planète avec leur projet de contrôle total du monde. Et là, on retombe sur le cynisme des psychopathes qui prétendent imposer la démocratie et la paix au monde, après en avoir fait un champ de ruines...


Eva, R-sistons, quel que soit le prix payé, aux fous qui rêvent de guerres préventives et permanentes pour assurer la paix, et de tout dominer pour proposer la démocratie, tout en consolidant leurs portefeuilles via un holocauste social, économique, militaire, moral... Barbarie, ou civilisation ? Le choix dépend de tous. Unis, bien sûr....



                                                




Suite publication sur mon blog R-sistons à l'intolérable :
http://r-sistons.over-blog.com/article-34944347-6.html#anchorComment


Commentaire reçu :


Je réagirai juste un petit peu pour ton article sur le Président Obama en disant qu'il faut aussi se mettre à sa place et lui accorder dans un temps limité le bénéfice du doute. Il a un parcours pas banal et il ne peut pas affronter tout les lobbyes à la fois dès son accession à la présidence, wait and see...
En admettant qu'il soit bon, il lui faut encore rester en vie pour être utile à sa nation.


Cher réveil, moi j'ai comme principe de juger un homme par ses ACTES et non sa diction ou ses bonnes manières, et je vois que même si tu apprécies ce blog, tu sembles, comme beaucoup, sous le puissant pouvoir charmeur de Barack Obama. Tu as l'air de faire partie de ceux qui secrètement, rèvent qu'il soit la Marionnette qui se rebellera contre son Marionnettiste (ici les lobbies qui ont créé et propulsé Obama, et qui attendent retour sur investissement). Or les actes d'Obama depuis qu'il occupe le bureau ovale sont très parlants :

- Intensifier la présence en Afghanistan et destabilisation du Pakistan,
- Fermer les yeux sur les massacres de Gaza, et se limiter à de timides appels au "gel" de la colonisation israélienne (tu te rends compte, on parle de gel et non de quitter des territoires acquis par la force !!!!),
- Ingérences dans les affaires iraniennes, confirmé par Hillary herself,
- Promotion d'un coup d'état au Honduras pour attaquer le maillon le plus faible de l'ALBA (et c'est pas les gesticulations du président du Costa Rica qui y changent quoi que ce soit, c'est un écran de fumée),
- Future installation de SEPT nouvelles bases militaires en Colombie, ciblant l'Equateur et le Venezuela,
- Des milliards et des milliards données aux banques zombies US sans remise en question du système ni contrepartie,
- Déjà on observe du recul pour la question de la santé,
- Persistance dans le blocus infâme contre Cuba,
- Intimidation de la Russie avec l'Artique et éternel soutien à la marionnette-président de la Géorgie,
etc, etc.

Je trouve qu'en un semestre de règne, il a fait autant que Bush en 8 ans !!!!
Cesse de t'illusionner sur le personnage et son charisme (ma fois très stéréotypé et préfabriqué, un peu un Georges Clooney Black), regardes les FAITS et RIEN QUE LES FAITS. Tu trouves ses discours originaux ? Lis un peu la traduction des réflexions de Fidel Castro, si tu veux lire des discours audacieux et engagés. Regardes comment le Réseau Voltaire a démonté sa "main tendue" à la con aux musulmans
http://www.voltairenet.org/article160476.html ou aux africains http://www.voltairenet.org/article161110.html
Repenses un peu à Frankin Roosevelt quand il est arrivé et a hérité d'une situation économique catastrophique : comme Obama, il était le Candidat de la Crise (et du changement), il a profité de sa popularité pour faire passer des mesures très impopulaires comme Medicare, ou Pecora (qui séparait les banques de dépots de celles d'investissement). Il est passé en force, a affronté la menace réelle d'un coup d'état, mais a réussi. Obama rien, sa popularité est déjà chancelante et il n'a fait preuve d'aucune audace, mise à part formelle. La différence, c'est que Roosevelt était un fils de banquier, et qu'il pouvait se permettre de les snober car il était de leur mileu, Obama reste un petit métis complexé qui leur doit tout.

Si tu veux un exemple récent de marionnette qui s'est retourné contre ses créateurs, ce serait... Vladimir Poutine ! Il était la créature de Boris Elstine, l'homme qui a réussit l'exploit de faire de la Russie un pays du tiers-monde en moins de 10 ans en le bradant aux étrangers, et qui a négocié son immunité, a imposé à son poulain SON équipe, et qu'a fait Poutine après ? Rien de ce que Elstine et les occidentaux espéraient, il avait bien caché son jeu ! Après que Poutine soit autoritaire et tout, je veux bien, mais il est un véritable homme politique (ce n'est ni positif ni négatif) qui a une vision pour son pays (après on peut critiquer cette vision, c'est une autre histoire), qui tient son rang lors des diverses réunions internationales, et fut même, lors de la désastreuse décennie Bush, un contrepoids géopolitique salutaire pour les autres peuples du monde. Or en Obama, je vois rien venir.

Attention, je serais la 1ère à admettre que j'ai eu tort si Obama se révélait durant cette terrible crise civilisationnelle, mais je pense plutôt comme les rédacteurs du site Dedefensa.org, que les USA imploseront et qu'il sera la dernier (ou l'un des derniers) présidents classiques. Comme les américains, fais ton deuil de l'American Dream, car ce ne fut qu'une vaste fumisterie pour imposer un ordre mondial libéral totalitaire.
Commentaire n° 6 posté par Annie aujourd'hui à 22h10


http://r-sistons.over-blog.com/article-34944347-6.html#anchorComment


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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 21:29



publié par roland (Dazibaouebmaster) le 17/08/2009 18H29

Dessin original, Quino, absence de sources pour la retouche

Article Alba TV Publié sur Mondialisation.ca

Aujourd’hui 4 août, alors que le Front de résistance au coup d’État défilait pacifiquement, les manifestants ont reçu une nouvelle décourageante, celle de la fermeture dans les prochains jours de Radio Glogo par le CONATEL, l’instance d’État qui régule les médias au Honduras. Cette décision constitue un abus de plus de la part des putschistes qui continuent de porter atteinte à nos droits, et particulièrement au droit à la libre expression dont disposent tous les citoyens d’un pays. / Mabel Marquez, Via campesina Honduras,  publié par Alba TV, 5 août  2009.

 

Dessin original, Quino, absence de sources pour la retouche

 

La fermeture de cette grande radio qui dispose d’une couverture nationale – qui, soit dit en passant, est une des rares radios qui depuis le coup d’État informe objectivement sur ce qu’il se passe dans le pays et qui a été présente lors de toutes les activités organisées par le Front de résistance au coup d’État, depuis le 28 juillet 2009 – signifie un retour en arrière, non seulement pour le Honduras, mais pour l’Amérique latine toute entière. Ces derniers jours, Radio Globo est devenue l’alternative qui permet de forcer le barrage de la désinformation orchestrée par les grands médias aux mains de l’oligarchie hondurienne.

Les membres du Front de résistance contre le coup d’État ont exprimé que la fermeture n’est pas seulement dirigée contre Radio Globo, mais contre tout le peuple hondurien qui a le droit d’être informé objectivement et qui a le droit à la liberté d’expression.

Depuis le coup d’État, très peu de médias ont réellement informé le peuple hondurien de ce qui s’est passé, parmi eux : Canal 36 (Cholusat sur), Radio Globo, Radio Progreso dans le nord du pays, l’émission Hable como Hable d’Eduardo Maldonado sur Maya TV et quelques radios communautaires avec une couverture locale.

Aujourd’hui, la manifestation du Front de résistance au coup d’État est partie de l’Université pédagogique Francisco Morazán. Les dirigeants du mouvement ont regretté les actes violents qui se sont déroulés hier à San Pedro Sula. Là-bas, des membres du Front de résistance ont été réprimés, alors que les manifestants très nombreux protestaient pacifiquement à proximité du lieu de réunion du président putschiste Roberto Micheletti avec des chefs d’entreprise de la région. Les manifestants ont été délogés par la police et l’armée. De nombreuses personnes ont été arrêtées, il y a eu quarante blessés, et nous n’avons pas de nouvelles de deux jeunes ayant été embarqués par la police. Un des ces jeunes a été blessé par balle et les manifestants ont vu les policiers le ramasser et l’emporter, sans qu’ils leur soit permis de lui venir en aide. Une jeune femme a également été détenue, et personne ne sait où elle a été emmenée. Les faits ont été condamnés et dénoncés par le Front de résistance contre le coup d’État.

Par la suite aujourd’hui, la manifestation pacifique qui a défilé à Tegucigalpa est partie de l’Université pédagogique à 9h00 du matin. Dans un premier temps, les manifestants sont passés devant le bâtiment Torre Libertad, propriété de Rodrigo Wong Arévalo, propriétaire d’un des si nombreux médias qui appuient le coup d’État. Les manifestants ont exprimé toute leur colère envers ce citoyen et son média.

Le cortège a ensuite emprunté le boulevard Suyapa, situé à quelques mètres des bureaux du Commissariat national des droits de l’Homme, dirigé par Ramón Custodio López, citoyen qui prétend travailler à la défense des droits de l’Homme. Pourtant, il s’emploie plutôt à défendre les intérêts de l’oligarchie politique et des groupes de pouvoir, qui disposent de lui comme d’un fidèle serviteur. C’est le message que les manifestants ont fait passer à Custodio López, alors qu’ils lui demandaient de quitter son bureau et de démissionner du poste qu’il occupe.

Plus tard, les manifestants se sont dirigés vers le Ministère public où ils se sont arrêtés quelques instants. Ils ont également crié leur rejet de cette entité qui n’a cessé de défendre les putschistes.

Enfin, ils ont emprunté le boulevard Morazán où se trouvent les studios de Radio Globo, afin de témoigner de leur solidarité et de leur soutien à cette radio du peuple. Les manifestants ont déclaré qu’ils ne permettraient pas aux putschistes d’empêcher le peuple d’exprimer ce qu’il ressent et ce qu’il pense. Ils n’ont pas écarté la possibilité d’organiser des actions afin d’interdire la fermeture de cette radio, si les recours légaux – mis en œuvres gratuitement par des avocat qui défendent la liberté d’expression – ne donnent pas de résultats.

Le Front de résistance contre le coup d’État met également en place une action très créative depuis cette semaine. Des messages rejetant le coup d’État sont tamponnés sur tous les billets de monnaie. On peut y lire par exemple : Dehors Micheletti, Non au coup d’État, Oui à l’assemblée constituante. Nous avons pu observer que de nombreuses personnes tamponnent leurs billets ; l’objectif est de socialiser ces messages rejetant le coup d’État.

Par ailleurs, un incident est survenu ce matin à l’Université autonome du Honduras, quand le candidat présidentiel du Parti Libéral du Honduras, Elvin Santos, est venu y faire un discours. Nombreux sont ceux qui se sont sentis offensés et dérangés par sa présence, car il est un des personnages qui appuient le coup d’État. S’en est suivi un affrontement entre les gardes du corps de Santos et des membres du Front de résistance, à tel point que des coups de feu ont retenti et que le candidat a quitté les lieux en courant.

LA RÉPRESSION N’ARRÊTERA PAS LE PEUPLE ORGANISÉ

VIVE LE PEUPLE HÉROÏQUE DE MORAZÁN



Article initialement publié en espagnol par ALBA TV :  Anuncian cierre de Radio Globo, una de las pocas emisoras objetivas

Texte traduit en français par info sud télé.


Source: Mondialisation.ca


http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=5540

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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 18:43

Explication de texte

Washington face au Honduras : un numéro d’équilibriste


par Arnold August
*



Que pense Washington de ce qui s’est passé au Honduras ? Au premier abord, au nom de la Charte démocratique inter-américaine, les États-Unis dénoncent vigoureusement le renversement du président Zelaya.

À y regarder de plus près, ils condamnent le coup d’État, mais ils soutiennent leurs amis putschistes.

Arnold August analyse un festival d’hypocrisie embarrassée : les déclarations officielles du département d’État et de la Maison-Blanche.






JPEG - 30.1 ko
Le « président » « civil » Roberto Micheletti.


Lire ici :

http://www.voltairenet.org/article161632.html

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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 05:50
publié par roland (Dazibaouebmaster) le 16/08/2009 12H57




Sibel Edmonds

par Taïké Eilée (son site)

Non, la fameuse Sibel Edmonds ne vient pas nous dire que le 11-Septembre est un « inside job », car elle ne se prononce que sur ce qu’elle connaît de sa propre expérience. Et elle fait bien. Mais elle vient nous dire ce que certains documents classifiés qu’elle a eu entre les mains pourraient prouver : les Etats-Unis n’ont jamais cessé de soutenir Ben Laden jusqu’au 11-Septembre, dans le cadre d’opérations de déstabilisation en Asie Centrale. C’est ce qu’on appelle une bombe médiatique.


L’ancienne traductrice au FBI Sibel Edmonds a fait une révélation fracassante le 24 juin 2009, au micro de Brad Friedman, dans le Mike Malloy Show. Ses propos ont été retranscrits le 31 juillet sur les blogs Let Sibel Edmonds Speak, Against All Enemies et Daily Kos. Ils ont enfin été traduits (une première fois) en français sur le site ReOpen911 le 13 août.   Des propos qui rejoignent ceux du journaliste Eric Margolis au micro de Scott Horton, d’abord le 30 novembre 2008, puis le 28 avril 2009 (les Français ont pu apercevoir cet ancien correspondant de guerre, fin connaisseur du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale, dans l’émission de Frédéric Taddeï, Ce soir ou jamais sur France 3).  


Relations intimes... et pérennes
  


Selon Sibel Edmonds, les Etats-Unis ont entretenu des relations très étroites avec Oussama Ben Laden et les Talibans, sans discontinuer jusqu’au 11-Septembre, dans le cadre d’opérations en Asie Centrale, une zone aux ressources énergétiques particulièrement convoitées. Ces relations étaient pourtant censées être rompues depuis la fin de la Guerre froide :   "Dire que depuis la chute de l’Union Soviétique, nous avons mis un terme à notre relation intime avec Ben Laden et les Talibans est un mensonge, et il est possible de le prouver très facilement sur la base des informations qui ont été classifiées dans mon affaire. Nous avons entretenu des relations très étroites avec ces gens, au sujet de l’Asie Centrale, et cela jusqu’au 11-Septembre. (...) Nous avons réalisé des opérations en Asie Centrale avec ces groupes, les utilisant comme nous le faisions déjà durant le conflit soviéto-afghan, et nous les avons utilisés jusqu’au 11-Septembre" (à écouter via le 2e lecteur MP3 sur
cette page, entre la 6e et la 7e minute, ou à partir de la 6e minute sur la vidéo qui suit).

 

Le rôle du tiers 

 

VIDEO

Cette "utilisation" se faisait via des intermédiaires, la Turquie (dont Sibel Edmonds est originaire), mais aussi d’autres acteurs provenant du Pakistan, d’Afghanistan et d’Arabie Saoudite. Ben Laden, les Talibans et d’autres groupes servaient ainsi d’armée terroriste par procuration. Les Etats-Unis avaient besoin de cette discrétion afin d’éviter tout risque de révolte populaire en Asie centrale (Ouzbékistan, Azerbaïdjan, Kazakhstan et Turkménistan), mais aussi de fâcheuses répercussions en Chine et en Russie.   Sibel Edmonds
précisait, en juillet 2008 : "Ceci a commencé il y a plus de dix ans, dans le cadre d’une longue opération illégale et à couvert, menée en Asie centrale par un petit groupe aux États-Unis. Ce groupe avait l’intention de promouvoir l’industrie pétrolière et le complexe militaro-industriel en utilisant les employés turcs, les partenaires saoudiens et les alliés pakistanais, cet objectif étant poursuivi au nom de l’Islam." La stratégie pro-islamiste des Etats-Unis, une longue histoire...  

L’Afghanistan, un repaire de terroristes ?   De son côté, Eric Margolis, s’il affirme aussi que la CIA a supporté Ben Laden jusqu’en 2001, avance encore une idée tout à fait iconoclaste, selon laquelle l’Afghanistan n’a jamais constitué un foyer du terrorisme : "En réalité, quand les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan en 2001, ils ont prétendu qu’il y avait plus de 20 "camps d’entraînement terroristes", comme ils les appelaient, qui entraînaient tous des terroristes devant aller frapper l’Amérique, eh bien, c’était un mensonge absolu. Un parmi tant d’autres." Qu’étaient donc ces camps, s’ils n’entraînaient pas des terroristes ?   "Pour 90 % des gens dans les camps d’entraînement, il pouvait s’agir de Cachemiris, entraînés par les services de renseignement pakistanais, l’ISI, au vu et au su des Américains, pour aller se battre au Cachemire contre la loi indienne. C’était le groupe le plus important. Le deuxième plus important regroupait des gens d’Asie Centrale, principalement d’Ouzbékistan, du Kazakhstan et du Tadjikistan, qui étaient organisés et entraînés pour aller combattre ces épouvantables régimes communistes d’Asie Centrale, encore au vu et au su des Américains. Enfin, il y avait un groupe de Ouïghours, ces Chinois musulmans de la province du Xinjiang qui étaient entraînés par Ben Laden pour aller combattre les communistes chinois au Xinjiang, et ce ne n’était pas seulement au vu et au su de la CIA, mais avec son soutien, car elle pensait qu’elle pourrait les utiliser au cas où une guerre éclaterait avec la Chine." Interloqué, l’animateur radio lui demande jusqu’à quand ces pratiques ont eu cours, et Margolis de répondre que cela se passait en 2001...  

La CIA encourage Ben Laden  

Lorsqu’il lui demande si Ben Laden "travaillait avec" la CIA, Margolis précise sa pensée : "Je n’irai pas aussi loin. Je dirais qu’ils savaient ce que Ben Laden faisait, et qu’ils l’encourageaient par l’entremise d’un tiers, probablement les Saoudiens..." Et le journaliste de poursuivre : "Vous vous souvenez que Washington versait de l’argent aux Talibans jusque 4 mois avant le 11-Septembre ; la raison était qu’ils pensaient pouvoir ainsi les enrôler pour aller renverser les régimes communistes d’Asie Centrale, et même attaquer la Chine. Mais bien sûr, le 11-Septembre est arrivé, et alors ces sales petits secrets ont été dissimulés, les dossiers ont été brûlés, et quiconque y avaient pris part fut expulsé au purgatoire. (...) Le fait est que l’Afghanistan n’était pas un foyer du terrorisme, il y avait des groupes commando, des groupes de guérilla, entraînés dans des buts précis en Asie Centrale" (à écouter sur cette page, à partir de la 7e minute).   Dans une interview plus récente, Eric Margolis précisera que les Ouïghours entraînés en Afghanistan, dont certains bénéficiaient de la "collaboration de Ben Laden", étaient "payés" et "armés" par les Etats-Unis (à écouter sur cette page, à la 13e minute). On ne sait si l’on doit faire un lien entre ces "encouragements" et la visite d’un agent de la CIA à Ben Laden, le 12 juillet 2001,

 

alors que le milliardaire saoudien était soigné à l’hôpital américain de Dubaï...



VIDEO

Une certaine logique
 
 

Le Figaro ne se montrera guère étonné par cette rencontre : "Les contacts entre la CIA et Ben Laden remontent à 1979 lorsque, représentant de la société familiale à Istanbul, il commença à enrôler des volontaires du monde arabo-musulman pour la résistance afghane contre l’Armée rouge. Enquêtant sur les attentats d’août 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et de Dares-Salaam (Tanzanie), les enquêteurs du FBI ont découvert que les traces laissées par les charges proviennent d’un explosif militaire de l’armée américaine et que cet explosif a été livré trois ans auparavant à des Afghans arabes, les fameuses brigades internationales de volontaires, engagés au côté d’Oussama ben Laden durant la guerre d’Afghanistan contre l’armée soviétique. Poursuivant ses investigations, le FBI découvre des « montages » que la CIA avait développés avec ses « amis islamistes » depuis des années. La rencontre de Dubaï ne serait donc que la suite logique d’une « certaine politique américaine »."   Les propos de Sibel Edmonds et Eric Margolis ne viennent finalement que confirmer, et approfondir, ce qu’Alexandra Richard, pour Le Figaro, et Richard Labévière, pour RFI, laissaient entrevoir dès le 31 octobre 2001 : les relations entre Ben Laden et les Américains n’avaient jamais cessé, malgré les attentats, attribués à Al-Qaïda, contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya en 1998, et contre le navire de guerre USS Cole en 2000. Elles n’ont pas même cessé après que les avertissements d’attentats à venir aux Etats-Unis ont commencé à pleuvoir... On n’en déduira rien, si ce n’est qu’amis et ennemis sont notions relatives, contrairement à ce que laisserait croire la rhétorique du combat entre le Bien et le Mal, et que l’intérêt, dans ces affaires, prime sans doute sur toute considération morale. Nul étonnement donc devant de telles relations. Seulement le constat d’une persistante obscurité.  

Une femme... tenace

  L’obscurité ne se lèvera pas tant que les documents que Sibel Edmonds (ou Bob Graham...) évoque seront classifiés. Pour avoir voulu lever un coin du voile, la jeune traductrice subit les foudres de l’administration Bush : chargée en effet de traduire, au lendemain du 11-Septembre, des documents liés aux attentats, elle fut renvoyée, dès mars 2002, pour avoir signalé à ses supérieurs certains faits graves, comme l’infiltration du FBI par des espions oeuvrant pour un lobby turc... Peu après son renvoi, elle fit l’objet d’un "gag order", une mesure exceptionnelle l’assignant au silence, lui interdisant de révéler la teneur exacte des faits qu’elle reprochait et de documenter ses propos.   Plus tard, elle dénonça les mensonges de Condoleezza Rice, lorsque cette dernière affirma que nul, dans la communauté du renseignement, ne pouvait imaginer les attaques du 11-Septembre. Le 11 février 2004, elle témoigna devant la Commission d’enquête. Mais le rapport final, paru le 22 juillet 2004, et gros de 567 pages, n’en tint pas compte (le nom de Sibel Edmonds n’apparaissant qu’une seule fois, dans une simple note de bas de page). Le 1er août 2004, elle décida donc d’écrire une lettre au Président de la Commission, Thomas Kean, dans laquelle on peut lire qu’en avril 2001, un informateur du FBI avait transmis à l’agence les informations suivantes : « 1) Oussama Ben Laden planifiait une attaque terroriste majeure aux Etats-Unis visant 4 ou 5 villes importantes, 2) l’attaque allait impliquer des avions, 3) certains des individus en charge de porter l’attaque étaient déjà en place aux Etats-Unis, 4) l’attaque allait être portée dans les prochains mois. » Sibel Edmonds ne reçut aucune réponse de la part de Thomas Kean. Ce qui renforça sa hargne et sa détermination.   "Marché noir nucléaire entre la Turquie et le Pakistan, néoconservateurs travaillant pour des intérêts turcs et israéliens, multinationales de l’armement et sociétés-écrans, en 6 mois au FBI la petite traductrice de Washington a joué dans la cour des grands" : le documentaire Une Femme à abattre nous fait entrevoir l’incroyable sac de noeuds dans lequel la jeune femme a mis les pieds.

V
idéo


http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=5516

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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 05:42


publié par
babelouest (crisonnier) le 16/08/2009 10H51

Lu sur le Blog de Bruno Fay, journaliste indépendant - 03 août 2009

 

RTL a réalisé ce matin un petit sujet sur les nègres politiques. Pour les curieux, j’ai publié il y a peu sur mon blog une enquête bien plus complète sur le sujet. Je profite de l’occasion pour “poster” ci-dessous un entretien réalisé l’an passé avec le fort sympathique Eric Dumoulin. Conseiller en communication politique, Eric Dumoulin a prêté sa plume pour de nombreux hommes politiques français. Il règle ses comptes dans un livre très drôle, Politiquement Nègre (éd. Robert Laffont).

 

Politiquement nègre - Eric Dumoulin

Votre premier souvenir ?
Mon premier discours, c’était en 1992-1993, lorsque j’étais en cabinet ministériel. La première fois que l’on entend ses mots, cela fait rire. On, est un peu flatté, on a l’impression d’entrer dans le cénacle politique. On a l’impression de participer au grand jeu du pouvoir. Après, avec le temps, il y a beaucoup d’impostures qui m’ont beaucoup moins fait rire. Certains, ça ne les gêne pas de prononcer pendant dix ans des discours qu’ils n’ont pas eu le temps de lire.

Dans votre livre, vous distinguez le rôle de nègre politique de celui de plume.
Je fais la différence entre écrire un livre pour un politique et rédiger un discours pour un ministre. L’écriture d’un discours participe d’un travail qui me parait normal. Un ministre bosse 14 heures par jour, passe sa vie en réunions ou en représentations. Il n’a pas forcément le temps d’écrire des discours sur tout. En revanche, je trouve profondément choquant qu’un homme qui aspire à un rôle politique de premier plan n’écrive pas lui-même ses livres. Et je suis aussi choqué par le manque de transparence. Vous ne verrez jamais un politique qui publie un livre remercier publiquement sa plume. S’il y a une imposture absolue à dénoncer, c’est que 80% des hommes politiques n’écrivent pas leur livre ! Le pire, c’est qu’ils finissent par croire, avec le temps, qu’ils l’ont réellement écrit eux-même… Il y a une vraie omerta sur le sujet.

Avez-vous écrit beaucoup de livres ?
Un certain nombre, oui. Aujourd’hui, tous les hommes politiques veulent leur livre. Les troisièmes couteaux écrivent un bouquin pour exister et essayer de se faire reconnaître par leurs pairs. Pour eux, c’est un moyen de promotion interne au sein du sérail en vue d’un hypothétique strapontin ministériel. Pour les seconds et premiers couteaux, c’est un outil de conquête du pouvoir et de conviction auprès du public. Il est désormais inconcevable de se lancer dans une grande campagne politique ou à l’assaut d’un parti sans écrire un bouquin. C’est devenu un incontournable.

Eric DumoulinComment étiez-vous payé lorsque vous écriviez des livres pour des politiques ?
Depuis quelques années, les nègres littéraires sont associés aux droits d’auteur. C’est loin d’être le cas dans l’édition politique où nous vivons encore dans la négritude la plus totale. Avant 1993, les députés avaient des associations, des petits trésors de guerre où ils puisaient pour payer leurs nègres sous forme d’honoraires en s’abritant derrière des factures aux intitulés très pudiques comme “recherche de documentation”, “organisation de publication”, etc. J’ai aussi été payé en cash ou bien en tant que salarié. Quand on est président de collectivité ou député, il suffit de recruter quelqu’un, officiellement comme collaborateur, pendant un temps donné qui correspond au prix estimé du travail littéraire. Le salaire net moyen pour un livre politique est compris entre 10 000 et 15 000 euros. Pour les plus gros coups, ça peut monter à 25 000 euros.

Quelle est l’influence du nègre sur l’homme politique ?
Tout dépend de l’élu pour lequel on travaille. Je fais de temps en temps passer quelques idées personnelles quand un sujet m’inspire. J’ai par exemple écrit en 1994 un livre sur l’élargissement européen pour le compte d’un homme politique que j’aurai bien aimé signer de mon nom… Mais en général je suis beaucoup en pilotage automatique.

Quelles sont les limites à ne pas dépasser ?
D’abord, il y a les limites que l’on s’impose. Il m’est ainsi arrivé d’écrire pour un sénateur et ancien ministre des discours aux accents extrêmement poujadistes, très borderlines, qui flirtaient dangereusement avec des thèses extrêmes. Cela ma profondément gêné.. J’ai terminé ma commande puis j’ai préféré interrompre notre collaboration. Ensuite, il y a les limites démocratiques. Aider un homme politique à écrire ses livres ou ses discours relève du fonctionnement normal de la démocratie sauf quand ça va trop loin, lorsque la plume politique finit par prendre la place du politique. C’est à-dire qu’il ne se contente pas d’écrire mais qu’il souffle ses idées au politique. Je pense par exemple à Henri Guaino. Son influence à l’Elysée va très au-delà de ce que pouvait être l’influence d’Erik Orsenna lorsqu’il écrivait pour Mitterrand. Erik Orsenna était une plume au sens traditionnel mais n’influençait pas la politique mitterrandienne alors que Guaino a un pouvoir d’influence extrêmement fort sur Sarkozy qui outrepasse le rôle de plume.

Propos recueillis par Bruno Fay

 


 

Lu sur le Blog de Bruno Fay, journaliste indépendant :

http://investigation.blog.lemonde.fr/2009/08/03/profession-negre-politique/

Profession : nègre politique


http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=5520

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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 04:20


Abdullah Abdullah.jpg
Les élections en Afghanistan: une parodie de démocratie sous les bombardements US!

La campagne électorale s'achevait lundi en Afghanistan, les candidats aux scrutins présidentiel et provinciaux de jeudi jetant leurs dernières forces dans la bataille dans un contexte de forte tension nourrie par les menaces d'attaques rebelles.

Porté au pouvoir par la communauté internationale à la fin 2001, après la chute des talibans, élu en 2004 et candidat à un nouveau mandat, le président Hamid Karzaï reste le favori dans la course à la présidence.

Mais les campagnes dynamiques de certains de ses adversaires, notamment celle de son ancien ministre des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah, pourraient selon certains analystes le contraindre à un second tour.

M. Abdullah a tenu lundi un spectaculaire meeting dans le stade de Kaboul, où plus de 10.000 personnes portant des casquettes bleues ont agité des drapeaux aux couleurs de leur champion, chantant inlassablement son nom.

Il s'est ensuite époumoné à en perdre la voix: "Voulez-vous voter pour un président qui fait sortir de prison des tueurs, qui libère des trafiquants d'opium ? Je travaillerai durement pour le peuple".

Un des autres principaux rivaux de M. Karzaï, l'ancien ministre des Finances Ashraf Ghani, a, lui, tenu meeting devant 5.000 personnes dans le Nangarhar (est), où il a juré de "remplacer le gouvernement corrompu par un gouvernement légitime" et de "nourrir les Afghans pendant 100 ans" avec son programme économique visant à créer "un million d'emplois".

Selon un sondage publié vendredi par un institut américain, M. Karzaï serait en tête au premier tour, avec 44% des intentions de vote, devant trois de ses anciens ministres: Abdullah Abdullah (26%), l'ex-ministre du Plan Ramazan Bashardost (10%) et Ashraf Ghani (6%).

Outre leur président, les quelque 17 millions d'électeurs doivent désigner jeudi les 420 conseillers siégeant dans les 34 provinces du pays.

Ces élections se tiendront dans un contexte d'insécurité persistante et de menaces d'attaques des rebelles talibans, qui ont déclaré pour la première fois dimanche qu'ils n'hésiteraient pas à attaquer les bureaux de vote.

Les "rebelles" avaient déjà prouvé samedi l'impossibilité pour les autorités et les forces internationales de sécuriser les élections en commettant un attentat suicide à la voiture piégée contre le quartier général de l'Otan, au coeur même de Kaboul. Sept civils avaient été tués et 91 personnes blessées.

La Commission électorale afghane a estimé la semaine dernière que près de 12% des 7.000 bureaux de vote pourraient rester fermés à cause de l'insécurité.

Lundi, son porte-parole, Zekria Barakzaï, n'était toujours pas en mesure de dire combien de bureaux de vote pourraient être ouverts jeudi.

Le ministère de la Défense a indiqué lundi que huit districts, tous situés dans le sud, sont contrôlés par les talibans, et que 35 sont sérieusement menacés par les rebelles. Le pays compte au total 365 districts.

Les violences font craindre une importante abstention qui, avec des fraudes potentielles, menace sérieusement la crédibilité des élections.

Toutes les forces de sécurité disponibles - 200.000 Afghans appuyés par 100.000 soldats étrangers, aux deux tiers américains- seront mobilisées autour du scrutin de jeudi.

Les pertes des troupes internationales atteignent des chiffres record depuis le début de l'été, en partie en raison d'offensives américaine et britannique dans le sud. Trois soldats britanniques et deux Américains, un soldat et un civil travaillant pour l'armée des Etats-Unis, ont encore péri dimanche dans des attaques rebelles.

AFP. 17.08.09




Le candidat Abdullah Abdullah en meeting à Kaboul le 17 août 2009 

Des élections réellement démocratiques ne peuvent pas se tenir dans un pays occupé et contrôlé par des forces armées étrangères!

 http://gaelle.hautetfort.com/


http://www.marcfievet.com/article-35004987.html

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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 04:03

"Guerre préventives, nucléaires, permanentes"



L'OTAN: De la conquête de l'Arctique
à la Guerre permanente, nucléaire, totale.
Par Eva R-sistons à l'intolérable


En partant à la conquête de l'Arctique, comme déjà des terres, des mers, du Ciel, l'OTAN déclare la guerre à l'ensemble de l'humanité en faisant peser sur elle de redoutables menaces. Elle ne fait d'ailleurs pas mystère de prôner la guerre "préventive, nucléaire, permanente", même sans attaques, pour raison de convenance personnelle !!! Notre devoir est d'empêcher ces projets déments, mettant en péril la planète entière - de les neutraliser, par exemple au moyen d'une action en justice, comme celle que mène, victorieusement, Jane Burgermeister contre l'OMS, l'ONU et contre plusieurs hauts responsables du gouvernement et des entreprises pour bioterrorisme et pour tentative de meurtre de masse (pandémie).


Voici donc une manipulation de plus. L'OTAN est née en période de guerre froide, pour combattre l'influence du bloc communiste. Ce monde s'est écroulé, et l'OTAN est toujours là, hideuse verrue à la face du monde menaçant la planète toute entière pour servir les objectifs de la mafia internationale de la Haute Finance, hégémonique, sans scrupules. Oui, l'OTAN n'a plus de raison d'être, et pourtant elle est toujours là, s'inventant régulièrement de nouveaux ennemis, de pseudos-terroristes islamistes comme Bel Laden en réalité son allié objectif, ou de futurs ennemis, comme l'Iran, la Russie et la Chine qui ne menacent personne. La course aux armement en est le corollaire, au prix de sacrifices humains effroyables, des bases militaires surgissernt partout, des Etats souverains sont menacés (comme le Honduras, pour servir de base arrière au terrorisme otanesque), les peuples vivent dans l'angoisse, le feu aux poudres peut-être provoqué par une étincelle, une provocation envers la Russie via le Canada en Arctique, la Georgie dans le Caucase, l'Ukraine en Crimée, oui tout est fait pour induire la confrontation avec la Russie ! Le Vice-Président des USA est un adepte de Révolutions colorées, et comme Sarah Palin, de confrontation avec les Russes. 





Pourquoi cet acharnement contre la Russie, puis contre la Chine, en implantant de pseudos ONG sur le territoire russe aussitôt, bien évidemment, délogées, ou en tentant de morceller, via le Tibet par ex et le Dalaï-Lama financé par la CIA, la Chine, afin de réduire son territoire, et, partant, sa puissance ??? Parce que ces deux pays ne s'alignent pas sur la volonté hégémonique des Anglo-Saxons, parce qu'ils récusent le modèle du Nouvel Ordre Mondial qu'on tente d'imposer aux peuples bien peu démocratiquement, et parce que leurs territoires recèlent de grandes richesses dont la mafia criminelle de voleurs voudrait bien s'emparer en plaçant à leur tête des marionnettes obséquieuses, serviles. 

Notre ami Delorca, journaliste-écrivain spécialiste de géo-stratégie, publie un nouvel article sur la menace qui pèse en Arctique, et qui nous concerne tous (
http://atlasalternatif.over-blog.com/article-35028698.html). L'étincelle peut venir de là comme de la Crimée - ou du Caucase. Une coalition hétéroclite de pays fait face à la Russie, cette Russie que le Gl de Gaulle, prophétiquement, souhaitait voir rattachée à l'Europe pour équilibrer la planète et servir la paix. Cette coalition comprend des pays anglo-saxons, comme le Canada, par exemple, et des pays européens, comme le Danemark, la Norvège, la Suède, et bien sûr les ex-pays de l'Est passés dans le camp occidental comme des papillons attirés par la Lumière. Une Lumière consumériste qui les brûlera bien sûr...

Et cette coalition est au service de l'OTAN, cette Organisation Terroriste Anti-Nations souveraines, nullement préoccupée de la démocratie, du sort des peuples, de la souveraineté des Nations - l'OTAN menée par une Amérique qui n'a pas hésité à bâtir son Empire en tuant les autochtones Indiens qui la gênaient, un peu comme les Israéliens qui ont occupé des terres "sans peuple pour un peuple sans terre", en sacrifiant les autochtones gênant leurs appétits de conquête: Même refrain ! Nous nous emparons de vos terres, au prix du génocide de ceux qui les occupent. En violation de toutes les règles internationales...

Et c'est toujours au mépris des peuples, du Droit, de la Civilisation, de la Vie, que les membres de l'OTAN continuent leur croisade au service de l'Oligarchie militaro-financière criminelle qui pollue la planète et terrorise les peuples. Les véritables terroristes, ce sont eux, eux qui sont prêts à déclencher toutes les guerres préventives et permanentes pour voler, piller, des ressources ne leur appartenant pas, pour asservir des régions entières à leur domination sans partage; Et tout cela, hypocritement, au nom de la Démocratie, une Démocratie imposée par la force, quel contre-sens, à des peuples qui aspirent juste à vivre en paix, en s'arrogeant TOUS les droits dans une impunité totale.   L'OTAN n'a aucune légitimité internationale, c'est une organisation qui bafoue le Droit, qui menace la paix, en osant hypocritement se prétendre au service de la paix alors qu'elle prépare partout des guerres, même nucléaires, contre des Etats n'attaquant et ne menaçant personne, dont le seul tort, parfaitement légitime, est de se protéger par la meilleure des dissuasions: nucléaire. Vous avez reconnu l'Iran, la Russie - ou même... la Corée du Nord !





Nous avons donc, pour résumer, une Organisation criminelle, l'OTAN, pratiquant le terrorisme d'Etat dans l'impunité la plus totale, au service de l'Occident impérialiste, hégémonique, donc d'intérêts uniquement financiers monopolisés par un petit nombre de familles, et cette mafia criminelle, sans aucun mandat du peuple, s'octroie tous les droits contre le Droit même, de décider des guerres, de s'emparer de territoires souverains, d'y placer des marionnettes, d'installer des dictatures mettant au pas les peuples (comme aujourd'hui au Honduras), de la manière la plus sauvage, brutale, quel que soit le coût humain et en violation des souverainetés et de toutes les règles établies, et en présentant toutes ces actions d'une façon totalement hypocrite: Au nom de la Démocratie, imposée à des peuples qui n'en veulent pas, qui souhaitent évoluer à leur rythme (en tenant compte de leur passé, de leur histoire, de leurs traditions), et au nom de la Paix, une paix construite par les guerres, ce qui est évidemment parfaitement antinomique.

On fait des guerres pour la paix ! C'est complètement saugrenu. Le ridicule ne tue pas !!! Et nous devons gober tous les mensonges de cette Organisation criminelle, anti-démocratique, comme ceux, par exemple, d'Israël, un des Etats les mieux équipés sur le plan nucléaire et qui nie honteusement, stupidement, détenir des armes nucléaires. Sans doute le plus gros mensonge de l'Histoire de l'humanité !!! Et qui deshonore, décrédibilise ceux qui les profèrent.... en assurant sans rougir que leur comportement est le plus éthique du monde !!! On croit rêver... De qui se moque-t-on ? Et il faut faire confiance aux Etats Occidentaux qui falsifient tout, manipulent en permanence, profèrent des mensonges éhontés ??? Les mensonges d'Israël n'ont finalement rien à envier à ceux de l'Amérique néoconservatrice puritaine qui prétend faire la chasse aux armes de destruction massive.. qu'elle détient elle-même d'une manière éhontée.





Bref, l'OTAN est parti à la conquête de l'Arctique, après avoir encerclé la Russie notamment dans le Caucase ou en Crimée. La paix, et les peuples, sont menacés. Compte tenu de la sophistication croissante des armements, de la décision d'utiliser le nucléaire préventivement même contre des Etats ne menaçant personne, compte tenu du fait que l'OTAN est uniquement le bras armé de l'Occident (Anglo-Saxons et Israéliens grossis des Etats européens désormais vassalisés, privés de toute indépendance et à la remorque) au service d'intérêts financiers inavouables orchestrés par des individus privant l'humanité d'emplois et de revenus décents, et désormais des protections les plus élémentaires, on peut dire que l'OTAN constitue la principale menace pour la paix, pour les peuples, pour les nations souveraines, pour la démocratie, et même pour la survie de l'espèce humaine.

Il s'agit là d'une accusation légitime, basée sur des faits précis, et des projets connus de tous, non pas d'une accusation à la légère d'une quelconque extrémiste. Celle qui la pose (moi-même donc), n'est pas une extrémiste, mais une humaniste, soucieuse de l'intérêt bien compris des peuples, éprise de paix et de justice, une Gaullienne de gauche, attachée à l'indépendance des nations, à la souveraineté des Etats, à l'équilibre planétaire, au respect du Droit et des peuples, à la Justice, et par-dessus tout, au Bien le plus précieux: La paix. Toutes valeurs universelles ayant fait leurs preuves au cours des siècles quand elles ont été respectées, appliquées... Valeurs d'ailleurs elles-mêmes appuyées sur une éthique rigoureuse, sans faille, condition même de la construction d'une société harmonieuse et socle d'un avenir meilleur pour l'humanité.





Forte de ces certitudes, je prétends que le terrorisme le plus dangereux n'est pas le fruit de groupes isolés, fanatiques, islamistes (reste à démontrer d'ailleurs quelle est la part de l'Occident dans toutes les provocations lors des attentats), mais bien celui d'Etats sans foi ni loi, au service de la mafia militaro-financière,  bref d'abord de l'OTAN, mais également d'organismes comme l'OMS préparant lui aussi un génocide planétaire, ou d'Institutions comme l'OMC tuant le commerce et la petite entreprise, ou pire encore, de la BM et du FMI, qui ont prouvé avec les pseudos socialistes à leur tête comme Strauss-Kahn ou Lamy, qu'ils pouvaient mettre en coupe réglée des Etats entiers, les piller, les asservir, les ruiner, comme en Argentine. Ce terrorisme d'Etat est un des cancers de la planète, et doit être pleinement dénoncé. Il méprise le Droit, les Etats, les peuples, la vie humaine, et même Dieu, qu'il invoque pourtant si souvent pour justifier ses pires exactions.

Trop de parasites vivent aux dépens de l'humanité, provoquant crises ou pandémies à volonté, sans tenir compte des souffrances provoquées partout sur la planète, en usurpant toutes les règles et en mentant effrontément sur leurs buts véritables, mensonges relayés par des journaleux sans scrupules, laquais du Grand Désordre Planétaire toujours plus inique, source de drames effroyables aux quatre coins de la planète.

C'est pourquoi je déclare solennellement que l'OTAN est l'ennemie des peuples, du Droit, de la Paix, qu'elle menace l'humanité et le devenir humain, c'est une Organisation terroriste qui doit être poursuivie telle qu'elle est réellement, c'est à dire en tant qu'Organisation cirminelle, menaçant la paix dans le monde, les nations souveraines, les peuples, et même la vie sur terre. De même qu'il existe des Juges Anti-Corruption pour s'attaquer aux Mafias qui gangrènent le monde, je fais appel à une Eva Joly ou à un Eric de Montgolfier pour oser - au nom des peuples trompés, spoliés, abusés, meurtis, menacés -, attaquer l'Organisation Criminelle de l'OTAN, ses promoteurs félons, devant un Tribunal des Peuples, avant qu'ils n'aient achevé de faire de notre planète un enfer sans fin et total.


Nous avons des armes, celles du Droit. De même que des citoyens ont entrepris des actions en Justice dans le cadre de la nouvelle pandémie, il faut maintenant passer à la vitesse supérieure et mettre en cause l'OTAN, qui n'a plus de raison d'être sinon, comme cette Organisation le dit cyniquement sans qu'apparemment personne ne s'en émeuve, d'entreprendre des guerres préventives, permanentes et nucléaires (contre des Etats ne menaçant personne sinon le désir d'hégémonie et de prédation de psychopathes cupides). 

Une action en Justice contre ces assassins de l'humanité qui n'ont que trop sévi sur la planète ? Je suis partante....

Eva R-sistons à l'intolérable du terrorisme d'Etat militaro-financier, nucléaire, eugénique, monstrueux.
  

 
TAGS : OTAN, OMS, OMC, BM, FMI, Strauss-Kahn, Lamy, Argentine, Crimée, Caucase, Arctique, Russie, Chine, Iran, Israël, Eva Joly, Eric de Montgolfier, Juges Anti-corruption, Mafia, Gaullien, de Gaulle, terrorisme d'Etat, Paix, Démocratie, nucléaire, Corée du Nord, Nouvel Ordre Mondial, CIA, Tibet, Dalaï-Lama, Europe, civilisation, Norvège, Suède, Danemark, Ben Laden, Islamistes, eugénique, Révolutions colorées, Sarah Palin, Delorca, Honduras....
 



http://r-sistons.over-blog.com/article-35034287.html



 


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Une action en Justice entreprise
par une journaliste (pandémie)




Mondialisation.ca, Le 20 juillet 2009



Au moment où approche  la date de la diffusion du vaccin Baxter’s A/H1N1 contre le virus de la pandémie grippe, prévue en juillet,  un journaliste d’investigation autrichien prévient le monde que le plus grand crime de l’histoire de l’humanité est en cours. Jane Burgermeister a récemment intenté une action judiciaire contre l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les Nations Unies (Onu), et contre plusieurs hauts responsables du gouvernement et des entreprises pour bioterrorisme et pour tentative de meurtre de masse. En outre, elle a préparé une demande en injonction contre la vaccination forcée que l’on dépose auprès des tribunaux américains en ce moment. Ces actions viennent à la suite des poursuites qu’elle a engagées en avril contre les entreprises Baxter AG et Avir Green Hills Biotechnology de l’Autriche pour avoir produit un vaccin contaminé contre la Grippe aviaire. Elle affirme que c’était un acte délibéré visant à provoquer une pandémie et d’en tirer profit par la suite.

Synthèse des revendications et accusations portées conjointement avec  le FBI le 10 juin 2009

Dans son dossier d’inculpation, Burgermeister apporte des preuves d’actes de bioterrorisme, c’est-à-dire en violation de la loi des Etats-Unis, commis par un groupe exerçant ses activités sur le territoire des Etats-Unis et sous la direction des banquiers internationaux qui exercent un contrôle sur la Reserve Fédérale, ainsi que sur l’OMS, l’Onu et l’OTAN.

Cet acte de bioterrorisme a pour but de commettre un génocide de masse contre la population des Etats-Unis en utilisant un virus  génétiquement modifié de la pandémie de la grippe,  avec pour intention de provoquer la mort.  Ce groupe a infiltré les bureaux des hauts responsables de l’administration aux Etats-Unis.

Les chefs d’accusation sont portés, entre autres,  à l’encontre des personnalités suivantes: Barack Obama, Président des Etats-Unis, David Nabaro, coordonateur du système des Nations Unies pour la lutte contre la grippe, Margaret Chan, Directrice Générale de l’OMS, Kathleen Sibelius, Secrétaire du Département de la Santé et du Personnel, Janet Napolitano, Secrétaire à la sécurité intérieure, David de Rotschild, banquier, David Rockefeller, banquier, George Soros, banquier, Werner Faymann, chancelier de l’Autriche, Alois Stoger, ministre autrichien de la santé. Elles font partie de ce syndicat international des criminels d’entreprise qui a mis au point, produit, accumulé et  utilisé des armes biologiques afin d’anéantir la population des Etats-Unis et celle d’autres pays avec pour objectif d’obtenir des retombées politiques et financières.

Ces chefs d’accusation soutiennent que les accusés ont ourdi une conspiration les uns avec les autres et avec d’autres personnalités pour concevoir, financer et participer à la phase finale de la mise en œuvre d’un programme secret de fabrication des armes biologiques impliquant des firmes pharmaceutiques, telles que Baxter et Novartis. Ils y sont parvenus en  mettant au point par des techniques biologiques et diffusant des agents biologiques mortels, en particulier, le virus de la « grippe aviaire » afin de s’en servir comme prétexte pour mettre en œuvre un programme de vaccination forcé. Ce dernier donnerait l’occasion d’administrer un agent biologique pour provoquer la mort et des dommages au peuple des Etats-Unis. Cet acte constitue une violation directe  de la Loi anti-terroriste sur les Armes Biologiques.

Les Charges réunies par Burgermeister contiennent des preuves que Baxter AG, une filiale autrichienne de Baxter International, a délibérément transmis à 16 laboratoires de quatre pays 72 kilos de virus de la grippe aviaire dont la fourniture a été faite par l’OMS au printemps 2009. Elle soutient que ces preuves constituent une claire indication que les firmes pharmaceutiques et les agences internationales du gouvernement, elles-mêmes, sont activement impliquées dans la production, la mise au point, la fabrication et la distribution des substances biologiques considérées comme les armes biologiques les plus mortelles sur terre, afin de déclencher une pandémie et de provoquer le meurtre de masse.

Dans les charges qu’elle a présentées en avril, elle a fait remarquer que le laboratoire de Baxter en Autriche, l’un des laboratoires de biosécurité, supposés être les plus sûres au monde, n’a pas pris les précautions les plus essentielles et les plus élémentaires pour sécuriser 72 kilos d’un agent pathogène classé comme arme biologique, et pour le séparer de toutes les autres substances conformément à la réglementation stricte du niveau de biosécurité. Au contraire, elle l’a mélangé avec le virus ordinaire de la grippe humaine et expédié à partir de ses installations de Orth dans le Danube.

En février, lorsqu’un employé de Bio Test en République Tchèque a testé le matériel  considéré comme candidats vaccins sur les furets, ces derniers en sont morts. L’OMS, l’U.E. ou les autorités sanitaires autrichiennes n’ont organisé aucune enquête à la suite de cet incident. Aucune enquête n’a été réalisée pour connaître le contenu du matériel génétique du virus et on ne dispose d’aucune séquence génétique du virus libéré.

En réponse aux  questions parlementaires le 20 mai, le ministre autrichien de la santé, Alois Stoger, a révélé que cet incident avait été traité non pas comme une défaillance en matière de biosécurité, mais comme une infraction commise vis-à-vis du code vétérinaire. Un vétérinaire fut envoyé au laboratoire pour réaliser une brève inspection.

Le dossier présenté par Burgermeister révèle que la diffusion du virus devait constituer une étape importante dans le projet de provoquer une pandémie qui serait l’occasion pour l’OMS de relever son niveau d’alerte à 6. Elle dresse une liste de lois et décrets qui permettre à l’Onu et à l’OMS de suppléer les Etats-Unis au cas où la pandémie se déclare. En outre, la législation imposant la mise en place d’un programme de vaccinations obligatoires serait appliquée aux Etats-Unis sous réserve de la déclaration de la pandémie.

Elle porte l’accusation selon laquelle tout le problème de la pandémie de la “grippe porcine” repose sur un tas de mensonges disant qu’il n’existe aucun virus naturel qui soit une menace pour les populations. Les accusations de la journaliste comporte des preuves qui montrent que les virus de la « grippe aviaire » et de la « grippe porcine » ont, en réalité, été mis au point, dans les laboratoires, par des techniques biologiques grâce aux financements accordés par  l’OMS et, entre autres, par d’autres agences gouvernementales. La “grippe porcine” est une maladie hybride. Elle est formée des éléments de la grippe porcine,  de la grippe humaine et de la grippe aviaire. Ainsi composée, c’est quelque chose qui vient forcément des laboratoires, selon la plupart des experts.

Les appels lancés  par l’OMS pour attirer l’attention sur la progression de la « grippe porcine » et souligner la nécessité de déclarer une pandémie ne prennent pas en considération les causes fondamentales de cette épidémie.  Les virus diffusés ont été créés et répandues avec l’aide de l’OMS. De ce fait, cette organisation porte d’abord une large part de responsabilité en ce qui concerne la pandémie. Par ailleurs, les symptômes de la prétendue « grippe porcine » ne peuvent être distingués de ceux de la grippe ordinaire ou du simple rhume. La “grippe porcine” ne provoque pas plus la mort que ne le fait la grippe ordinaire.

Burgermeister souligne que le nombre de cas mortels attribués à la « grippe porcine » est contradictoire et que l’on n’a aucune idée sur la manière dont le nombre de « victimes » a été recueilli.

Il n’existe pas de risque de pandémie à moins qu’une campagne de vaccination de masse soit organisée pour faire de la grippe une arme  sous le prétexte de protéger la population. Il existe des motifs légitimes pour croire que les vaccins obligatoires seront à dessein porteurs de maladies particulièrement mortelles.

Elle cite le cas d’un vaccin agréé produit par Novartis et destiné à lutter contre la grippe aviaire. C’est un vaccin qui a causé la mort de 21 personnes sans abri en Pologne au cours de l’été 2008. Le « critère d’évaluation primaire » en était un « taux d’effets indésirables ». Ainsi, ce critère répondait à la définition d’une arme biologique qui est justement celle du gouvernement des Etats-Unis (une substance biologique conçue pour provoquer un taux d’effets secondaires, par exemple, la mort ou la blessure) disposant d’un mode d’administration (injection)

Elle affirme que le même groupe international d’entreprises pharmaceutiques et d’agences internationales du gouvernement qui a mis au point et diffusé le matériel de la pandémie  se sont positionnés  pour tirer profit de la situation de pandémie ainsi créée en remportant des contrats de fourniture de vaccins. Le groupe qui a mis sur pied le plan de la “grippe porcine” contrôle des medias, et ceux-ci se chargent de la désinformation dont le but est d’endormir le peuple des Etats-Unis afin qu’il accepte ce dangereux vaccin.

Le peuple des Etats-Unis sera victime de souffrances considérables et de dommages irréparables s’il est contraint d’accepter ce vaccin dont l’efficacité n’est pas prouvée, s’il le prend sans son consentement, conformément au Model State Emergency Health Powers Act, National Emergency Act, National Security Presidential Directive/NSPD 51, Homeland Security Presidential Directive/HSPD-20 et à l’International Partnership on Avian and Pandemic Influenza.

Depuis 2008, aux Etats-Unis, Burgermeister explique que ceux, dont les noms apparaissent dans son dossier d’accusation, ont mis en application de nouvelles lois et/ou accéléré la mise en œuvre une législation conçue pour priver les citoyens des Etats-Unis de leurs droits constitutionnels légitimes de refuser cette injection. Ils ont ainsi apporté ou maintenu des dispositions qui font en sorte que le refus de se faire vacciner contre les virus de la pandémie deviennent un délit. Ils ont, en outre, imposé des amendes excessives et cruelles, telles que la peine d’emprisonnement et/ou la mise en quarantaine dans les Camps d’internement FEMA. Parallèlement, ils empêchent aux citoyens des  Etats-Unis de réclamer des dommages suite aux blessures et à la mort causées par la vaccination forcée.   Ces mesures constituent une violation des lois fédérales contre la corruption et l’abus de pouvoir et de la Constitution et de la Déclaration des droits. En prenant ces actions, les accuses dont les noms sont cités posent les  bases d’un génocide de masse.

Se servant de la “grippe porcine” comme prétexte, les accusés ont planifié, au préalable, le meurtre de masse des populations des Etats-Unis au moyen de la vaccination forcée. Ils ont mis en place un vaste réseau de camps de concentration FEMA et identifié des sites devant servir de charniers. En plus, ils sont impliqués dans la conception et l’exécution de plans pour qu’aux Etats-Unis, le pouvoir soit confié à un syndicat international de crime organisé, en violation des lois qui prévoient et réprime la haute trahison.

Selon les accusations de Burgermeister, le groupe de firmes pharmaceutiques comprenant Baxter, Novartis et Sanofi Aventis font partie d’un programme de fabrication des armes biologiques à double but conçu à l’étranger. Le financement de ce programme, conçu pour concrétiser les tueries de masse, est assuré par le syndicat international des criminels. L’objectif dudit programme est de réduire la population mondiale de plus de 5 milliards de personnes dans les dix prochaines années. Leur projet de répandre la terreur pour justifier le fait de contraindre les hommes à renoncer à leurs droits et de mettre en quarantaine de nombreuses personnes dans les camps de concentrations de la FEMA. Les habitations, les entreprises et les propriétés des victimes seront libres et à la portée de ce syndicat.

L’élimination de la population d’Amérique du Nord permettra à cette élite internationale d’avoir accès aux ressources naturelles de ces régions, à savoir l’eau et les zones pétrolifères non exploitées. Par ailleurs, l’élimination des Etats-Unis et la suppression des sa constitution démocratique assureront au groupe de crime international le contrôle total des l’Amérique du Nord.


Article original en anglais : http://www.naturalnews.com/026503_pandemic_swine_flu_bioterrorism.html. le 25 juin 2009.

Reproduction strictement interdite pour tous les médias en ligne.
Traduction réalisée par l’équipe de SpreadTheTruth.fr





http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=14456


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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 16:55




Lundi 17 août 2009
- Par L' Aviseur - Publié dans : INTERNATIONAL - Ecrire un commentaire




Plusieurs rencontres ont eu lieu à la fin du mois de juillet entre Américains et Israéliens, pour passer en revue l’état des “relations stratégiques” entre les deux pays. (Le secrétaire à la défense Gates et le général James Jones, directeur du NSC, se sont déplacés à Tel Aviv dans le cadre de ces rencontres.)

Pour les Américains, ces rencontres étaient une occasion d’apprécier la position israélienne dans un contexte nouveau; avec une nouvelle administration US, dont on sait que l’arrivée a amené une incertitude nouvelle dans les relations entre les deux pays; après des événements importants (la crise de Gaza de janvier 2009) et dans la perspectives d’ambitions nouvelles de tentative de règlement de plusieurs crises dans la région.

Les Américains ont été particulièrement secoués de découvrir des Israéliens complètement retranchés dans leur position actuelle dite de “bunkérisation”, complètement enfermés dans une “politique de forteresse” qui n’envisage plus rien que la brutalité de cette position.
Lors d’une des réunions évoquées, la question a été posée par un délégué du département d’Etat au chef de la délégation israélienne de savoir quelle était la perspective stratégique qu’Israël envisageait d’ici 5 ans. La réponse a été qu’Israël n’envisageait aucune perspective stratégique sur ce terme, qu’il n’était pas intéressé de le faire.

© www.dedefensa.org - Euredit S.P.R.L. 
22 rue du Centenaire - B-4624 Fléron - Belgique Tél.:+32/4/355.05.50 - Fax: +32/4/355.08.35 
count

Le vide stratégique d’Israël


http://www.marcfievet.com/article-34971499.html





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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 16:51

Fichier:Michael Jackson glove jacket 1984.png
Michael Jackson en 1984.
wikipedia


Christian Fecteau a envoyé un message aux membres de VACCIN OU ARME DE DESTRUCTION MASSIVE ?




Objet : Pour en finir avec Michael Jackson et Jane Burgermeister

"Michael Jackson aurait invité la journaliste Jane Burgermeister à s'exprimer lors de ses concerts londoniens afin de prévenir le monde entier du génocide en préparation. Le FSB (Service Fédéral de Sécurité de la Fédération de Russie) fait état d'informations selon lesquelles Michael Jackson aurait été assassiné par la CIA pour empêcher ses concerts d'avoir lieu."

FAUX!

C'est Sorcha Faal qui a fait un lien entre Michael Jackson et Jane Burgermeister. Burgermeister a démenti cette rumeur en entrevue radio ici à 5:50
http://www.facebook.com/l/;www.youtube.com/watch?v=PhGoubc2ygg


La rumeur a commencé sur le site de Faal ici:
http://www.facebook.com/l/;www.whatdoesitmean.com/index1244.htm


"Sorcha Faal" est en fait David Booth, un programmeur informatique américain avec beaucoup d'imaginaton, ici au milieu de la page:
http://www.facebook.com/l/;www.conspiration.cc/archives/arch_mars_2009.html
en anglais ici:
http://www.facebook.com/l/;educate-yourself.org/cn/sorchafaaldisinfo15mar08.shtml


Michael Jackson avait vraiment l'intention de dénoncer la conspiration des Illuminatis, ici:
http://www.facebook.com/l/;www.youtube.com/watch?v=SW43Mig1LYE



mais Burgermeister et Jackson ne se connaissaient pas.
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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 14:40

Obama est pire que Bush, sous ses dehors affables.

Il ne songe pas à s'en prendre à de petits Etats sans défense, comme Bush
(Irak, par ex), mais il vise la Russie... et, ensuite, la Chine, qui ne s'alignent
pas sur le Nouvel Ordre Mondial féérique concocté par les Anglo-Saxons
et leurs zamis israéliens et européens...

En attendant, voici sa politique en Iran et en Colombie.
Le Honduras, j'en ai déjà parlé.

Votre Eva


_________________



 



Le déploiement des bases militaires
des Etats-Unis en Colombie


 

Il fallait justifier l'escalade de l'offensive militaire de l'empire étasunien dans le but d'inverser les changements qui ont remanié la physionomie sociopolitique de la région [Amérique du sud]. Devant cette déconcertante réalité, la tactique de la Maison-Blanche a été d'abandonner la rhétorique belliqueuse de Bush et de s'essayer à un discours égalitariste et respectueux de la souveraineté des pays de la région, tout en déployant de nouvelles bases militaires, en maintenant la Quatrième Flotte et en renforçant sans cesse le Commandement Sud de l'armée états-unienne [1].


En ce sens, Barack Obama – que des «progressistes» européens et latino-américains continuent à confondre avec Malcolm X – est en train de suivre à la lettre les conseils de Théodore Roosevelt, le père de la grande expansion impérialiste nord-américaine dans les Caraïbes et en Amérique Centrale, lorsqu'il conseillait «speak softly and carry a big stick», autrement dit, «parle avec une voix douce, mais porte un gros bâton". Roosevelt s'est montré maître dans l'art d'appliquer cette maxime au moment de construire le Canal de Panama [il s’est ouvert à la navigation en 1914] et de réussir, à l'aide de l'infâme amendement Platt [2], qui entraînait pratiquement une annexion de Cuba par les Etats-Unis. Avec sa politique de remilitarisation forcée de la politique extérieure vers l'Amérique Latine et les Caraïbes, Obama suit le chemin tracé par son prédécesseur [G.W Bush].

Pour justifier sa décision de concéder aux forces armées des Etats-Unis sept bases militaires, Alavaro Uribe – le président de Colombie – invoque l'élargissement de la coopération avec le pays du Nord pour pouvoir livrer un combat efficace contre le narcotrafic et le terrorisme. Cette excuse ne tient pas à la lumière de l'expérience: d'après une agence spécialisée des Nations Unies, les deux pays dont la production et l'exportation de pavot et de coca ont le plus augmenté sont l'Afghanistan et la Colombie. Or, ces deux pays sont sous une occupation militaire nord-américaine. Si l'histoire de la Colombie au cours du dernier demi-siècle nous quelque chose, c'est bien l'incapacité à résoudre le défi posé par les FARC par la voie militaire.

Malgré cela, le général colombien Freddy Padilla de Leon – qui aime à répéter que mourir au combat est "un honneur sublime" – a annoncé dernièrement à Bogota que les sept bases seraient situées à Larandia et Apiay (dans l'Est de la Colombie); à Tolemaida et Palanquero (au centre); à Malambo (sur l'Atlantique, sur la côte nord); à Cartagena, dans les Caraïbes colombiennes. La septième se situerait dans un lieu non encore déterminé sur la côte du Pacifique. Le Congrès des Etats-Unis a déjà approuvé la somme de 46 millions de dollars pour installer son personnel et ses équipements guerriers et de surveillance dans ces nouvelles bases pour remplacer les installations qu'il avait à la base militaire de Manta, en Equateur. Actuellement il y a déjà en Colombie 800 hommes des forces armées des Etats-Unis ainsi que 600 «civils sous contrat» (en réalité des mercenaires), mais les analystes s'accordent pour signaler que le chiffre réel est beaucoup plus élevé que celui qui est officiellement reconnu.

Il n'est pas besoin d'être un expert militaire pour se rendre compte que la cession de ces bases par la Colombie aboutit à ce que le Venezuela soit complètement encerclé, soumis à un harcèlement permanent des troupes de l'empire stationnées en Colombie, sans compter les bases colombiennes et celles des «paramilitaires» colombiens. Il faut ajouter à cela l'appui qu'apportent dans cette offensive contre la Révolution Bolivarienne les bases américaines à Aruba, à Curazao et à Guantanamo, ainsi que celle de Palmerolas, au Honduras, et la Quatrième Flotte étasunienne, qui dispose de suffisamment de ressources pour patrouiller efficacement tout le littoral vénézuélien.

Mais Chavez n'est pas le seul à être menacé: Rafael Correa (Equateur) et Evo Morales (Bolivie) aussi restent dans la mire de l'empire, d'autant que Alan Garcia au Pérou brûle d'envie d'offrir une «preuve d'amour» à l'occupant de la Maison-Blanche en lui offrant des possibilités pour le déploiement de ses troupes. Au Paraguay, les Etats-Unis se sont assuré le contrôle de la base stratégique de Mariscal Estigarribia, située à moins de cent kilomètres de la frontière avec la Bolivie. Elle est dotée d'une des pistes d'aviation les plus étendues et les plus résistantes d'Amérique du Sud, capable d'accueillir les gigantesques avions utilisés pour transporter les chars, les avions et les divers armements lourds qu'utilise le Pentagone. Au Paraguay, les Etats-Unis disposent encore de l'énorme base de Pedro Juan Caballero, localisée à 200 mètres de la frontière avec le Brésil!. Mais d'après Washington, elle appartient à la DEA [Drug Enforcement Administration - agence fédérale chargée de la lutte contre la drogue] et n'a pour objectif que de lutter contre le narcotrafic !

La menace que présente cette expansion sans précédent de la puissance militaire nord-américaine en Amérique du Sud n'est pas passée inaperçue notamment pour le Brésil. Ce pays connaît en effet les convoitises états-uniennes en ce qui concerne l'Amazonie, région que, entre eux, les stratèges impériaux considèrent comme un territoire vide, en libre accès, et qui sera occupé par celui qui aura les capacités technologiques de le faire [les ressources de l’Amazonie sont énormes et multiples pour le capital].

Devant ces menaces les pays sud-américains doivent réagir avec beaucoup de fermeté et exiger des Etats-Unis qu'ils envoient aux oubliettes leurs plans belliqueux en Colombie, qu'ils démilitarisent l'Amérique latine et les Caraïbes et qu'ils désactivent la Quatrième Flotte. La rhétorique «dialoguiste» d'Obama n'est pas compatible avec l'existence de ces menaces. Et si Obama veut avoir un minimum de crédibilité internationale, il devrait immédiatement donner des instructions pour faire marche arrière avec ces initiatives.

Les gouvernements de la région, regroupés dans l'Unasur (Union des nations sud-américaines) et le Conseil sud-américain de la défense, devraient pour leur part faire la sourde oreille à la supercherie de Uribe et passer du plan de la rhétorique et de l'indignation morale au plan plus concret de la politique, en impulsant quelques gestes efficaces. Ils devraient, par exemple,  ordonner le retrait immédiat des missions militaires et des autres officiels représentants les forces armées étatsuniennes, stationnés dans nos pays, tant que ces options de Washington ne sont pas changées. C'est ainsi que le message de refus et de répudiation du «militarisme pentagoniste» – comme l'a baptisé précocement un grand homme latino-américain, Juan Bosch [3] – pourrait parvenir clairement et puissamment aux ouïes de leurs destinataires à Washington. Les suppliques et les exhortations, par contre, ne feront qu'exacerber les ambitions de l'impérialisme.


Traduction A l’Encontre.


Notes

1. Le domaine de compétence du Commandement Sud s’étend sur près de 41 millions de kilomètres carrés et sur quasi la totalité des pays du continent. Il dirige également 16 programmes de formation de militaires latino-américains dans différentes spécialités. Depuis l’an 2000, avec G. W. Bush et D. Cheney le déploiement militaire du Commandement Sud s’est étendu. Il a des bases à Guantánamo (île de Cuba), Soto Cano (Honduras), Comalapa (Salvador), Roosevelt Roads et Fort Buchanan (Puerto Rico), Reina Beatrix (île d’Aruba, au large du Venezuela). Sa base de Manta en Equateur est remise en question, ce qui explique le renforcement du déploiement en Colombie. Le Commandement sud dispose d’un contrôle sur un vaste réseau de radars consacré à la «lutte contre le narcotrafic» : trois radars fixes au Pérou et en Colombie et 11 radars mobiles dans six pays des Andes et des Caraïbes. (Réd)

2. Amendement voté par le Congrès des Etats-Unis en 1901, suite à la brève «guerre hispano-américaine» de 1898. Il définissait les termes des relations américano-cubaines et officialisait le droit d'ingérence des Etats-Unis sur le territoire de la République de Cuba. Il resta en vigueur jusqu’en 1934. Il fut alors remplacé par un traité qui perpétua, de fait, la présence politique américaine dans l’ensemble de l’île et, physiquement, assura aux Etats-Unis le territoire de Guantanamo. (Réd.)

3. Pour échapper au dictateur Trujillo, Juan Bosch – écrivain, historien, auteur d’une biographie de Bolivar – s’est réfugié en 1938 à Porto Rico. Il se rendra à Cuba par la suite. Il revient en République dominicaine en 1961, suite à l’exécution de Trujillo. Elu président en 1962, il prend des mesures progressistes. Elles suscitent des réactions vives dans l’armée, l’Eglise réactionnaire et aux Etats-Unis. Il ne faut pas oublier qu’en 1959, la révolution cubaine avait triomphé. Et la distance physique entre la République dominicaine et  Cuba était petite. Ainsi, les Etats organisent en un coup d'État militaire en septembre 1963. J. Bosch doit s’exiler à nouveau. En 1973, il fonde le Parti de la libération dominicaine. Il sera battu lors des élections de 1978. On peut discuter son rôle à Saint-Domingue où sa figure, présente politiquement jusqu’en 1994, ne favorisa pas nécessairement l’émergence d’une gauche classiste. Mais ce fut «un grand homme». (Réd.)



Atilio Boron
est l’animateur du CLASCO (Consejo Latinoamericano de Ciencias sociales)


 Articles de Atilio Boron publiés par Mondialisation.ca

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=14730


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Hypocrites USA !
Hypocrites Médias !



Vendredi 14 août 2009
La guerre contre l'Iran a commencé,
les Médias sont complices.
Le soi-disant dialogue Obama-Clinton
est pure hypocrisie.... Eva R-sistons



Dans le monde


publié par roland (Dazibaouebmaster) le 11/08/2009 08H23

Plan AméricanoSioniste De Nouvelles Sanctions Draconniennes Contre l'Iran - Echec Assuré, Et Après ?

Par Myriam Abraham (Planète non violence)



Le prétendu "dialogue" engagé par l' Administration Obama avec Téhéran a une date butoir : fin Septembre. Washington et Tel Aviv s'activent déjà pour rallier d'autres pays à de nouvelles sanctions encore plus draconiennes, véritable déclaration de guerre contre l'Iran. L'ingérence étrangère post électorale, reconnue publiquement sur CNN par la Secrétaire au Département d'Etat US, Hillary Clinton, n'a en fait pour but que de ternir l'image de l'Iran dans l'opinion publique occidentale pour neutraliser toute opposition à une guerre contre l'Iran.

Récemment, plusieurs rencontres américanosionistes ont eu lieu en Israël. Le sujet principal était l'Iran, plus précisément les sanctions à mettre en oeuvre une fois le délai du prétendu dialogue passé. Parmi ceux ayant participé à ces rencontres on trouve le conseiller à la sécurité nationale US, James Jones, et le conseiller spécial du président, un faucon sioniste, Dennis Ross, le secrétaire à la défense US, Robert Gates. Tous ont délivré le même message à Tel Aviv : si l'Iran n'arrête pas son programme d'enrichissement d'uranium les US vont monter une coalition internationale pour imposer des sanctions draconiennes contre l'Iran en dehors du Conseil de Sécurité des Nations Unies, car la Russie et la Chine sont contre. Obama doit d'ailleurs se rendre en Chine prochainement pour essayer de rallier ce pays. Côté israélien, ils ont été reçu par Uzi Arad, le conseiller de Netanyahou, Meir Dagan chef du Mossad, et Amos Yadlin chef du renseignement militaire, et le Dr Shaul Horev, directeur du Commissériat à l'Energie Atomique israélien. L'équipe de Jones comprenait aussi William Burns sous secrétaire d'état aux affaires politiques, et Gary Seymour en charge à la Maison Blanche du contrôle des armes et de la non prolifération, un ami d'Arad . Les responsables américains ont également rencontré le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, le ministre de la défense, Ehud Barak, et le chef d'état major de l'armée israélienne, Gaby Ashkenasi.

Les Américains ont demandé au régime sioniste de " faire profil bas" et d'éviter de " pester et tempêter" contre l'Iran en public jusqu'à ce que la communauté internationale ait évalué fin Septembre lors de l'assemblée annuelle de l'ONU la réponse faite par l'Iran. Jusqu'à cette date, les Américains se disent prêts à donner une chance à la diplomatie bien que la secrétaire d'état Hillary Clinton répète volontiers que l'Iran ne va pas engager de négociation sur son programme nucléaire et que Washington devra donc en tirer les conséquences, sous entendu, plus de sanctions.

Parmi la première vague de nouvelles sanctions, une concoctée par le Lobby Sioniste à Washington, l' AIPAC, prête à être votée par le Congrès américain sur proposition de Joe Lieberman, membre du Congrés US le plus acharné à défendre la cause sioniste, un embargo sur les importations de produits pétroliers raffinés notamment du gasoil, car l'Iran importe jusqu'à présent 40% de ces produits. Mais l'Iran est rapidement entrain de parer à cette sanction en développant sa production intérieure avec l'aide de la Chine : construction de plusieurs nouvelles raffineries et amélioration des capacités de production de celles existantes.

Les Américains proposent aussi des sanctions financières telles qu'interdire la prise en charge par les compagnies d'assurance des échanges commerciaux avec Téhéran. L'Iran aurait alors des difficultés en matière d'importation et d'exportation. Ils veulent également imposer des sanctions à toute société faisant des affaires avec l'Iran pour faire pression sur certains pays comme l'Allemagne et l'Italie, mais aussi plusieurs pays asiatiques, qui ont développé des relations commerciales florissantes avec la République islamique..

Bien qu'il y ait peu de chance que ces sanctions, qui ont pourtant le soutien de la France, de la Grande Bretagne, et de l'Allemagne - cette dernière plus discrète car les élections au poste de chancelier(e) approchent et Merkel ne veut pas s'aliéner tout un pan de l'industrie allemande qui entretient des relations commerciales prospères avec des entreprises iraniennes - puissent recevoir l'aval du Conseil de Sécurité de l'ONU, la Russie et la Chine s'y opposant, et fassent plier Téhéran, les AméricanoSionistes ont prévu une deuxième vague de sanctions.

Parmi celles-ci, interdire les ports occidentaux aux navires iraniens, voire même interdire les aéroports occidentaux aux avions iraniens. Ces mesures qui s'apparentent à un véritable blocus, sont en droit international considérées comme des actes de guerre, et provoqueront immédiatement des représailles de la part de Téhéran probablement sous forme d'entrave à la circulation du trafic pétrolier dans le Golfe D'Hormuz où passe 40% des approvisionnements mondiaux en pétrole avec en conséquence une flambée des prix du brut et produits raffinés.

L'agitation post électorale fomentée par des ambassades étrangères, principalement celles de la Grande Bretagne et de la France, valets américanosionistes en politique étrangère, sont des mesures d'accompagnement visant non pas à renverser le régime, car une telle entreprise est irrémédiablement vouée à l'échec les Iraniens ayant tirés les leçons de l'interventionnisme étranger sur leur territoire, mais fait plutôt partie d'une opération de guerre psychologique et médiatique avec pour but de diaboliser le régime de Téhéran aux yeux de l'opinion publique occidentale pour :

1. rendre ces sanctions acceptables même si en droit international elles sont qualifiées d'actes de guerre;

2. préparer cette opinion publique à une guerre contre l'Iran, ce qui reste l'objectif N° 1 des Sionistes même si Obama n'est pas très enthousiaste. Lors des émeutes post électorales de Juin en Iran, les Sionistes auraient demander le feu vert de Washington pour attaquer les installations nucléaires et d'autres cibles militaires et industrielles en Iran. Obama aurait choisi de ne pas répondre à cette demande.

Info intox ? La coordination américanosioniste en ce qui concerne l'Iran étant la priorité des priorités, Obama cherche t-il tout simplement à nier préventivement toute responsabilité et toute implication dans une attaque sioniste contre l'Iran ?

Hillary Clinton, Secrétaire au Département d'Etat, vient également de reconnaître publiquement la participation de Washington aux manifestations et émeutes post électorales. En effet, elle a déclaré sur CNN le 09/08/09, que bien que les US ne voulaient pas trop montrer ouvertement leur soutien aux protestataires suite à l'élection présidentielle en Iran, le Département d'Etat " faisait beaucoup" en coulisse pour soutenir l'opposition. Elle a été jusqu'à dire que c'était une situation difficile car le soutien des US pourrait conduire les dirigeants iraniens à " l'utiliser contre nous pour unifier le pays contre les protestataires". Mais elle a également insisté pour dire que le Département d'Etat " faisait beaucoup pour réellement donner du pouvoir aux protestataires" incluse la pression sur Twitter pour qu'il repousse sa maintenance technique pour ne pas interrompre son service. Mi Juin, l'administration Obama a décidé de distribuer des millions de $ aux factions dissidentes et leurs ONG satellites à l'étranger, afin de continuer l'ingérence US " dans les coulisses". Elle a également renouvelé ses doutes sur un possible début de discussion avec l'Iran sur son programme nucléaire.

Des sanctions dés le départ vouées à l'échec

Abstraction faite du fait que Téhéran ne pliera jamais devant le dictat américanosioniste qui risque d'avoir un effet boomerang en cimentant la société civile iranienne encore profondément traumatisée par le renversement du gouvernement démocratiquement élue de Moussadegh en 1953 par les US/GB, ces sanctions ont peu de change d'être adoptées.

D'abord au Conseil de Sécurité de l'ONU, la Russie et la Chine s'y opposeront. Obama a beau faire les yeux doux à Moscou et Beijing, ni les Russes ni les Chinois ne sont dupes du double jeu qu'il mène : continuer à encercler militairement la Russie en déployant les forces armées de l'OTAN et pour la Chine l'affaiblir en fomentant des troubles inter ethniques à l'intérieur de son territoire. Les pays membres de l'UE sont également divisés. De même, la Turquie qui partage avec l'Iran une longue frontière, qui entretient avec sa voisine d'excellentes relations commerciales et qui fait actuellement partie du Conseil de Sécurité comme membre non permanent, est peu enthousiaste.

Donc un embargo sur les importations de produits pétroliers raffinés dont le gasoil aura peu d'impact car ce ne sont ni les US ni Israël qui exportent ces produits en Iran, et parce que ni la Russie ni la Chine, ni la moitié des pays européens, ne sont prêts à y participer.

Deuxièmement, l'Iran a menacé de mener des représailles contre ce type d'embargo en stoppant ses exportations de pétrole vers l'Occident. Il y a un précédent historique qui devrait faire réfléchir les AméricanoSionistes. Quand la Grande Bretagne a voulu punir le gouvernement démocratiquement élu en 1953 de Mossadegh pour avoir nationalisé le pétrole iranien, la Grande Bretagne a imposé un embargo sur les exportations de pétrole iranien, avec la participation de la Royal Navy. Moussadegh a donc répondu en stoppant les exportations de pétrole, et en le stockant, et l'initiative anglaise a échoué. Le gouvernement britannique a essayé de renverser Moussadegh sans succès et demandé de l'aide aux US qui eux ont réussi et l'ont remplacé par le Shah d'Iran, dictateur et tortionnaire, ami des AméricanoSionistes. Tenter un nouveau coup est voué à l'échec et ne fera que monter la société iranienne contre l'Occident pour les décennies à venir, ceux qui ont participé aux manifestations seront considérés comme des traitres et risquent d'être pendus dans cet environnement politique international vécu comme extrêmement hostile à leur égard par une grande majorité d'Iraniens. Si le but machiavélique des AméricanoSionistes c'est de faire pendre des Iraniens accusés de haute trahison pour se rallier l'opinion publique internationale pour attaquer l'Iran, cela risque de se retourner contre eux. Il y a eu la Yougoslavie, puis l'Afghanistan, puis l'Irak, désormais l'opinion publique dans le monde occidental exprime quand elle le peut son hostilité aux guerres américanosionistes, et c'est encore plus vrai dans le monde arabo musulman.

Troisièmement les représailles iraniennes auront de graves effets mondialement sur le prix du pétrole et des produits pétroliers raffinés alors même que l'économie mondiale est en récession et cela risque de la plonger encore plus dans une Grande Dépression tout particulièrement aux Etats Unis complètement dépendants de l'extérieur pour leurs approvisionnements.

Quatrièmement : si cela n'est pas faisable de couper les importations iraniennes de produits pétroliers raffinés dont le gasoil, alors pourquoi proposer une telle démesure ?

Une action provocatrice pour faire porter la responsabilité de l'effondrement de l'économie mondiale sur l'Iran, justifier une attaque militaire contre ce pays, et déclencher une 3ème Guerre Mondiale, pour :

1. sauver l'économie et l'empire libéral américain, comme cela avait déjà été le cas lors de la Seconde Guerre Mondiale;

2. sauver l'entité sioniste de la désintégration qui la ronge au quotidien parce que de plus en plus de Juifs, y compris en Palestine, s'en détournent écoeurés par ses opérations militaires, sanglantes, abjectes ?


Source: Planète non violence (Article repris avec autorisation. Ne pas reproduire sans autorisation du site Planète non violence)

http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=5421

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Commentaire :


babelouest (crisonnier) - le 11/08/2009 08H49


En peu de mots, les Etats-Unis sont déjà entrés en guerre contre l'Iran.


C'est inacceptable
. Les Etats-Unis doivent plier, et rendre à l'ONU son caractère de médiateur international violé constamment par l'axe Washington-Tel Aviv. Le gouvernement français doit changer de politique, immédiatement.Soutenir de tels fous de guerre est grave de conséquences.

BO



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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 14:34


Abu_20Ghraib_20Torture-715244-4fb54-a86eL'Empire américain du Mal :

Retort : «Ils firent un désert
et le nommèrent paix»

publié par
graffitix le 11/08/2009 16H38


Le tableau est noir, très noir. Et le propos essentiel.

Retort, groupe informel d’activistes américains opposés à l’ordre capitaliste des choses, auteur du très recommandé "Des Images et des Bombes", a accepté de répondre aux questions  d’Article11. Entre dénonciation sans concessions de l’Empire post-11 septembre, dégonflage de la baudruche Obama et mise à nu du néo-libéralisme guerrier, entretien fleuve.

"Néron triomphe en vain, comme partout ailleurs dans l’Empire qui avait déjà vu naitre Tacite."


Retort : "Ils firent un désert et le nommèrent paix"


Source Article XI ici - samedi 14 février 2009, par Lémi

Ils ont écrit, à quatre mains, le livre contemporain le plus percutant sur les tribulations sanglantes de l’impérialisme américain, entre guerre de l’image et néo-libéralisme guerrier : "Des Images et des Bombes. Politique du spectacle et néolibéralisme militaire" (éditions Les Prairies Ordinaires). Dans cet ouvrage (que nous avions déjà abordé ici) essentiel, ils mêlent avec virtuosité Debord et Hobbes, Nietzche et Milton,  sautant d’une référence à l’autre pour dresser un état des lieux sans concession de la politique étrangère américaine et de ses conséquences désastreuses.

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"Ils", c’est Retort, un groupe d’intellectuels et d’agitateurs américains basés à San Francisco et soucieux de dénoncer un "ordre actuel des choses" qu’ils rejettent en bloc, sans concessions.
Le collectif a gentiment accepté de répondre à quelques questions, par mails évidemment. Lecture instructive pour qui se leurrerait encore sur l’état du monde et sur les "promesses" de changement d’Obama. Mais aussi pour ceux qui, encore et toujours, cherchent des raisons d’espérer et des moyens d’agir [
1].


Membres, acte de naissance, actions initiées : pouvez-vous présenter votre collectif ?

Retort est une réunion d’antinomiens, qui a pour base la baie de San Francisco. Nous ne sommes pas un collectif, nous n’avons pas de programme explicite ; nous sommes plutôt une équipe hétéroclite - écrivains, artisans, professeurs, artistes, scientifiques, poètes - rassemblée dans un réseau d’amitiés enrichissantes et partageant le même antagonisme envers l’ordre présent des choses. Nous nous sommes rencontrés régulièrement tout au long des deux dernières décennies, principalement pour manger et boire ensemble - nous sommes heureux de le confesser - mais aussi pour discuter de politique, d’histoire, d’esthétique, des termes et techniques d’oppositions au capitalisme - par la racine ou par les branches -, de l’Empire, ou des différentes versions de barbarie en stock à notre époque. Nous cultivons un profond amour des bistrots et tavernes urbaines, ainsi qu’une tendance à favoriser le plein-air (ballades, arrière-pays, piques-niques sur bâches, baignades dans des lieux sauvages…). Nous avons produit des pamphlets et des brochures pour des occasions particulières et, de temps en temps, nous organisons des réunions publiques - lectures, banquets, soirées cinéma etc. Il y a des collaborations de tous genres à l’intérieur du groupe.

Par ce nom, "Retort" ("riposte"), nous reconnaissons que nous sommes engagés dans une conversation très large dont nous rejetons les termes et les suppositions, et que nous restons au sol, de manière rhétorique ou pas, sans que nous puissions faire autrement. Nous sommes forcés de passer une grande part de notre temps - beaucoup trop, vraiment - en réfutations, dénégations, répliques juridiques. En un mot, à "riposter" ("RETORTing"). Celà fait également référence à un obscur journal non-sectaire des années 1940, qui portait ce nom et que nous songions sérieusement à faire revivre. Il était édité et publié depuis une cabane de Bearsville, dans l’état de New-York, un hameau près de Woodstock. La presse utilisée pour l’imprimer avait appartenu à un agitateur anarchiste, l’éloquent Carlo Tresca, avant qu’il ne soit assassiné dans les rues de Manhattan, peut-être par des agents de Mussolini. Cette publication était anti-étatique, anti-militariste, et publiait des essais sur l’art, la politique et la culture, ainsi que de la poésie. Dans le premier numéro, il y avait ce poème de Kenneth Rexroth qui commence ainsi :

"Maintenant à Waldheim là où la pluie
Est tombée négligemment, inconsciemment
Pour toute la diabolique jeunesse du siècle
Là où maintenant reposent les rives de roses noires
" [
2]

Ce journal, Retort, publiait également The convinct’s Compendium of Useful Information [3], compilé par des opposants à la guerre, principalement ceux emprisonnés pour avoir refusé de collaborer soit avec l’Etat, soit avec les "églises de la paix" anabaptistes qui avaient conclu un accord avec le gouvernement américain : elles s’occupaient des camps de travail pour objecteurs de conscience situés à la campagne. Au final, Retort est un vaisseau alchimique qui fermente, distille transforme. C’est fragile, cela ne marche pas si l’on n’ajoute pas de feu, il y a des problèmes avec les théories sous-jacentes, mais il y a des explosions occasionnelles de magie.

"Au final, Retort est un vaisseau alchimique qui fermente, distille transforme. C’est fragile, cela ne marche pas si l’on n’ajoute pas de feu, il y a des problèmes avec les théories sous-jacentes, mais il y a des explosions occasionnelles de magie."

Comment vous est venue l’idée du livre, Des Images et des bombes ?

"Afflicted Powers" ("Des Images et des bombes" dans sa traduction française) a fait suite à une brochure intitulée "Ni leur guerre, ni leur paix", produite par Retort pour les manifestations anti-guerre du printemps 2003. Ce fut écrit dans l’urgence, dans le but de faire concurrence aux slogans qui, nous le savions, allaient dominer les marches - c’est à dire "pas de sang pour le pétrole" et "paix". Des dizaines de milliers de ces brochures ont fait leur chemin autour du monde et nous avons reçu de nombreuses réactions de gens demandant que nous développions ce qui était, c’est sûr, compressé et rhétorique. Nous avions l’intention d’écrire un pamphlet qui aurait été distribué à travers nos propres réseaux, mais cela gonfla et prit la forme d’un manuscrit finalement publié à Londres par Verso. Le ton d’Afflicted Powers porte la marque de son origine en tant qu’intervention de rue ; un critique le décrivit comme "venimeux et poétique" - pas de plus grand compliment. Chomsky caractérisa précisément le livre comme "moitié analyse, moitié manifeste", et nous fûmes heureux qu’Harold Pinter écrive à propos : "Une analyse détaillée de la relation entre les Etats-Unis et le monde. Pas une pierre qui ne soit retournée. Les vers mis en lumière sont grotesques."

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Les leaders d’Al Qaida souhaitaient la victoire de Bush aux élection de 2004 au motif que son action aurait été "davantage inspirée par la force que par la sagesse." En 2008, les mêmes ont dit vouloir la victoire de Mc-Cain, l’Amérique demeurant "l’ennemi parfait" avec un conservateur à sa tête. L’élection d’Obama est donc une défaite pour Al Qaida ?

Sûrement pas. La victoire d’Obama fut, c’est certain, une défaite domestique et symbolique pour les suprémacistes blancs américains. Ce fut aussi une rebuffade pour la caste militaire que McCain symbolisait. Beaucoup d’officiers des troupes américaines sont ainsi des descendants des migrants protestants irlando-écossais, qui ont fait également une grande part du sale boulot pour l’impérialisme anglais.
D’un autre côté, si les leaders d’Al Qaida croient maintenant qu’ils ont besoin d’un conservateur à la Maison Blanche pour constituer le "parfait ennemi" - et nous ne pensons pas qu’ils soient stupides à ce point - alors ils ont trop regardé la télévision américaine. Ou peut-être pas assez… Après tout, Obama s’est lui même engagé publiquement, à la télévision, à étendre la guerre en Afghanistan, et si nécessaire à bombarder le Pakistan sans concertation. Même Bush a hésité quand il a entendu cela durant la campagne de 2008… Il ne faut jamais sous-estimer l’extrémisme des Néo-libéraux [
4] - historiquement, le décompte global des victimes des administrations "néo-libérales" capitalistes dépasse même les bains de sang mis en place par les communistes d’état, les fascistes et la grande galerie des tyrans à poigne de fer. Il faut noter, bien sûr, que concernant le Moyen-Orient et le monde islamique, Obama a déjà juré sa loyauté à l’Etat sioniste. Et il sait parfaitement que - sans vouloir manquer de respect à Israël - si vous voulez les moyens, vous voulez les fins. A savoir, cette gamme complète d’ethnocides actuellement en cours en Palestine.

"Après tout, Obama s’est lui même engagé publiquement, à la télévision, à étendre la guerre en Afghanistan, et si nécessaire à bombarder le Pakistan sans concertation. Même Bush a hésité quand il a entendu cela durant la campagne de 2008… Ne jamais sous-estimer l’extrémisme des Néo-libéraux."

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Dans Afflicted Powers, votre analyse accorde une grande part au concept de "spectacle" théorisée par Guy Debord. Avec Obama aussi, cette notion semble opérante : il serait la représentation personnifiée du spectacle dans un sens "positif" un peu mièvre, pas loin d’Hollywood. Après avoir été défait en Irak, est ce que l’impérialisme américain ne cherche pas à "adoucir" son image, de manière à pouvoir continuer le boulot ?

D’abord, Obama est intégralement dans l’idée de politique spectaculaire - comment pourrait-il ne pas l’être ? Considérez ces photos mises en scène sorties tout droit d’un album de Leni Riefenstahl, ce logo "soleil levant" réminiscent du drapeau Hinomaru - qui fut banni pour ses significations militaristes durant l’occupation du Japon - , cette jeune femme musulmane bousculée hors de scène par des vigiles à un rassemblement démocrate parce qu’elle portait un foulard, etc.
Le tortureur en chef Rumsfeld écuma un jour de rage devant le club de presse de Washington en évoquant la difficulté de gérer les affaires de l’état dans un monde de caméras de téléphones portables, d’Internet, de cycles d’infos de quatre heures et d’Al Jazeera : il produisait ainsi sa propre théorie - vulgarisée, c’est certain - du spectacle.
Notre livre porte précisément sur les contradictions du militarisme néo-libéral dans les condition de spectacle induites par la nouvelle matrice à produire des images. Il y aura, c’est sûr, quelques changements avec Obama - spécialement dans l’organisation des apparences. Par exemple, Guantanamo, l’inacceptable visage de la torture d’état, sera fermé [
5] ; mais au fond, le goulag persistera, et le militarisme pourrait même être étendu sous la présidence Obama.

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Nous pensons également qu’il est important de réfuter le côté simpliste de votre formulation : "après avoir été défait en Irak." Comme nous le développons largement dans le chapitre "Permanent War" (qui n’est malheureusement pas reproduit dans la version française), il y a beaucoup de points par lesquels l’occupation de l’Irak a servi les intérêts néolibéraux - particulièrement américains - , même si sur d’autres aspects cela s’est révélé un désastre. Ces débats sur l’usage de la force sans modération, l’imposition d’une volonté hégémonique, l’établissement d’avant-postes militaires, etc., pourraient se résumer par l’expression : "L’Etat américain et ses clients du capital ont pu faire ce qu’ils voulaient, même s’ils n’ont pas pu obtenir tout ce qu’ils voulaient."

 

Depuis le 11 septembre, ceux qui étaient les spécialistes incontestés de la manipulation par le spectacle savent qu’ils sont vulnérables. Leur ennemi a appris comment se battre sur ce terrain, et avec une grande efficacité : le 11 septembre en est la preuve. La réaction des Etats-Unis fut essentiellement militaire (guerres en Afghanistan et Irak, menaces contre l’Iran, la Syrie, La Corée du Nord…). En cas de nouvelle attaque terroriste, à quoi faut-il s’attendre ?

Connaissant l’histoire des USA, on peut parier qu’un deuxième attentat du style du 11 septembre produirait encore une fois une très violente réponse de l’Etat américain, et serait supportée par la part importante d’éléments chauvins de la population. Nous hasardons deux prédictions : à l’étranger, dans n’importe laquelle des aventures militaires à venir, les victimes seront comme d’habitude, et en très grande majorité, des non-combattants ; sur le front intérieur, dans notre propre pays, il y aura des assauts plus poussés au niveau des libertés civiques - concernant le caractère privé d

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es correspondances, sur l’Habeas Corpus, le droit de rassemblement, le droit à la ville ("right to the city"), et ainsi de suite. Bien sûr, ces droits ont toujours été régulièrement et sérieusement ébréchés, ce n’est pas une grande nouvelle, par exemple pour ces américains régulièrement contrôlés pour "conduite de voiture alors qu’ils sont de race noire".
Concernant la future politique étatique, quel que soit le degré de belligerence entre les cliques au pouvoir, le point crucial est que l’appareil stratégique de l’Empire "vacille toujours dans la direction de l’intervention militaire", quoi que l’administration Obama puisse dire sur la "diplomatie de la force intelligente" comme arme principale.

"(...) Le point crucial est que l’appareil stratégique de l’Empire ’vacille toujours dans la direction de l’intervention militaire’, quoi que l’administration Obama puisse dire sur la ’diplomatie de la force intelligente’ comme arme principale."

Un des chapitres de votre ouvrage traite de l’émergence du terrorisme islamique révolutionnaire, de ces gens qui ont appris à utiliser les techniques de la modernité et le pouvoir de l’image. Bien évidemment, vous rejetez en bloc leurs méthodes. Mais dans le même temps vous semblez dire que ce sont les seuls capables de déstabiliser l’impérialisme américain et le modèle capitaliste. Vous pensez que l’opposition occidentale à la marche actuelle des choses devrait s’inspirer sur certains points des analyses de l’Islam révolutionnaire ?

Aucun assassin, aucun propagandiste de la force, n’a jamais atteint l’impact des aviateurs qui attaquèrent le World Trade Center en 2001 ; et pourtant, nous étions dès le début sceptiques sur les conséquences de cet attentat, pas réellement déstabilisatrices pour l’hégémonie ou pouvant mener à un véritable échec stratégique. Sans doute l’événement a-t-il marqué l’arrivée dans le centre névralgique du capitalisme mondial d’un nouveau modèle d’avant-garde, réussissant une forme de détournement de l’appareil de la modernité. Notez que les avions qu’Atta et son équipe transformèrent en lance-missiles furent en fait conçus pour être des armes de destruction massive : l’entreprise Boeing reconfigura les vieux bombardiers utilisés pour lâcher des déluges de feu sur les villes européennes et japonaises durant la Seconde Guerre mondial en vue de les adapter au tourisme de masse et aux voyages professionnels dans les années 1960. Atta lui-même était un urbaniste (Au Caire et à Alep), dégoûté par la "disneyification" émergente et l’échec du développement national séculaire en Egypte et dans le tiers-monde. Il avait raison ; Dubaï est un visage de la globalisation néolibérale, les bidonvilles géants en sont un autre.

En même temps, il est nécessaire de reconnaitre la relation amoureuse qu’entretient al-Qaida avec l’image utilisée comme arme politique. Même dans leur rejet de l’Occident, les avants gardes islamiques affichent une maîtrise totale du monde virtuel et des nouvelles techniques de diffusion. C’est un aspect du mélange actuel entre atavisme et nouvelle ultra-modernité que ceux qui s’opposent autant à l’Empire qu’au Jihad, que nous considérons comme deux virulentes mutations du "bien", doivent prendre très au sérieux. "Très au sérieux", non pas à cause des troubles qu’ils traînent dans leur sillage, ou pas seulement à cause de cela, mais parce que les avant-gardes révolutionnaires de la Terreur parlent comme personne d’autre des vérités de la modernité, d’une manière qu’aucun langage de la raison n’ose faire. C’est pourquoi nous affirmons que c’est au niveau de la modernité elle-même qu’une critique stratégique de gauche doit s’enchasser. Bien sûr, tactiquement, nous avons besoin d’un programme anti-capitaliste qui ferait le lien entre les opprimés ("commoners") du Nord et ceux du Sud, qui ferait campagne contre les racines mêmes de l’impérialisme, et qui refoulerait les récents épisodes d’enclosure et d’accumulation primaire.

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"(...) Il est nécessaire de reconnaitre la relation amoureuse qu’entretient al-Qaida avec l’image utilisée comme arme politique. Même dans leur rejet de l’Occident, les avants gardes islamiques affichent une maîtrise totale du monde virtuel et des nouvelles techniques de diffusion."

Je sais que certains chapitres du livre original ne sont pas présents dans l’édition française. De quoi traitaient-ils ?

Il y a deux chapitres d’"Afflicted Powers" qui n’ont pas été inclus dans sa traduction française, "des Images et des bombes". Un chapitre intitulé "Guerre Permanente" affirme l’importance centrale du militarisme dans toute analyse du monde contemporain. Nous passons en revue les enregistrements historiques de l’incessante et continuelle belligérance des Etats-Unis, de manière à faire taire les prétentions de ceux qui font la différence entre un Etat aux mains d’un "parti de la guerre" et un autre aux mains d’un "parti de la paix" et de la diplomatie. Il est suivi d’un chapitre intitulé "le Futur d’une Illusion", qui s’attaque aux relations entre les Etats-Unis et l’Etat d’Israël, et essaye de casser le silence presque total sur la généalogie de cette relation et ses dynamiques, ainsi que sur le rôle de cette relation dans le moment impérialiste présent. Nous soutenons qu’Israël est non-seulement un "Etat-raté", si on recourt au langage du FMI, mais qu’il a aussi cessé depuis longtemps d’être un atout stratégique ; même comme mirage dans le désert, c’est maintenant un échec, vraiment un sérieux handicap pour les gérants de l’Empire. A ce niveau du spectacle, cela a tourné au désastre ; les images de vergers d’orangers et de "fleurs dans le désert" ont été remplacées par celles de la destruction au bulldozer des vergers d’oliviers, et maintenant par les scènes de massacres en masse d’innocents à Gaza, lesquels n’ont même plus l’option de devenir des réfugiés.

"A ce niveau du spectacle, cela a tourné au désastre ; les images de vergers d’orangers et de ’fleurs dans le désert’ ont été remplacées par la destruction au bulldozer des vergers d’oliviers, et maintenant par les scènes de massacres en masse d’innocents à Gaza, lesquels n’ont même plus l’option de devenir des réfugiés."

Nous sommes ravis que Les Prairies Ordinaires aient publié ce livre en France, et nous comprenons que les exigences de format requièrent certaines excisions. Cependant, le débat qui est au cœur d’Afflicted Powers concerne précisément les nouvelles conditions très complexes dans lesquelles les intérêts bruts de l’impérialisme et les conflits géostratégiques entrent en collision avec les récents développements dans les rouages, la production et la gestion de l’image-monde. Avec l’omission de ces deux chapitre, notre argumentaire est - pour les lecteurs français - déséquilibré et incomplet, sur des points importants.

Qu’en est-il des intellectuels américains ? A part Howard Zinn ou Noam Chomsky, est ce qu’il y a d’autres "voix" qui jouent un grand rôle dans l’opposition à l’ordre des choses ?

La figure de l’intellectuel comme opposant publique a plus ou moins disparu pendant la chasse aux sorcières anti-communiste, en partie via ces carrières qu’on a détruites, en partie via l’impossibilité d’accéder au quatrième pouvoir. L’essai de Chomsky, "La responsabilité des intellectuels", l’a rendu célèbre pour sa critique de la guerre du Vietnam, mais il faut rappeler qu’au moment où le livre a été publié, en 1967, Chomsky était tranquillement titulaire d’un poste au Massasuchett Institute of Technology [6] (MIT) pour son travail novateur en linguistique mathématique. Le MIT était financé par l’US Navy et l’Army Signal Corps

Plus généralement, l’explosion soudaine d’énergie contestataires dans la zone de la baie de San Fransisco au cours des années 1960, captée à travers les voix de Huey Newton et de Mario Savio, qui ont fait le lien entre les revendications des Black Panthers et du Free Speech Movement, a vite été étouffée ou supprimée. Le petit nombre de ceux accueillis dans la nouvelle académie modèle, multi-culturelle, tira parti de ces luttes, mais les voix noires radicales comme celles d’Angela Davis, d’Adolphe Reed et de Ruth Wilson Gilmore ont été occultées dans les médias principaux. Les journaux "underground" de la contre-culture furent soit fermés soit "normalisés" vers le milieu des années 1970. Depuis, les discours publics ont été dominés par l’agenda des "think-thanks" conservateurs et néo-libéraux, fondés comme une réplique directe aux événements de la fin des sixties. La réaction s’installa et Chomsky, par exemple, se retrouva exclu des pages de la New York review of Books. Il se passa la même chose avec son collègue anarchiste Howard Zinn, qui enseignait à l’université de Boston, de l’autre côté de la rivière par rapport au MIT. Même s’il était terriblement populaire auprès des jeunes étudiants qui accouraient en masse à ses cours sur les libertés civiles, Zinn fut perpétuellement malmené et humilié par l’administration universitaire. C’est très tardivement que Zinn a gagné une reconnaissance au niveau national, suite à l’extraordinaire succès de son ouvrage "Une Histoire populaire des Etats-Unis", qui continue à se vendre à 100 000 exemplaires par an. Ironiquement, la mise à l’écart des voix critiques en Amérique signifie que l’effondrement des ventes des journaux principaux n’a pas les conséquence qu’il aurait ailleurs, en Inde par exemple.

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Ce qui est beaucoup plus dangereux pour les voix de l’opposition, c’est l’implosion des librairies indépendantes et du réseau de lieux pour lire, se réunir et discuter. Ceux qui s’enthousiasment pour la vie virtuelle sont apparemment tellement focalisés sur leurs écrans, ou alors leur tête est perchée tellement haut dans la blogosphère, qu’ils n’ont pas remarqué ce vide grandissant dans les environs, et le peu qui reste de l’espace public. Dans ces circonstances, il n’est pas étonnant que les voix critiques en circulation se trouvent essentiellement sur Internet. Quelques-unes parviennent à s’échapper du ghetto ; Mike Davis et Naomi Klein viennent à l’esprit parce qu’ils combinent des analyses tranchantes avec des recherches sérieuses. Ils attirent l’attention parce que le journalisme d’investigation est quasiment mort.

"Ceux qui s’enthousiasment pour la vie virtuelle sont apparemment tellement focalisés sur leurs écrans, ou alors leur tête est perchée tellement haut dans la blogosphère, qu’ils n’ont pas remarqué ce vide grandissant dans les environs, et le peu qui reste de l’espace public."

Au-dessous de ce seuil d’une certaine notoriété publique, il y a une liste beaucoup plus longue - il serait injuste d’y piocher seulement quelques noms - composée de ceux dont la pensée et l’œuvre aident à reconquérir le passé et qui forgent des outils pour clarifier et théroser la situation actuelle. Et, bien sûr, il peut y avoir certains écrits dont l’utilité, usant du temps comme arme, se situe un peu plus loin dans le futur. Un bon échantillon de ces "autres voix" peut être entendu en se rendant sur les archives en ligne d’"Against the Grain", un programme possédant un grand éventail d’entretiens très fouillés et qui se trouve sur les ondes de Pacifica Radio, le seul réseau audiovisuel indépendant aux Etats-Unis. Depuis sa fondation en 1946, Pacifica a lutté pour survivre dans un environnement politique hostile.

Enfin, le monde de l’édition est désormais globalement congelé. C’est pourquoi nous sommes grandement redevables aux efforts courageux et constants de petites structures comme Autonomedia à New-York et AK et PM Press dans la zone de la baie de San Francisco, qui continuent à procurer une plate-forme pour les voies radicales.

Vous donnez l’impression d’avoir été réellement impressionnés par les manifestations de février et mars 2003 contre la guerre en Irak, pas seulement aux Etats-Unis mais tout autour du globe. Pour vous, il y avait alors une "multitude" qui commençait à se lever contre le néo-libéralisme militaire américain. Six ans plus tard, est-ce que cette "multitude" continue à se développer ? Est-ce que vous êtes encore optimiste ?

Nous n’avons jamais été optimistes. Cependant, nous voulions insister sur le fait qu’à un moment qui est normalement le moment en or pour l’Etat - l’heure de mobilisation pour la guerre, qui stimule une unanimité de chiens d’attaque, composée de peur, d’agressivité et de xénophobie - , des millions de personne ont simplement refusé de croire ce que les seigneurs de guerre leurs disaient et ont essayé de stopper un conflit avant qu’il ne commence. Sans succès, évidemment ; nous soutenons dans "Afflicted Powers" que le mouvement anti-guerre a rapidement décliné, d’abord parce que l’omniprésent slogan "No Blood for Oil" (pas de sang pour le pétrole) a entraîné une grande confusion concernant les relations des Etats-Unis avec l’économie politique mondiale du pétrole - une histoire complexe, c’est certain. Et deuxièmement, parce que marcher et s’organiser sous la bannière "Peace" implique une méconnaissance des dynamiques du militarisme et de la modernité. Près d’un siècle plus tôt, Randolph Bourne avait prévu ce fait établi, inquiétant, qu’avec une armée en état de marche, un impôt sur le revenu et une industrie de guerre, l’Etat a seulement besoin d’un consentement tacite, tel que le concevait Gramsci, ou d’une inconscience de la population. La paix en tant que cadre oppositionnel est condamnée à finir dans la démoralisation et la confusion : en réalité, dans les conditions actuelles, la paix signifie la guerre par d’autres moyens. C’est la paix des "processus de paix" et de la "pacification". La paix des cimetières, du genre de celui qu’ils construisent aujourd’hui à Gaza.

"La paix en tant que cadre oppositionnel est condamnée à finir dans la démoralisation et la confusion : en réalité, dans les conditions actuelles, la paix signifie la guerre par d’autres moyens. C’est la paix des ’processus de paix’ et de la ’pacification’. La paix des cimetières, du genre de celui qu’ils construisent aujourd’hui à Gaza."

Concernant l’idée de "multitude", nous ne souscrivons pas au point de vue, présenté ces derniers temps par une tendance post-léniniste franciscaine et populaire, selon lequel, de la même manière que la machine à vapeur des usines victoriennes a produit un prolétariat conscient, les réseaux informatiques produiraient une multitude néo-spinoziste qui jouerait cette fois le rôle du fossoyeur. Cette fantaisie millénariste est l’autre face de la "mode-cyber" générée dans les moulins à relations publiques du capitalisme à la Silicone Valley pour la consommation de Wall-Street.

C’est vrai que dans le sillage cahotant des états "ratés", des thérapies de choc du FMI et de la nouvelles séries d’enclosures mondiales du néolibéralisme, un mouvement non-avant-gardiste est en train d’émerger lentement. Les lieux et les modes de résistances sont - doivent être - aussi hétéroclites et protéiformes que les lieux et modes de nouvelles enclosures. L’époque de la nostalgie envers l’entrée de l’usine et de la fétichisation pour le lieu de production s’est envolée depuis longtemps. La tâche urgente et nécessaire, c’est de connecter les luttes dans tous les lieux, au Nord et au Sud, incorporés dans les circuits du capital - dans les lieux de production, de reproduction, de consommation et d’expropriation. Cela signifie, par exemple, de comprendre, puis d’articuler les intérêts communs, par exemple, des paysans sans terre du mouvement "Sem Terra" en Amérique du Sud et du mouvement "Open Source" de la baie de San Francisco, qui s’attaque aux catégories actuelles de la "propriété intellectuelle" en les considérant comme la forme d’enclosure responsable de l’agro-business des OGM et du fiasco du biofuel. En dehors des problèmes pratiques auxquels font face les réseaux horizontaux et transnationaux comme ceux de résistance au G8 ou le Forum Social Mondial, il y a un important travail de théorisation à accomplir. Au niveau conceptuel, si le système matérialiste a ses subtilités métaphysiques et ses raffinements théologiques, ce que nous appelons "la forme commune" ("common form") a aussi ses énigmes philosophiques, qui nécessitent notre attention. Il nous faut écouter les opprimés survivants de la planète et nous assurer l’aide d’anthropologistes et d’historiens du peuple, de l’usufruit et du droit d’accès à la propriété ("coincident use-rights").

Dans la préface à l’édition française, vous expliquez que la vision de l’Europe comme un pôle d’opposition à l’hégémonie américaine est une illusion. Pour vous, l’Europe s’est plus ou moins alignée sur la puissance américaine et le néolibéralisme militaire.
En France, il y a eu l’élection de Sarkozy, président résolument atlantiste. C’est une confirmation de votre point de vue ? L’Europe dans son ensemble ne serait qu’un outil de la stratégie américaine ?

Ce n’est pas seulement une "illusion", cela joue un rôle à l’intérieur du spectacle de la fausse opposition. Cette imagerie spectaculaire permet à certains en Europe d’affirmer qu’une telle collusion, profonde et inébranlable, n’existe pas, quand ils seraient autrement forcés d’admettre leur complicité avec le néolibéralisme militaire américain et leur entière participation au projet néolibéral plus large en Europe même. Ce n’est pas affirmer que l’Europe est un "outil de la stratégie américaine", mais plutôt que les Etats européens sont des partenaires à part entière des USA dans les stratégies capitalistes mondiales, parfois militaristes, parfois non. Sarkozy et son "atlantisme" - c’était bien sûr aussi le terme utilisé par Blair - représentent juste une autre figure de bois peinturlurée sur le manège de l’auto-représentation européenne. Schroeder et Merkel, Chirac et Sarkozy, Blair et Brown, Berlusconi et Prodi, Simitis et Karamanlis : quel que soit celui qui dirige le cheval peinturluré, le manège ne va nul part. Aucun de ces Etats européens ne s’est engagé dans la moindre opposition significative au militarisme américain, alors que chacun d’eux a implacablement imposé sa propre - et celle des USA - néo-libéralisation interne.

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C’est finalement aux citoyens qu’incombe la tâche de résister à la néo-libéralisation, qu’elle soit militariste ou interne, ainsi que les insurgés grecs l’ont montré récemment - non seulement par leur volonté de se battre dans la rue mais par leurs actions spécifiquement ciblées, comme l’actuelle protection des émigrés et le blocage dans le port d’Astakos d’armes américaines destinées à Israël.

"Schroeder et Merkel, Chirac et Sarkozy, Blair et Brown, Berlusconi et Prodi, Simitis et Karamanlis : quel que soit celui qui dirige le cheval peinturluré, le manège ne va nul part. Aucun de ces états européens ne s’est engagé dans la moindre opposition significative au militarisme américain, alors que chacun d’eux a implacablement imposé sa propre - et celle des USA - néolibéralisation interne."

Il y a un aspect de votre livre qui est plutôt inhabituel dans les ouvrages politiques : comme les Situationnistes, qui semblent avoir exercé une grande influence sur votre analyse, vous utilisez la force de la poésie pour exprimer vos idées - la citation de Milton [7], récurrente dans le livre, en est une illustration parfaite.
Globalement, l’arrière-plan théorique de votre livre est assez étendu. De Marx à Debord en passant par Burke Polyiani ou Milton, vous refusez toute approche mono-centrée. C’est important pour vous de vous référer à la littérature, comme une manière de refuser l’ennui se dégageant de la plupart des livres politiques ?

Une partie de la réponse se trouve évidemment dans le fait que c’est un projet collectif, avec un large groupe actif supportant les quatre auteurs, chacun apportant son expérience particulière et son corps de connaissances. Du quartet qui s’est assis pour ébaucher et écrire "afflicted Powers", deux sont historiens et les deux autres sont très intéressés par l’histoire. C’est sans doute une déformation propre aux historiens de s’attaquer aux débarras du passé, mais, franchement, nous n’aurions pu imaginer embarquer sur un tel projet sans l’assistance de Rosa Luxembourg, de Randolph Bourne ou d’Hannah Arendt. Et sans Nietzche entre les mains, une critique de la modernité aurait été beaucoup plus difficile à élaborer. Edmund Burke et Thomas Hobbes formèrent une part essentielle de la trousse à outils analytique. Milton, qui contribua à forger un langage politique radical dans les décennies révolutionnaires du 17e siècle, nous donna le titre de l’ouvrage, et fut une source d’inspiration continuelle et pas seulement parce que son grand poème fut écrit dans le visage de la défaite.

Et, bien sûr, l’indélébile citation de Tactite, "Ils firent un désert et le nommèrent paix", nous parla à travers les siècles. Ce sont des mots qu’il plaça dans la bouche d’un guerrier gallois à la veille d’une bataille contre les légions romaines dans les montagnes écossaises, à la lointaine frontière Nord/Ouest de l’empire. Nous avons besoin de Tacite pour nous rappeler quel genre de paix, ainsi que le nous disions plus tôt, recherchent les maitres de guerre. Une grande partie de l’œuvre de Pierre Vidal-Naquet, l’historien de la Grèce ancienne, abordait la violence d’Etat et l’assassinat de la mémoire, des thèmes centraux dans le spectacle. Il fut inspiré par une ligne de Chateaubriand qu’il trouva retranscrite dans le journal intime de son père, avant sa déportation à Auschwitz : "Néron triomphe en vain, comme partout ailleurs dans l’Empire qui avait déjà vu naitre Tacite."

"Et, bien sûr, l’indélébile citation de Tactite, "Ils firent un désert et le nommèrent paix", nous parla à travers les siècles. (...) Nous avons besoin de Tacite pour nous rappeler quel genre de paix (...) recherchent les maitres de guerre."

Vous avez raison concernant l’ennui se dégageant des livres politiques. Mais, qu’est-ce qui n’est pas ennuyeux ? Les divertissements de la vie moderne sont trois fois narcotiques, et la modernité en général est une vaste blessure de stress, toujours répétée. Néanmoins nous semblons être au seuil de périodes intéressantes, et il y a des raisons de dresser l’oreille. C’est selon nous une période propice pour élaborer des concepts neufs, aussi bien que pour rénover impitoyablement de vieux concepts à la lumière de nouveaux terrains cauchemardesques. Nous surveillons les dédoctions fraiches et les ferment de notre laboratoire de la zone de la baie de San Francisco. Sans être optimistes, nous sommes encouragés par des signes de masses rassemblant les légions affligées et - qui sait ? - se confédérant pour nuire à l’ennemi.


"Rassemblant nos légions affligées,
examinons comment nous pourrons dorénavant nuire à
notre ennemi, comment nous pourrons réparer notre perte,
surmonter cette affreuse calamité ;
quel renforcement nous pouvons tirer de l espérance,
si non quelle résolution du désespoir.
"
(John Milton, Le Paradis perdu, Tome 1)

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Notes

[1] Cet entretien a été traduit (de l’américain au français) par votre serviteur, aka Lémi. Il a été rédigé par Retort il y a environ trois semaines, il faut donc replacer certaines déclarations dans le contexte de l’actualité de l’époque. Pour certains termes qui me paraissaient ambivalents j’ai placé de ma propre initiative les termes originaux, en anglais, entre parenthèses.

[2] Traduction évidemment approximative par votre serviteur, peu versé dans la traduction de poésies. L’original : "Now in Waldheim where the rain/ Has fallen careless and unthinking/ For all an evil century’s youth, / Where now the banks of dark roses lie..."

[3] Traduction approximative : "Le recueil d’informations utiles sur les prisonniers".

[4] Le terme utilisé par Retort est "liberal" : dans l’acceptation outre-atlantique, cela ne recouvre pas exactement la même définition que "libéral". Voir cet article de Rue 89 soulignant la différence, pas toujours claire.

[5] L’actualité est bien sûr venue par la suite confirmer cette affirmation.

[6] Université située à Cambridge, au Nord de Boston.

[7] "Rassemblant nos légions affligées,
examinons comment nous pourrons dorénavant nuire à
notre ennemi, comment nous pourrons réparer notre perte,
surmonter cette affreuse calamité ;
quel renforcement nous pouvons tirer de l espérance,
si non quelle résolution du désespoir."
(John Milton, Le Paradis perdu, Tome 1)

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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 14:00
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Vendredi 14 août 2009

Les Etats Unis d’Amérique sont entrés dans la phase crépusculaire de leur empire. Et en tant que nation impérialiste, son effritement puis son effondrement, sonneront le glas de tous les monarques et potentats du monde arabe qui lui sont liés et l’existence même d’Israël sera en question.

Le paradoxe de cet empire est que ses vassaux du monde arabe n’auront aucun intérêt à le voir disparaître au risque d’être à leur tour engloutis par le tourbillon de son naufrage. Ils vont mettre à sa disposition tous les moyens (de leurs peuples) dont ils disposent pour le soutenir. A cet effet, Ils vont dilapider nos derniers avoirs pour racheter à sa réserve fédérale (la FED) des bons de trésor et autres obligations, ils vont brader ce qui va rester de nos réserves de pétrole et de gaz pour soutenir son industrie moribonde, ils vont acheter massivement des armes à son complexe militaro-industriel pour combler son déficit commercial abyssal. Hélas, il est déjà trop tard, comme jadis pour l’Union Soviétique, la superpuissance américaine est en train de se désintégrer, et sa longue agonie a déjà commencé.

Pourquoi en ces fins de temps, les empires s’éteignent pratiquement en l’espace d’une vie à l’échelle humaine, comparés aux empires qui les ont précédés et qui ont duré des siècles?
Le destin d’un empire obéit à une règle immuable, il est analogue au destin de tout être vivant sur cette terre. Cependant, l’échelle du temps qui caractérise son cycle d’évolution est plus longue.
Les premiers monarques ou empereurs régnaient sur leur empire de manière absolue. Par ailleurs, ils s’octroyaient le plus souvent le statut de dieu à qui le peuple devait une totale soumission. Ils contrôlaient entre autres toutes les richesses de l’empire, c’est ce qui permettait à leurs lignées de durer dans le temps. Les empires récents ont vu le pouvoir des monarques et des gouvernants se diluer au profit de la puissance occulte des banquiers et des financiers. Ce contre-pouvoir a orienté de facto leurs choix politiques, mais ne rendant de compte à personne, et poussé par sa voracité et sa cupidité, les a précipités dans l’abime (l’empire britannique auparavant et l’empire américain très bientôt). Quant à l’empire soviétique, son avènement a été un contresens historique et une tentative organisationnelle irréaliste de la société. L’idéologie marxiste concernant le partage du capital était totalement utopique, c’est pour cela que son application par les bolchéviques s’est heurtée à un échec cinglant et a provoqué, par ailleurs, une catastrophe humanitaire (60 millions morts). C’est l’empire qui a duré le moins longtemps depuis l’avènement de l’humanité (75 ans).
Un autre paramètre est venu se rajouter récemment et va contribuer à l’accélération de la durée de vie des empires, c’est la technologie informatique et la révolution des moyens de communication. Ces outils font que nous vivons dans un monde interdépendant où les événements s’enchaînent rapidement et provoquent des dégâts instantanés.
Il est impossible de dire combien de temps va durer l’empire américain. La seule chose dont nous soyons absolument certains, c’est qu’il s’agira d’un phénomène temporaire dans l’histoire de l’humanité.


Naissance de l’empire américain


L’empire américain s’est d’abord construit sur un génocide de 9 millions d’indiens. Il est devenu riche et puissant grâce à l’asservissement de millions d’africains et au pillage des richesses naturelles des peuples autochtones aussi bien d’Amérique du nord que du sud. Sa stature d’empire n’a été totalement acquise que grâce à un acte “providentiel“ commis par le Japon : le bombardement de Pearl Harbour en décembre 1941. Ce prétexte “inespéré“ a permis au président Roosevelt d’engager l’Amérique dans le deuxième conflit mondial.
Ce conflit a permis de catapulter les Etats Unis d’Amérique au rang de première puissance de la planète. Loin de la guerre, ce pays produisait la moitié du charbon, les deux tiers du pétrole et plus de la moitié de l’électricité au niveau mondial. Ces matières premières bon marché et disponibles sur place, ont permis de booster la production de grandes quantités de navires, d’avions, de voitures, de produits chimiques, d’armes et d’autres produits manufacturiers.
Ironie de l’histoire, c’est la guerre qui a permis aux États-Unis de s’enrichir et d’accumuler de nombreux capitaux en vendant des armes et en prêtant des fonds à une Europe et à un Extrême-Orient ruinés militairement et économiquement. Ainsi ils ont pu disposer de la plus grande partie des capitaux mondiaux et de dominer la production manufacturière et les exportations, et de détenir plus de 80% des réserves mondiales d’or. Assurée de son éclatante victoire, la finance mondiale qui avait élu domicile aux Etats Unis décida en 1944 à Bretton Woods (USA) de réorganiser l’architecture économique du monde occidental. La Grande Bretagne étant endettée et affaiblie, la France à bout de souffle, elle consacra les États-Unis comme nouveau pilier et nouvelle puissance du monde occidental, et le dollar comme pivot et monnaie de référence du système monétaire international.

En effet, les accords de Bretton Woods, donnaient aux USA un droit de tirage en dollars à l'échelle internationale, pour financer, via ce que sera le Plan Marshall, la reconstruction européenne en général, et allemande en particulier. Ce droit de tirage va affermir le poids du billet vert et assurer des débouchés aux productions américaines. Par la même occasion, cette finance créa les deux institutions qui deviendront ses bras armés : la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), future Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI).


Les causes de l’accélération du déclin de l’empire américain


Tout d’abord, Il est fallacieux de dissocier l’empire américain de l’empire britannique, c’est un seul et même empire : l’empire anglo-saxon. “L’ordre mondial“ nécessite un centre dominant, afin de perpétuer son hégémonie. Devant l’incapacité de la Grande-Bretagne à jouer ce rôle, la finance occidentale a décidé, à partir du milieu du XXe siècle, à ce que les Etats-Unis deviennent le nouvel hegemon, état dominant, détenant les moyens d’établir et de maintenir “l’ordre“, afin de diriger et de gouverner le monde. S’il est en partie vrai que l’empire américain est né sur les ruines de la deuxième guerre mondiale qui a ravagé économiquement et militairement les pays européens et de l’extrême orient, en fait il a surtout été “enfanté“ par la finance qui squattait alors un empire britannique agonisant et qui a jugé que le coût financier de la pacification des territoires conquis au 19ème siècle devenait de plus en plus exorbitant et hypothéquait ses investissements dans ces pays, alors que dans le même temps, s’offrait à elle un territoire aussi vaste qu’occupait l’empire britannique auparavant et qui de surcroît était totalement pacifié. Par ailleurs, l’émancipation des peuples colonisés par l’empire britannique à partir du 20ème siècle et la réappropriation de leurs richesses naturelles ont mis à mal la finance mondiale qui avait élu alors domicile en Grande Bretagne pour profiter “sereinement“ du pillage des matières premières de ses colonies et du vaste marché pour l’écoulement de ses produits manufacturés qu’offrait cet empire transocéanique qui englobait un quart des territoires du monde et 300 millions de subalternes, le double si l’on inclut dans cet ensemble la Chine, colonie virtuelle de 430 millions d’habitants.

Les indépendances de ces peuples ont rendu aléatoires les investissements dans ces régions du monde, et c’est ce qui a poussé la finance mondiale à “déménager“ ses fonds vers les Etats Unis d’Amérique. L’affaiblissement et l’effondrement de l’empire britannique ont surtout été accélérés par une fuite massive d’or et de capitaux vers un nouveau monde disposant de richesses naturelles “inépuisables“ et où le retour sur investissement était rapide et sans risque majeur.
Il est de même fallacieux de prétendre que l’empire britannique n’a été qu’un empire maritime avant tout, et que l’Amérique ne disposant pas d’espaces extraterritoriaux importants en dehors de l’Alaska, ne peut pas as être considérée comme empire. Les empires qui les ont précédés avaient besoin de coloniser directement des territoires et asservir les populations autochtones pour se procurer les richesses de la terre et les matières premières minérales notamment les métaux précieux (l’or). L’empire britannique, en renonçant “intelligemment“ à ses colonies mais en maintenant des bases maritimes et des relais d’importance stratégique dans le monde entier, continuait de facto à contrôler la circulation des matières premières nécessaires au fonctionnement de son industrie.

L’empire américain, quant à lui, a évolué dans sa manière d’exercer son hégémonie sur le monde. Il a jugé plus judicieux de faire l’impasse sur la colonisation directe d’autres peuples, mais en implantant un très grand nombre de bases militaires, il s’est assuré le contrôle indirect des états clés comme les pays du Golf et s’est arrogé ainsi leurs richesses naturelles (pétrole, gaz). Par ailleurs, ces dernières décennies l’empire américain a compris que sa prépondérance ne se mesurait plus à la seule emprise géographique, elle devait résulter essentiellement de la suprématie dans le contrôle des réseaux économiques et des flux financiers. Et à cet effet, il a été en pointe dans la maîtrise d’internet et la technologie informatique. Ces deux paramètres ont permis aux deux citadelles du capitalisme anglo-saxon (les bourses de Chicago et de Londres) de contrôler totalement les prix des matières premières stratégiques. Grâce à elles, la finance prédatrice allait soumettre ainsi à distance de nombreux pays sans mobiliser des armées pour les conquérir. Les capitaux générés par ces bourses de matières premières étaient immédiatement captés et fructifiés par Wall street et la City de Londres, centres névralgiques de la finance mondiale, puis “défiscalisés“ dans des paradis off shore, autres temples de l’hydre capitaliste.

Dr Anis Aboumanel ( Forum démocratique)


A Suivre 2ème partie 3ème et 4ème parties:


1-L’escroquerie monétaire

2-Les guerres qu’il ne fallait pas mener
3-L’arnaque immobilière

4- La fin des “déficits sans pleurs“
5- Effondrement du dollar

6- Effondrement de l’économie américaine

Source : LeMatindz

http://panier-de-crabes.over-blog.com/article-34881888.html


liste complète


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La fin de l'Amérique: le totalitarisme en cinq leçons

http://fr.news.yahoo.com/79/20090814/twl-la-fin-de-l-amrique-le-totalitarisme-fe7f0c9.html


il y a 45 min (extraits)

Slate Slate.com

ou sur Slate directement :
  • Notre grand-frère, Slate.com, a lancé une série d'été sur les multiples scénarios vraisemblables ou non, plausibles ou totalement improbables, sérieux et moins sérieux qui pourraient mener à la disparition des Etats-Unis et de l'empire américain. Nous publions traduits l'ensemble des articles de la série. Celui-ci est le cinquième article. Il a été précédé d'un premier texte introductif intitulé: Le thème porteur de la disparition des Etats-Unis, d'un deuxième sur Les quatre scénarios des futurologues, d'un troisième Le cauchemar climatique et d'un quatrième intitulé Une nouvelle guerre de Sécession?
     
    Il fut un temps où l'Amérique s'intéressait de près au fascisme; Hitler et Mussolini ne s'étaient pas encore emparés de l'Europe. Dans le roman de Sinclair Lewis, «Impossible ici» («It Can't Happen Here», 1935), un président américain profitait d'une crise économique pour prendre le contrôle des médias, emprisonner des opposants, et recruter une armée privée (les «Minute Men») afin de régner en maître absolu.
    Aux Etats-Unis, la tentation fasciste a bien souvent dépassé le cadre de la fiction. Dans les années 1930, les hommes d'Etat d'Amérique, d'Italie et d'Allemagne ont tous raffermi leur autorité pendant (et après) la Grande Dépression. Avant l'invasion de l'Ethiopie par Mussolini, le président Franklin D. Roosevelt avait confié qu'il était « très intéressé et profondément impressionné par ce qu'avait accompli [Mussolini]». Si Hitler et le «Duce» ont fini par utiliser leur pouvoir à des fins monstrueuses, l'Amérique, elle, est parvenue à récolter les fruits du New Deal sans devenir un Etat policier. Roosevelt avait certes des tendances autoritaristes, mais il y avait toujours un contre-pouvoir pour refréner ses ambitions : la Cour Suprême avait rejeté plusieurs parties du New Deal, et quand il complota pour prendre le contrôle de la Cour, c'est le Congrès qui finit par déjouer ses plans.
    En définitive (et de manière paradoxale), les tendances despotiques de Roosevelt ont probablement contribué à enrayer la montée du fascisme. Même après que les horreurs commises par les dictateurs d'Europe soient largement connues du grand public, le chroniqueur radio Charles Coughlin (un prêtre catholique écouté par plusieurs dizaines de millions de personnes) continua d'encenser Hitler et Mussolini, tout en mettant en garde ses auditeurs contre la cabale des banquiers juifs. Mais quand le Père Coughlin (un des premiers défenseurs du New Deal) commença à critiquer la politique de Roosevelt, le président fit en sorte que son émission quitte l'antenne.
    La victoire de l'Amérique sur les empires du mal de la seconde Guerre Mondiale finit par tuer dans l'œuf toute tentation fasciste, du moins pour un long moment ; les Etats-Unis se veulent à présent les protecteurs éternels du monde libre.
    Dans un précédent article, je m'étais penché sur l'éventualité d'une Amérique fragmentée, une Amérique sans identité. Aujourd'hui, j'essaierai d'imaginer ce que pourraient devenir les Etats-Unis si nous faisions une croix sur nos principes démocratiques ; si la terre des hommes libres se transformait soudain en dictature impitoyable.
    Je ne suis pas le premier à me demander comment l'Amérique pourrait passer au totalitarisme (dans ce registre, je pense qu'il y a autant de scénarios que de paranoïaques). Nous pourrions devenir les esclaves des multinationales, de la chair à canon pour une armée de mercenaires, ou de simples pions dans un Etat épiant le moindre de nos mouvements via un système de surveillance high-tech. Dans «American Fascists : The Christian Right and The War on America», Chris Hedges soutient que les conservateurs religieux sont l'équivalent des fascistes des années 1920-1930. Ceux qui se méfient du gauchisme environnementaliste seront peut-être plus intéressés par la théorie de l'«éco-totalitarisme»...
    La présidence de George W. Bush a donné du grain à moudre aux théoriciens de ce genre. En 2007, dans « It Can Happen Here » (titre faisant évidemment référence au livre de Lewis), Joe Conason affirmait que « les Américains ont ... de bonnes raisons de douter du futur de la démocratie et de l'Etat de droit.» Cette même année, Naomi Wolf annonça que l'Amérique avait franchi dix étapes menant généralement au fascisme. «Prétendre qu'un terrifiant ennemi intérieur et extérieur veut s'en prendre au pays», «créer un goulag» et «contrôler la presse»  faisaient partie du top 10.
    Wolf a raison: ces dix étapes pourraient bien mener l'Amérique au fascisme. Heureusement, nous n'empruntons pas vraiment cette route. Quelles que soient vos convictions politiques, vous en conviendrez: Bush et Cheney ont fait tout leur possible pour consolider l'autorité du pouvoir exécutif, et ce avec plus de virulence que n'importe quel président depuis Nixon (et peut-être même depuis Roosevelt). Mais la nation a fini par sanctionner cette démonstration de force; Bush, Cheney et leur parti Républicain ont perdu une bonne partie de leur crédibilité et de leur influence. Certes, l'administration Bush n'a pas réussi à mettre la démocratie américaine en déroute. Une question demeure, cependant : comment un dictateur en herbe pourrait-il s'y prendre pour réussir là où Roosevelt et Bush ont échoué?
    Aucun des critères détaillés ci-dessous ne suffirait à lui seul à mettre le peuple américain au tapis. En revanche, un despote remplissant les cinq critères pourrait bien devenir notre seigneur et maître...
    Etape numéro 1: Créer un ennemi perpétuel
    Après la chute des tours jumelles, Toby Keith [chanteur de country connu pour son amour de l'armée] était tout à fait disposé (comme la plupart des Américains) à trouver et à tuer Oussama Ben Laden. La malfaisance des terroristes d'Al-Qaïda a donné les coudées franches à George W. Bush : il put faire accepter son «Patriot Act» sans difficulté et lancer une guerre à durée indéterminée contre le terrorisme.
    Cependant, la « menace existentielle » de 2001 s'est vite avérée n'être qu'un lointain danger. La guerre contre le terrorisme se poursuit en Afghanistan et au Pakistan, pas à New York ou à Washington. Cet état de fait n'est sans doute pas près d'évoluer : contrairement à l'Europe de l'Ouest, les Etats-Unis ne comptent pas beaucoup de jeunes musulmans susceptibles d'être recrutés par les terroristes.
    Pour que l'Amérique sombre dans le totalitarisme, il faudrait que nos ennemis constituent un risque oppressant, omniprésent. S'ils parvenaient à s'établir durablement sur le territoire américain, les fondamentalistes musulmans pourraient faire des croque-mitaines idéaux. Si les attentats suicides et les attaques bactériologiques venaient à frapper l'Amérique par vagues successives, nous serions sans doute disposés à échanger notre liberté contre plus de sécurité. Et si les terroristes étrangers ne parviennent pas à nous inspirer cette peur, les immigrés clandestins feront sans doute l'affaire... Dans ce cas de figure, une crise économique pourrait mettre le feu aux poudres : beaucoup d'Américains seraient tentés de rejeter la faute sur les clandestins venus du Mexique ou sur les réfugiés climatiques arrivants des nations surchauffées de l'hémisphère Ouest.

    Etape numéro 2 : Etre plus futé que George W. Bush.
    Dans «Impossible ici», le président est un démagogue adepte du «c'était mieux avant», doté «d'un sens de l'humour truculent, typiquement Américain, à la Mark Twain». Une fois élu, Buzz Windrip réécrit la Constitution et expédie les citoyens dans des camps de travail; le président élu démocratiquement se transforme du jour au lendemain en tyran impitoyable, sans perdre son sourire et ses clins d'œil complices.
    George W. Bush et Dick Cheney n'ont jamais voulu devenir des dictateurs. Mais même si le duo avait voulu s'emparer du pays, ils n'y seraient pas parvenus. Pour que l'Amérique s'engage sur la voie du totalitarisme, il faudrait que les Américains soient disposés à suivre leur chef. Or, à la fin de son second mandat, Bush était loin de déchaîner l'enthousiasme du pays. Lorsque la menace Al-Qaïda s'est peu à peu éloignée, les multiples fautes du président (amalgame entre Saddam Hussein et Ben Laden, fabrique de faux renseignements, torture de prisonniers) ont fini par revenir sur le devant de la scène.
    Un aspirant dictateur aurait beaucoup à apprendre des erreurs de l'administration Bush. Réunir tous les ennemis potentiels du pays dans un «Axe du Mal» était une mauvaise idée: l'ennemi principal de l'Etat devrait être unique et plus clairement défini. Sur le plan des relations publiques, Bush avait tout faux; il n'exposait pas clairement ses intentions. Comme Dahlia Lithwick et Julia Turner l'avaient expliqué dans le «Guide du Patriot Act» (Slate.com, 2003), les Américains auraient peut-être été moins décontenancés si Bush et ses fonctionnaires avaient clairement expliqué comment ils entendaient mettre en œuvre cette mesure. Plutôt que d'envelopper ses méthodes discutables d'un voile de mystère, un despote démagogue devrait assumer ses actes ; souligner, par exemple, les bienfaits d'une surveillance constante et de la torture par l'eau...
    Ceci dit, l'administration Bush n'est pas complètement passée à côté de son ambition totalitaire: elle a tout de même réussi à dominer le reste du gouvernement. Bush et Cheney étaient des adeptes déclarés de la théorie de «l'exécutif unitaire» [selon laquelle le président doit diriger tous les aspects de l'exécutif], ce qui explique pourquoi leur administration avait recours aux «signing statements» [document par lequel le président fait connaître son interprétation d'une loi nouvelle]. En 2006, Charlie Savage (alors reporter au Boston Globe) avait expliqué que Bush «revendiquait le droit de désobéir à plus de 750 lois (...), partant du principe qu'il avait le pouvoir d'ignorer tous les textes promulgué par le Congrès si ceux-ci n'étaient pas compatibles avec son interprétation de la Constitution.» Un apprenti autocrate ferait bien d'en prendre de la graine: pour prendre les rênes du pays, ne pas respecter la séparation des pouvoirs est un bon point de départ.

    Etape numéro 3 : Profiter de la faiblesse de l'Amérique pour prendre le pouvoir.
    Les Nazis sont arrivés au pouvoir dans une Allemagne brisée par la défaite de 1918 et par la faiblesse économique de la République de Weimar. Le déclin de la Russie après la fin de l'URSS a aidé Vladimir Poutine à mettre en place un gouvernement qui se révèle être de moins en moins démocratique. L'humiliation géopolitique va souvent de pair avec la turpitude morale. Dans «The Moral Consequences of Economic Growth», Benjamin M. Friedman soutient que dans la plupart des cas, la croissance « donne plus d'opportunités, encourage la tolérance de la diversité (...) et le dévouement envers la démocratie. » Dans le cas inverse, « quand le niveau de vie stagne ou baisse, la plupart des sociétés perdent peu à peu ces idéaux de vue ; et trop souvent, elles font même machine arrière. »
    Les crises économiques ne mènent certes pas toutes au totalitarisme ; l'Amérique de la Grande Dépression en est une preuve. Mais si notre pays venait à perdre une bonne partie de sa richesse et de son pouvoir, la démocratie serait clairement en danger. Depuis la seconde Guerre Mondiale, l'Amérique moderne est le caïd incontesté du globe; si nous venions à figurer en deuxième (ou en troisième, ou en dix-huitième) position sur la liste des grandes puissances, le choc serait des plus rudes.
    Comment l'Amérique réagirait face à un monde qui ne parle plus l'anglais,  dans lequel le dollar ne vaut plus rien, un monde où la seule façon de gagner correctement sa vie est d'aller nettoyer les piscines en Chine ? Nous pourrions nous réjouir, et accepter de partager le sommet de la pyramide avec le reste de la planète. Ou nous pourrions prétendre que le reste du monde est responsable de ce revers de fortune ; devenir un tas de fainéants aigris, épuisés et sans le sou. Un démagogue ne pourrait rêver mieux ; il se contenterait d'alimenter la xénophobie ambiante à grand renfort de slogans vides : « Vous dormez dehors ? Vous ne mangez que de la bouillie ? C'est de la faute de ces foutus Chinois ! »

    Etape numéro 4 : Renforcer l'armée et la police secrète.
    La Russie, comme toutes les fausses démocraties, fait grand cas de ses élections faussement démocratiques. En 2008, Vladimir Poutine a cédé sa place de président (de dictateur, si vous préférez) pour devenir premier ministre  (en d'autres termes, «dictateur à vie»). Un think tank contrôlé par le parti au pouvoir («Russie Unie») a récemment déclaré qu'un règne ininterrompu de Poutine serait extrêmement bénéfique pour le pays. «En ces temps de guerre et de crise, dit le rapport du think tank, un système politique efficace acquiert du charisme, et il devient inévitablement plus autoritaire. Un bateau dans la tempête requiert un capitaine».
    Si les Etats-Unis sombraient dans l'autoritarisme, ils ne ressembleraient pas à la Russie de Poutine. Notre ancien ennemi de la Guerre Froide n'est jamais vraiment passé à la démocratie après l'ère soviétique; en somme, la Russie ne fait que revenir à la forme de gouvernance en vigueur à l'époque des tzars. Mais nous sommes susceptibles d'imiter la Russie sur d'autres points. L'armée surpuissante et la police secrète, par exemple, sont des caractéristiques que nous pourrions acquérir avec le temps...
    Est-il bien raisonnable de se soucier du militarisme rampant, à peine quelques semaines après la décision du Sénat de mettre un terme à la production de l'avion de chasse F-22? Une décision qui marque, selon Fred Kaplan (journaliste à Slate), le début d'une « nouvelle ère [potentielle], celle de la diminution de l'influence que peuvent avoir les industriels de la défense sur les budgets et sur les politiques publiques.»
    Reste qu'en 2001, nous avons constaté que l'Amérique était capable d'adopter une posture des plus militaires. Si les Etats-Unis font un jour face à une menace capable de réduire le pays en cendres, je parie que nous n'opterons pas pour la solution pacifique. Notre dictateur simplifiera grandement les rapports entre l'armée et le pouvoir exécutif: il contrôlera les deux. Pourquoi obéir à un général qui obéit au président, quand un seul homme peut s'occuper de tout?
    En plus de multiplier le nombre des militaires, le Poutine américain devra parsemer le pays de caméras (il est plus facile que jamais d'utiliser la technologie pour couper court à toute opposition) et d'agents secrets. Comme l'a dit un courageux membre de l'opposition russe à la BBC en 2006, «Notre pays est dirigé par des individus qui s'avèrent être d'anciens espions; le problème, c'est que la plupart des gens s'en moquent.»

    Etape numéro 5 : Ecraser un peuple obéissant.
    C'est là l'ingrédient final : pour qu'un régime totalitaire se mette en place chez nous, il faudrait que les gens s'en moquent. Au final, notre amour proverbial de la liberté se mesurera à notre désir de rester coûte que coûte la première puissance mondiale. La hantise de voir l'Amérique d'aujourd'hui disparaître pourrait amener les Américains à commettre l'impensable. Diaboliser l'ennemi sans essayer de le comprendre ; hocher la tête alors que le président suspend les élections pour raisons de sécurité nationale. Nous pourrions sacrifier nos libertés civiques pour nous préserver du danger.
    En voulant sauver notre pays à tout prix, nous ne ferions que précipiter sa chute.
    Josh Levin
    Traduit par Jean-Clément Nau
    Image de Une: Le Big Brother du film 1984 réalisé par Michael Radford en 1984 et inspiré du livre de George Orwell
     

     




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    Quatrième volet de la série. La disparition pour des raisons sociales, politiques ou économiques d'un intérêt national fédérateur conduirait les Etats-Unis d'Amérique à se fragmenter.
    Lire l'article


    Notre grand-frère, Slate.com, a lancé une série d'été sur les multiples scénarios vraisemblables ou non, plausibles ou totalement improbables, sérieux et moins sérieux qui pourraient mener à la disparition des Etats-Unis et de l'empire américain. Nous publierons traduits l'ensemble des articles de la série. Celui-ci est le quatrième article. Il a été précédé d'un premier texte introductif intitulé: Le thème porteur de la disparition des Etats-Unis, d'un deuxième sur Les quatre scénarios des futurologues et d'un troisième intitulé Le cauchemar climatique.

    Lorsque l'Amérique que nous connaissons disparaîtra, notre gouvernement ne pourra évoluer que de deux façons. Première possibilité: le système fédéral pourrait laisser place à un gouvernement central tout-puissant. (Voir l'article sur Le cauchemar climatique). Seconde option: la décentralisation. En l'absence d'un intérêt national fédérateur, les Etats-Unis d'Amérique pourraient se fragmenter; ils seraient alors supplantés par une gouvernance régionale.

    L'Amérique a été pensée pour éviter ces deux extrêmes, pour maintenir un équilibre constant entre les Etats et le gouvernement national. Si les Etats-Unis rompent cet équilibre des pouvoirs prévu par la Constitution, ils disparaîtront. Nous nous intéresserons bientôt au scénario totalitaire; aujourd'hui, penchons-nous sur une éventuelle désintégration de l'Amérique.

    Ceux qui prédisent la fin de l'Amérique en disent généralement plus sur eux-mêmes que sur l'état du pays. Igor Panarin, le politologue russe qui assure que les Etats-Unis se fragmenteront en 2010, fait clairement le parallèle entre l'Amérique et le destin de l'Union soviétique. De la même manière, quand Rick Perry, le gouverneur du Texas, s'est improvisé défenseur du séparatisme lors d'un «tax-day rally» [manifestation anti-impôts] en avril dernier, il ne prédisait pas la chute de l'Amérique; il se contentait de caresser la foule (qui hurlait «sécession!») dans le sens du poil. «Si Washington continue de narguer le peuple américain, a déclaré Perry, vous savez, vous savez ce qui risque d'arriver!»

    Eric Zuelow, professeur d'histoire à l'Université de Nouvelle-Angleterre et responsable du «Projet Nationalisme» (The Nationalism Project), affirme que les «fortes têtes» comme Perry renforcent l'unité de la nation. Le simple fait que nous débattions de la légitimité de notre pays est un signe de bonne santé nationale. Selon Zuelow, il faudra plus qu'un démagogue équipé d'un porte-voix pour mettre l'Amérique en morceaux. Pour que les Etats-Unis disparaissent, il faudrait d'abord que les Américains cessent de se considérer comme des Américains.

    L'unité des Etats semble aujourd'hui aller de soi, mais la chose n'a pas toujours été évidente. Dans «An Empire Wilderness», Robert D. Kaplan explique que James Madison, l'un des auteurs du Fédéraliste [«the Federalist Papers», compilation d'articles écrits par trois pères fondateurs et ayant l'Etat fédéral pour thème], voyait l'Amérique de demain comme «un immense espace géographique, doté d'une gouvernance mais sans patriotisme; le gouvernement fédéral n'y serait qu'un simple administrateur, un arbitre des conflits d'intérêts».

    Il existe des différences régionales et idéologiques dans les Etats-Unis d'aujourd'hui: la cuisine du Sud profond ne ressemble pas à celle du Nord-Ouest, l'accent diffère, les valeurs et les modes de vie ne sont pas toujours les mêmes. Mais il est impossible de comparer les Etats-Unis à l'Union soviétique. L'URSS était une nation construite de toutes pièces; la diversité régionale y était immense. Les Etats-Unis sont liés par des origines communes, par un langage et une culture unique, et par une sorte de religion civique (foi en l'exception américaine, mythe du self-made man, de la mobilité sociale).Quand une menace survient, l'Amérique se rassemble. Selon Zuelow, après le 11 septembre 2001, « partout en Amérique, la réaction des gens a été la même: «on a été attaqué»... pas «ici, on mange du gruau» ou «ici, on mange du saumon»».

    Quels sont les types de pays les plus susceptibles de se fragmenter? Selon Jason Sorens, politologue à l'Université de Buffalo et spécialiste des mouvements séparatistes, l'ethnie, l'économie et l'idéologie entrent toutes trois en ligne de compte. Une région habitée par une minorité, ayant connu l'indépendance et possédant une langue propre est généralement plus séduite que les autres par le concept de sécession. Exemples: la Lettonie et la Lituanie, les Serbes de Bosnie et les Québécois du Canada. Pas étonnant, donc, qu'il n'y ait pas de grands mouvements séparatistes aux Etats-Unis: le pays est trop prospère et trop uni. (Le projet personnel de Soren, l'«Etat Libre», qui veut que tous les libertaires se rassemblent au New Hampshire pour influencer la politique locale, n'est «pas un mouvement sécessionniste, dit-il, bien qu'un bon nombre de personnes [impliquées dans le projet] seraient prêtes à adopter cette solution, en dernier recours.»

    Pour autant, tous les Américains ne sont pas satisfaits de l'état de l'Union. Comme l'indique la «liste des propositions de sécession faites par les Etats américains» de Wikipedia, le pays ne manque pas de groupes séparatistes. Mais le sécessionnisme américain est moins un mouvement populiste qu'un ensemble hétéroclite d'idéalistes solitaires et bougons. Thomas Naylor, le théoricien de la «Second Vermont Republic», un groupe qui se dit être «l'une des organisations sécessionnistes les plus actives du pays», déplore le fait que son mouvement soit mis dans le même sac que d'autres groupes moins sérieux. Naylor mentionne un groupe d'habitants de Long Island, fondateurs d'un «nouveau pays», qui se sont choisi un animal national (le marlin bleu de l'Atlantique) et un crustacé national (le crabe bleu). Dans le même genre, la «Ligue du Sud» n'a pas fini de donner des ulcères à Naylor. Ces nostalgiques du Sud pré-guerre de Sécession entonnent «Dixie» [hymne des Etats confédérés] à chaque meeting, et, aussi étrange que cela puisse paraître, veulent que l'orthographe américaine redevienne ce qu'elle était du temps du Sud traditionnel. A choisir, Naylor préfère de loin le «Mouvement Nationaliste Texan». Cette organisation indépendantiste ne semble être ni raciste, ni homophobe, ni violente; enfin, pour ce qui est de la violence, Naylor précise «qu'on ne peut être sûr de rien».

    Naylor parle d'une voix calme et posée, ce qui est assez étonnant pour quelqu'un qui qualifie régulièrement l'Amérique «d'empire maléfique». Il a 73 ans et fait un bon mètre quatre-vingt douze; ses cheveux blancs mi-longs lui donnent des airs de père fondateur. Il était professeur d'économie à l'Université de Duke; il a décidé de s'établir dans le Vermont en 1993, après avoir regardé un épisode d'«Oprah» ayant pour thème «simplifiez votre vie!» (l'un des invités était parti pour le Vermont afin d'un ouvrir une auberge de campagne).

    Dans «Secession : How Vermont and All the Other States Can Save Themselves From The Empire» [Sécession : Comment le Vermont et tous les autres Etats peuvent échapper aux griffes de l'empire], Naylor écrit que la civilisation américaine «encourage le consumérisme, la technomanie, l'e-manie, la mégalomanie, la robotisation, la mondialisation et l'impérialisme». La «Seconde République du Vermont» veut dissoudre l'union sans violence, et souhaite que le Vermont regagne l'indépendance qu'il avait (brièvement) acquise à la fin du 18ème Siècle. Selon Naylor, la création d'un Vermont libre ou d'une «Novacadia» (une union sécessionniste composée du Maine, du New Hampshire et des quatre provinces canadiennes de l'Atlantique) indépendante serait chargée d'une telle force symbolique que des régions entières seraient bientôt tentées par le séparatisme. Quant aux célèbres glaciers Ben and Jerry's, «leur secteur d'activité, ce n'est pas la crème glacée, dit-il ; leur secteur, c'est le Vermont. Idem pour nous: notre secteur d'activité, c'est le Vermont.»

    Je déjeune à la terrasse d'un café de Waitsfield (Vermont) avec Naylor et Rob Williams, le rédacteur en chef du journal Vermont Commons, qui soutient la cause indépendantiste. Selon Williams, faire sécession est une habitude «typiquement américaine, autant que la tarte aux pommes». La Déclaration d'Indépendance a séparé l'Amérique de l'Empire britannique; la Nouvelle-Angleterre a envisagé de faire sécession pendant la guerre de 1812, et le Maine s'est détaché du Massachusetts en 1820. Avant la guerre de Sécession, personne ne remettait en cause le droit de faire sécession. Aujourd'hui, comme l'admet William, le rejet du séparatisme est l'une des seules valeurs communes à la droite et à la gauche. «Abraham Lincoln nous a joué un sacré tour», dit-il.

    Naylor souhaite que le corps législatif du Vermont organise une convention d'Etat pour commencer à réfléchir à une future sécession. Peu de chances qu'une chose pareille arrive, même dans l'Etat de Bernie Sanders. Kirkpatrick Sale, le fondateur du think tank sécessionniste «Middlebury Institute» (et, à 72 ans, l'autre grand penseur du sécessionnisme américain), reconnaît que c'est «dans les profondeurs de l'administration Bush que ce mouvement sécessionniste est né et a commencé à prendre de l'envergure». Sale craignait que l'effet Obama ne nuise à sa cause, mais il est rassuré par le succès grandissant du «mouvement pour la souveraineté des Etats», plusieurs projets de lois soutenus par des législateurs d'Etat souhaitant refréner l'autorité fédérale.

    http://www.slate.fr/story/9143/la-fin-de-lamerique-une-nouvelle-guerre-de-secession

    La fin de l'Amérique: les quatre scénarios des futurologues

    Effondrement du pays, rupture à l'amiable entre Etats, gouvernance mondiale et invasion militaire.

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    mardi 11 août 2009
     

    Notre grand frère, Slate.com, a lancé une série d'été sur les multiples scénarios vraisemblables ou non, plausibles ou totalement improbables, sérieux et moins sérieux qui pourraient mener à la disparition des Etats-Unis et de l'empire américain. Nous publierons traduits l'ensemble des articles de la série. Celui-ci est le deuxième article. Il a été précédé d'un premier texte introductif intitulé: Le thème porteur de la disparition des Etats-Unis.

     

    «Qu'est-ce que l'avenir nous réserve?» C'est la question qu'un bon nombre de chefs d'entreprise et d'hommes politiques posent régulièrement au groupe «Global Business Network» (GBN). Et la spécialité de GBN, c'est bien évidemment d'y répondre.

    En 2003, le président du groupe, Peter Schwartz, et son collègue Doug Randall ont concocté pour le département de la Défense un inquiétant rapport de 22 pages sur les «changements climatiques abrupts» ( Les Etats-Unis et l'Australie finiront sans doute par bâtir des forteresses défensives autour de leurs frontières»). L'an dernier, la municipalité d'Amsterdam a engagé la firme pour l'aider à résoudre le problème de l'immigration. GBN vient également en aide à Hollywood: pour «Minority Report», Steven Spielberg leur a demandé si le Congrès et la Constitution existeraient encore en 2054. (La réponse: oui, mais il y a quelques «mais».)

    GBN, qui appartient depuis 2000 à la firme de management-consulting «Monitor Group», s'est spécialisé dans le scénario de prévision. La plupart des futurologues professionnels utilisent des simulations informatiques complexes; en disposant des bonnes données, ils peuvent (par exemple) se faire une idée de ce à quoi ressemblera le Moyen-Orient en 2050. Le Global Business Network, lui, préfère... les histoires. Selon Schwartz, le philosophe en chef du groupe, la «planification de scénarios» (inventer une large gamme d'histoires, «optimistes et pessimistes, prévisibles et surprenantes») apporte de la rigueur à l'art forcément imprécis de la prévision. «Il est indispensable de stimuler l'imagination des gens, de les amener aux frontières du crédible, pour pouvoir balayer tout le champ du possible», expliquent Schwartz et Randall dans leur livre, «Blindside». Et pour eux, raconter une bonne histoire reste la meilleure façon d'atteindre l'extrême limite de l'imagination.

    Aujourd'hui, j'ai demandé au meilleur groupe de futurologie de m'aider à définir ce qui pourrait provoquer la chute de l'Amérique. Je suis assis à une table de conférence dans les bureaux de GBN, à San Francisco, entouré de six prévisionnistes, dont les fondateurs du groupe (Schwartz, Naiper Collyns et Steward Brand).

    Notre mission: essayer d'imaginer ce qui pourrait provoquer la chute des Etats-Unis dans les cent prochaines années. C'est la directrice du département marketing et communication, Nancy Murphy, qui a suggéré la limite de temps. «Au-delà du siècle, on se rapproche trop de la science-fiction», assure-t-elle.

    Avant le meeting, je recueille quelques astuces dans le texte fondateur de Schwarz sur la planification de scénario, «The Art of the Long View». Il conseille aux futurologues en herbe de devenir accro aux infos science et technologies, de s'ouvrir aux contre-cultures (bien qu'il admette que ses discussions avec les amateurs d'OVNI  ne lui ont «pas permis d'apprendre grand-chose sur le futur»), et d'analyser les évolutions de la société qui peuvent se manifester à travers tout phénomène culturel naissant: le gangsta rap, «Vidéo Gag»... (Excusez-le : il a écrit ce livre il y a 20 ans.) En résumé, si vous voulez savoir de quoi demain sera fait, mettez-vous à la recherche de personnes extraordinaires et ouvrez votre esprit aux théories farfelues.

    Le livre de Schwartz m'a également appris qu'un futurologue raisonnable prend toujours la précaution d'avertir son interlocuteur: «Ceci n'est pas une prédiction». Le prévisionniste n'est pas un prophète. Pour autant, Schwartz est souvent tombé juste. Quand il était directeur de la planification de scénario pour Royal Dutch/Shell dans les années 1980, son équipe a conseillé aux patrons de la société de garder un œil sur un politicien (alors inconnu) du nom de Gorbatchev. La théorie de Schwartz: si «Gorby» se hissait à la tête de l'Etat, l'URSS se rapprocherait sans doute de l'Ouest; une ouverture de ce type ferait chuter les cours du pétrole et du gaz naturel. Quand les cours chutèrent, les patrons de Shell (qui avaient donc anticipé cette possibilité) sautèrent sur l'occasion, et achetèrent au rabais plusieurs réserves de pétrole.

    Revenons-en à notre mission. Je suis donc dans une salle de conférence remplie de prévisionnistes; dans les heures qui vont suivre, Schwartz sera le maître de cérémonie de la fin de l'Amérique; et il ne boude pas son plaisir. Il parle plus rapidement que tout le monde, avec plus d'autorité. C'est à lui que revient la difficile tâche de trier le bon grain de l'ivraie: d'un côté, ce qui est assez déjanté pour pouvoir détruire les Etats-Unis ; de l'autre, ce qui est déjanté... tout court.

    Sa première idée: les conflits raciaux.

    En 2050, les blancs ne seront plus une majorité aux Etats-Unis et les hispaniques représenteront 29% de la population. «La plupart des actes violents sont commis par des hommes âgés de 18 à 35 ans, nous explique Schwartz. A présent, imaginez une large population d'hommes hispaniques touchés par le chômage. Ils sont mécontents, rejettent ce monde dominé par les blancs. Imaginez maintenant que ces personnes deviennent violentes, incontrôlables. Une politique identitaire se met en place; certaines personnes finissent par penser: «C'est à cause de tous ces clandestins qu'on laisse entrer dans le pays!»». Si l'on ajoute une économie en berne, une vague de sécheresse dans le sud-ouest et la «colombianisation» du Mexique, on aboutit à un mélange de «Mad Max» et d'un épisode particulièrement enragé de «Lou Dobbs Tonight» [émission de CNN connue pour ses diatribes anti-immigration].

    Et ce n'est que le début. Pendant presque trois heures, nous élaborons une série de théories. Certaines sont crédibles, d'autres frisent la science-fiction: élévation du niveau de la mer, effondrement des droits sociaux, attaque d'une puissance étrangère sur le sol américain, pandémie grippale dix fois plus meurtrière que celle de 1918, domination mondiale par une puissance spatiale utilisant la géo-ingénierie pour «désactiver» le changement climatique, émergence d'une nouvelle classe d'hommes et de femmes biologiquement améliorés («ils font tous 1 mètre 90 ; et je ne parle que des filles!», nous dit Schwartz), des êtres qui ressentent plus de loyauté envers leurs semblables qu'envers leurs pays d'origine...

    La perspective de voir les Etats-Unis terrassés par Superman et ses amis est certes amusante, mais Schwartz a une autre idée. Voici l'hypothèse qu'il juge la plus réaliste pour les cent prochaines années: «La ville de Washington sera toujours la capitale d'une nation-Etat sur ce continent.» L'Amérique ne manque pas de ressources naturelles, la densité de la population y est plutôt faible, et elle bénéficie d'un système de sécurité naturel: deux côtes, deux océans. La chute d'un pays jouissant de ces avantages inhérents dépendrait d'une série d'événements à faible probabilité. Mais qui dit faible probabilité ne dit pas probabilité zéro. Schwartz finit l'exercice en inscrivant les possibilités dans un tableau croisé à quatre cases.

    La plupart des séances de planification de scénario se résument à cela: faire tenir le monde dans quatre petites cases. Cette «matrice de scénario» va permettre de transformer toutes nos théories en histoires crédibles: quatre futurs très différents, couvrant un vaste champ de possibles.

    Comme nous l'explique Joel Garreau (journaliste et rédacteur au Washington Post, il travaille régulièrement avec GBN), la matrice de scénario est une structure qui permet de faire preuve de logique face à un sujet illogique, ce qui réduit l'inévitable dimension «mystique» de la futurologie. Exemple: à la fin de l'année 1999, un bon nombre de personnes avaient peur du fameux «bug de l'an 2000»; Garreau lui-même envisageait d'acheter un générateur électrique. Il réalisa une matrice, et découvrit que le générateur n'aurait été utile que dans un seul des quatre futurs «post-bug de l'an 2000»; il fit donc l'économie d'un générateur

    http://www.slate.fr/story/9071/la-fin-de-lamerique-les-theories-des-futurologues


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    La fin de l'Amérique: cauchemar climatique

    Troisième volet de la série sur les scénarios de la fin de l'empire américain. Sécheresses, incendies et villes englouties pourraient ruiner le pays.

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    mercredi 12 août 2009

    Notre grand-frère, Slate.com, a lancé une série d'été sur les multiples scénarios vraisemblables ou non, plausibles ou totalement improbables, sérieux et moins sérieux qui pourraient mener à la disparition des Etats-Unis et de l'empire américain. Nous publierons traduits l'ensemble des articles de la série. Celui-ci est le troisième article. Il a été précédé d'un premier texte introductif intitulé: Le thème porteur de la disparition des Etats-Unis et d'un deuxième sur Les quatre scénarios des futurologues.

    Les prophètes de malheur des années 1950 n'avaient aucun doute quant à l'événement qui provoquerait la chute de l'Amérique; leur seule interrogation portait sur la hauteur du champignon atomique. Le changement climatique est bel et bien la guerre nucléaire du 21ème siècle. L'horloge de la fin du monde, concept inventé par le «Bulletin of the Atomic Scientists» en 1947, donne une estimation de la menace nucléaire; en 2007, les scientifiques ont commencé à intégrer la menace climatique à leurs calculs.

    Le politologue Herman Kahn était le poète de la terreur nucléaire; aujourd'hui, des scientifiques comme James Hansen et James Lovelock se chargent de décrire l'apocalypse environnementale à venir, avec force détails : sécheresse et incendies, villes englouties, morts en pagaille... Dans son dernier livre, « 52">The Vanishing Face of Gaia», Lovelock écrit que «le réchauffement climatique pourrait mettre un terme à toute vie humaine sur terre».

    Il pourrait être dangereux de penser que la crise existentielle de notre génération est aussi celle qui va nous détruire. Dans un article du Weekly Standard  intitulé «Le syndrome d'Icare», Jim Manzi fait le parallèle entre la «panique du charbon» dans la Grande-Bretagne des années 1860 et les scénarios catastrophes modernes (pic pétrolier, réchauffement climatique). En effet, la pénurie de charbon et la Guerre Froide ne sont pas venu à bout du monde moderne;  mais ce simple fait ne prouve rien quant aux dangers du changement climatique. Nous avons survécu jusqu'ici, mais quelque chose finira bien par avoir raison de notre civilisation.

    Partons du principe que nous pouvons plus enrayer le changement climatique. Le gouvernement met des mesures en place; nous changeons nos comportements; nous répandons du fer dans l'océan; rien n'y fait. Le réchauffement de la planète s'installe. Une question demeure: pourrait-il provoquer la disparition de l'Amérique?

    Il est permis de penser que le changement climatique ne peut pas tuer, à lui seul, une nation comme les Etats-Unis. La terre ne va pas surchauffer en un clin d'œil, et nous avons assez de ressources pour nous adapter à un monde plus chaud. La Commission intergouvernementale sur le changement climatique estime que la température mondiale ne devrait augmenter que de 3°C d'ici 2100, ce qui fait dire à Manzi que «sur le plan de l'économie matérielle, les Etats-Unis ne devraient pas connaitre de coûts nets [imputables au réchauffement climatique anthropogénique] d'ici à la fin de ce siècle.»

    L'autre extrême: un cataclysme météorologique foudroyant. Peter Schwartz et Doug Randal, auteurs d'un rapport sur le «changement climatique brutal» pour le département de la Défense, soutiennent que le chaos climatique ne se manifestera pas de façon linéaire; que «les signes avant-coureurs de la catastrophe environnementale seront visibles dans quelques dizaines d'années, pas dans quelques siècles.»

    Même si les calculs de Manzi sont corrects (la température grimpe petit à petit, nous nous y adaptons), le changement climatique est tout de même en mesure de liquéfier l'Amérique. Nous avons simplement un sursis d'au moins 90 ans. Même dans le meilleur des cas, le réchauffement de la planète pourrait empirer avec le temps; il pourrait également exacerber d'autres facteurs pouvant bien, eux, tuer l'Amérique. En jargon militaire, on appelle cela un «multiplicateur de risque»: il augmentera la demande d'énergie, intensifiera les pénuries d'eau, et mettra les relations internationales sous tension. Dans un rapport de la «CNA Corporation» sur le changement climatique et la sécurité nationale rédigé en 2007, l'amiral à la retraite Joseph Lopez assure que le réchauffement climatique créera « plus de pauvreté, plus d'immigration forcée, plus de chômage. Les extrémistes et les terroristes ne pourraient pas rêver mieux.»

    En bref, les hommes seront plus pauvres, plus assoiffés et plus désespérés. Ce n'est pas qu'un avis éclairé : il est déjà arrivé que des civilisations s'effondrent à cause d'un changement de température ou de précipitations. Dans «The Great Warmin : Climate Change and the Rise and Fall of Civilizations», Brian Fagan revient sur la disparition de la civilisation des indiens Pueblos à Chaco Canyon (Nouveau-Mexique actuel) pendant la période de l'optimum climatique médiéval (à peu près du IVème au XIVème siècle). Des sécheresses massives forcèrent les familles à partir à la recherche d'une terre plus accueillante; au final, il ne resta plus personne.

    L'effet du «Dust Bowl» [série de tempêtes de poussière ayant frappé la région des grandes plaines dans les années 30] rappelle le phénomène de Chaco Canyon. Les «okies» [fermiers venus de l'Oklahoma] commencèrent à migrer lentement; les mouvements migratoires (du Sud et des grandes plaines vers la côte Ouest) s'intensifièrent quand les sécheresses se firent plus sévères et que l'économie nationale continua de s'effondrer. Selon Robert McLeman, un géographe de l'Université d'Ottawa qui étudie les migrations liées au climat, les personnes les plus riches restèrent sur place, refusant d'abandonner leurs terres. Les pauvres ne pouvaient pas se permettre de partir; ils formèrent des communautés improvisées non loin de leurs villes d'origines (la version «Grande Dépression» des camps de réfugiés). La classe moyenne ouvrière fut la plus mobile; en particulier les personnes ayant de la famille en Californie.

    Les «migrants climatiques» de la Grande Dépression ne furent pas accueillis à bras ouverts. En 1936, le département de police de Los Angeles mis en place un «blocus anti-clochards», contraignant les nouveaux arrivants «visiblement sans ressources» à repartir d'où ils étaient venus. La police prétendait alors que 60% des voyageurs avaient un casier judiciaire; plus tard, des recherches menées par la LAPD ont révélé que «le plus souvent, les «okies» étaient des agriculteurs, travailleurs, très pieux, accompagnés de leurs familles». Le blocus prit fin deux mois après sa mise en place: en plus d'être totalement illégal, il nuisait à la réputation de Los Angeles (John Langan, un réalisateur d'Hollywood, menaça de trainer la ville en justice après avoir été arrêté à la frontière de la ville; ses vêtements étaient sales.)  

    L'Amérique pourrait fait une croix sur ses idéaux et décider de fermer ses portes au reste du monde; mais même dans ce cas, le pays devra se contracter. Les grandes plaines pourraient devenir une réplique du désert du Sahara. Des villes comme la Nouvelle-Orléans et Miami (et peut-être même New-York et Boston) pourraient être abandonnées si des tempêtes récurrentes et une hausse du niveau de la mer rendaient leur sauvetage trop coûteux. (De récentes simulations climatiques laissent penser que la côte Est verra le niveau de la mer monter plus vite et plus haut que dans n'importe quel autre centre de population dans le monde).

    Manque de chance, la plupart des régions en expansion sont aussi les points de convergence potentiels de l'Armageddon climatique. Phoenix, Los Angeles et le reste de l'Ouest devront faire avec la sécheresse, la chaleur extrême, et la pénurie d'eau; la Floride et Houston subiront les attaques de super-tempêtes. Et il y a pire: la population américaine devrait doubler d'ici 2100, et la plupart des petits nouveaux verront le jour en Arizona, en Californie et en Floride...

    Tous ces gens (une nouvelle génération d'okies) devront trouver un endroit où aller. Les Américains ont souvent prouvé qu'ils étaient capables de bouger: la Grande Migration des Afro-américains, du Sud rural jusqu'au Nord industrialisé; les mouvements de population entre la Rust Belt [ceinture de la rouille industrielle, au Nord-Est] et la Sun Belt [ceinture du soleil, au Sud]; les départs massifs de citadins vers les banlieues...

    Reste qu'une migration motivée par le changement climatique serait d'un autre ordre. La colonisation progressive de l'Ouest sauvage a fait de l'Amérique ce qu'elle est aujourd'hui; quitter l'Ouest reviendrait à défaire l'un des mythes fondateurs de notre pays. De plus en plus de personnes dans un espace de plus en plus réduit: dans ce contexte, les ressources rares se raréfieront encore plus. Ceux qui décideront de vivre à la dure dans l'arrière-pays inhospitalier pourraient devenir une nouvelle génération de pionniers, de héros et d'innovateurs, faisant tout leur possible pour rendre ces territoires à nouveau habitables. Mais ces «localistes  acharnés pourraient aussi s'appauvrir et s'éloigner de l'Amérique ; devenir des survivalistes, des guérilleros prêts à se battre ou à quémander pour survivre.

    Il est possible d'imaginer que le gouvernement de l'Amérique surchauffée ploie sous le poids d'un tel désastre. Les habitants des zones préservées pourraient refuser de payer pour la reconstruction de zones entières, ce qui pourrait morceler le pays. Les régions liées par des intérêts et des problèmes communs (les régions côtières auraient besoin de barrages anti-inondation; le Sud-Ouest et les grandes plaines feraient face à la même sécheresse) pourraient mettre leurs ressources en commun et former des gouvernements locaux. Les endroits les plus touchés par les affres du changement climatiques pourraient offrir des primes de risque et autres avantages aux nouveaux-venus pour les faire rester, élargissant ainsi leur base d'imposition. Quant aux quelques oasis, elles pourraient ériger des murs pour repousser les masses de voyageurs assoiffés...

    Où pourraient se trouver ces oasis? J'ai posé cette question à Robert Shibley, professeur d'architecture et d'urbanisme à l'Université de Buffalo. Selon lui, il serait «aberrant» de continuer à vivre dans les zones à risque. Son idée: les rives du Lac Erié.

    Il y a cent ans, Buffalo était la huitième ville d'Amérique. Quand le Canal de l'Erié a été ouvert, en 1825, la ville était parfaitement positionnée pour devenir un grand centre de transbordement et d'industrie. Shibley est le co-auteur du plan local d'urbanisme de Buffalo. Il me fait visiter la ville dans sa Toyota Prius; me montre du doigt les points de repère de cette époque révolue. «Ici, vous nous voyez à notre apogée», me dit-il alors que nous entrons sur Lincoln Parkway, une grande rue bordée d'arbres débouchant sur un parc conçu par Frederick Law Olmstead.

    En 1982, quand Shibley est arrivé à Buffalo, la ville était un exemple typique de détérioration urbaine. C'est justement ce qui avait motivé son choix: la ville «souffrait de tous les problèmes que je voulais étudier, en ma qualité d'urbaniste». Buffalo est aujourd'hui la troisième grande ville la plus pauvre des Etats-Unis, derrière Détroit et Cleveland. La ville comptait 580.000 habitants en 1950; selon les estimations, ils ne sont plus que 275.000 aujourd'hui. Dans les quartiers populaires, anciens lieux d'habitation des «grain scoopers» [personnes chargées de décharger le grain des bateaux] et des ouvriers sidérurgistes, les maisons style Queen Anne sont vides; quand l'industrie a quitté la ville, les habitants lui ont emboîté le pas.

    Buffalo, Detroit et Cleveland sont l'équivalent moderne des villes fantômes du Far West. Ce ne sont plus que des coquilles vides, des reliques de l'âge industriel: les mineurs sont venus, les ressources se sont envolées, tout le monde est reparti. Mais quand le pays surchauffera, nous nous souviendrons que ces villes n'ont pas été construites autour des Grands Lacs par hasard. Les cinq Grands Lacs contiennent 21% de l'eau douce de surface de la planète; une telle réserve de H2O pourrait s'avérer providentielle. Shibley fait remarque que Buffalo a d'autres caractéristiques intéressantes: «il y a des terres agricoles autour de notre périmètre; les chutes [du Niagara] génère de l'énergie, et notre infrastructure industrielle est exceptionnelle (la route, le chemin de fer...) ». Et comme si tous ces avantages ne suffisaient pas, il y a un paquet de superbes maisons à vendre sur les rives du lac. Nous passons devant un charmant lotissement; Shibley le pointe du doigt et s'exclame: «Venez chez nous!  Nous avons tout ce qu'il faut!»



    http://www.slate.fr/story/9103/le-rechauffement-climatique-pourrait-bien-causer-notre-perte


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    Le thème porteur de la disparition des Etats-Unis

    Rome s'est effondrée, les Aztèques ont été vaincus, l'Empire britannique s'est évanoui, et l'Union soviétique a implosé. L'Amérique disparaîtra. Oui, mais comment?

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    mardi 11 août 2009


    Notre grand-frère, Slate.com, a lancé une série d'été sur les multiples scénarios vraisemblables ou non, plausibles ou totalement improbables, sérieux et moins sérieux qui pourraient mener à la disparition des Etats-Unis et de l'empire américain. Nous publierons traduits l'ensemble des articles de la série. A commencer par ce premier texte introductif et immédiatement le suivant et les premiers scénarios intitulé: Les théories des futurologues.

    Il y a quatre ans, Katrina a submergé ma ville natale. Cet ouragan m'a brisé le cœur; il m'a traumatisé. Il y avait presque 2 000 morts à la Nouvelle-Orléans et dans la région. L'absence de réaction du gouvernement avait été presque totale; quant au président de la Chambre des Représentants de l'époque, Dennis Hastert, il s'était prononcé contre le projet de reconstruire en dessous du niveau de la mer. En bref, l'avenir semblait bien sombre; la cité pouvait périr d'un jour à l'autre. Bien vivante aujourd'hui, noyée demain.

    Quatre ans plus tard, la Nouvelle-Orléans souffre toujours. La ville ne bénéficie toujours pas d'un plan de reconstruction complet; des quartiers entiers sont encore à l'abandon. Mais si la «ville croissant» n'est pas au mieux de sa forme, elle n'est pas morte pour autant. Reconstruire après une catastrophe est un reflexe bien humain, et la relative prospérité des Etats-Unis nous permet de tenir bon. Une ville américaine ne se laisse pas tuer aussi facilement.

    L'ouragan Katrina a prouvé que l'Amérique était résistante; il n'a pas prouvé qu'elle était éternelle. Après avoir vu la ville où j'ai grandi échapper de peu à l'anéantissement total, je ne peux pas m'empêcher de me demander quelle suite d'événements pourrait rayer la Nouvelle-Orléans et le reste des Etats-Unis de la carte du monde. Si l'histoire des civilisations nous a appris une chose, c'est bien qu'au final, seule l'entropie triomphe: Rome a disparu, les Aztèques ont été conquis, l'Empire britannique s'est évanoui, et l'Union soviétique a fini par imploser. L'Amérique est peut-être exceptionnelle, mais elle n'est pas surnaturelle. Notre noble tentative est destinée à prendre fin; comme toutes les autres.

    Les pessimistes ont peut-être raison de penser que le pays pourrait s'effondrer dès demain. L'armée américaine manque de personnel, elle est trop dispersée; le réchauffement climatique pourrait bientôt transformer les villes côtières en répliques de l'Atlantide; notre économie dépend presque entièrement des prêts que nous concède la Chine. General Motors (qui fut l'indomptable symbole de l'ingéniosité et de la puissance de l'Amérique) a déposé le bilan, et Glenn Beck, la star montante de Fox News, fait le plein d'audience en annonçant l'arrivée imminente de l'apocalypse, dans la plus pure tradition américaine. Le politicologue russe Igor Panarin prédit quant à lui que les Etats-Unis se scinderont en quatre Etats indépendants d'ici à... 2010.

    Bien entendu, Panarin est complètement fou: s'il veut vraiment me faire croire que l'Amérique va se désagréger dans les douze mois qui viennent, il devrait s'abstenir de suggérer que la Caroline du Sud et le Massachusetts feront partie de la même république séparatiste... Le scénario de Panarin n'est pas crédible, mais il reflète une habitude bien américaine. Dans «Is America Breaking Apart?» [«L'Amérique va-t-elle disparaître?»] (1999), John A. Hall et Charles Lindholm écrivent que «les Américains aiment se sentir menacés par la fragilité de leur société, en dépit de son évidente stabilité et de sa puissance». C'est peut-être pourquoi la fin de l'Amérique demeure le thème indémodable de tant de films et de séries télévisées.

    Les best-sellers n'échappent pas à cette tentation fataliste. Hall et Lindholm, dans un élan d'autodérision, notent que la désintégration de l'Amérique «fait vendre; sinon, nous aurions intitulé notre livre «Why America Isn't Breaking Apart» [«Pourquoi l'Amérique ne va pas disparaître»]!». En 2007, dans son «Are We Rome?» [«Sommes-nous Rome?»], Collen Murphy se demandait si nous pouvions échapper au destin de nos lointains ancêtres, les romains. Dans «Effondrement» (2005) Jared Diamond explique que si les civilisations disparaissent, c'est parce qu'elles détruisent leur environnement: référence transparente à l'Amérique d'aujourd'hui.

    Le reste du monde n'est guère plus optimiste. Fareed Zakaria estime que nous sommes sur le point de basculer dans «Le monde post-américain», tandis que Paul Starobin affirme, dans «After America», qu'en «nous permettant de comprendre que le modèle américain du laissez-faire économique était mort, la crise économique mondiale nous mène plus rapidement que prévu vers une nouvelle étape de notre histoire».

    Peut-être les amateurs de littérature sont-ils un peu trop enclins à penser que l'Amérique est aux portes de la mort. D'un autre côté, affirmer que l'Amérique est trop forte pour disparaitre serait faire preuve d'hybris. Dans les jours qui viennent, je vais donc m'interroger: quel évènement pourrait mettre la bannière étoilée définitivement en berne? Qui pourrait tuer l'Amérique?

    Je ne cherche pas à savoir comment l'Amérique pourrait perdre sa prééminence mondiale; je laisse la géopolitique à Zakaria et à Tom Friedman. Ma question est un plus farfelue: je veux savoir ce qui pourrait provoquer la disparition totale de l'Amérique (ou, au moins, ce qui pourrait la changer au point de la rendre méconnaissable aux yeux d'un Américain d'aujourd'hui). Il est possible que la fin de l'Amérique soit une bonne chose pour les Américains: peut-être qu'un jour, les Etats-Unis et les autres nations ne formeront plus qu'une seule communauté globale vivant dans la paix et la prospérité. (Probabilité d'un tel scénario: en gros, 0%). Il est également possible que le pays disparaisse en même temps que nous: si les Etats-Unis sont anéantis par une attaque nucléaire, par exemple, un bon nombre d'Américains ne seront plus là pour voir le prochain stade de la civilisation nord-américaine.

    Avant de commencer l'expérience, j'aimerais  faire un point rapide sur les choses qui ne pourront pas causer notre perte. Première théorie à écarter: la crise. Quelle que soit la durée de cette récession, les Etats-Unis d'Amérique ne seront pas rayés de la carte par un effondrement de l'économie à court terme. (L'Islande n'a pas implosé; nous avons donc de bonnes chances de nous en tirer).

    Second cas de figure bien improbable: l'effet Bush. L'administration Bush n'a pas infligé de dommages irréparables au pays; suggérer le contraire est absurde. Le fait que George W. Bush (qui nous a menti pour nous amener à faire la guerre, n'a pas pu enrayer la crise financière et a de fait durablement sali notre réputation internationale) ait été remplacé par un opposant à sa politique est en soit révélateur. Si Bush est bien (comme certains l'affirment) le pire président qu'aient connu les Etats-Unis, le simple fait que nous ayons survécu à son règne prouve que l'Amérique est solide.

    Alors, comment l'Amérique va-t-elle disparaître ?

    Voilà le programme : tout d'abord, je vais demander à quelques futurologues leur avis sur la question. Ensuite, j'examinerai plus précisément trois scénarios. Le réchauffement climatique, tout d'abord. Imaginez: la région des Grandes Plaines n'est plus qu'un vaste désert, et la ville de Buffalo (A l'extrême nord de l'Etat de New York) est devenue la villégiature la plus prisée du pays! Deux cas de figures, ensuite: la sécession et le totalitarisme. Dans le premier, l'Amérique se scinde en plusieurs Etats indépendants; dans le second, un régime autocratique met un terme à la démocratie et au système fédéral.

    Enfin, nous nous intéresserons à ce qui pourrait rester des Etats-Unis si le pays lui-même cessait soudain d'exister. (Même dans ce cas extrême, je pense que les Mormons resteront dans le coin.)

    Josh Levin

    Traduit par Jean-Clément Nau

    Image de Une: La statue de la liberté à New York  Reuters

    http://www.slate.fr/story/9069/le-theme-de-la-disparition-des-etats-unis



    Lire aussi : http://www.slate.fr/story/8959/la-liste-des-projets-militaires-insenses

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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 13:51





 

Le SouthCom prend le pouvoir dans un État membre de l’ALBA http://www.marcfievet.com/article-34548899.html



En remettant en question la présence militaire US à Soto Cano et en adhérant à l’ALBA, le Honduras a suscité la colère de Washington. Des militaires formés à l’École des Amériques et encadrés par des conseillers US ont renversé le président constitutionnel Manuel Zelaya et ont installé à sa place son rival de toujours au sein du parti libéral, Roberto Micheletti. Thierry Meyssan revient sur les enjeux de cette confrontation qui marque la volonté de l’administration Obama de reprendre en main l’Amérique latine.

Nul ne pensait que la crise opposant le Honduras aux États-Unis pourrait se conclure par un coup d’État militaire. Washington semblait avoir renoncé à ces méthodes, quoi que l’administration Bush ait encore récemment soudoyé des militaires pour renverser le président constitutionnel du Venezuela (12 avril 2002) [1] et qu’elle ait envoyé les forces spéciales enlever elles-mêmes le président constitutionnel d’Haïti (29 février 2004) [2]. Mais les communicants de la Maison-Blanche avaient suffisamment mis en scène le large sourire du sémillant Barack Obama pour que l’opinion publique internationale ait cru que les États-Unis avaient changé et qu’ils avaient abandonné leur ambition impériale.


Les cinq États de l’ex-République fédérale d’Amérique centrale (Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras et Nicaragua) offrent un intérêt stratégique particulier puisqu’ils forment le lieu de passage entre deux continents et deux océans. Cependant, aucun de ces États ne dispose de ressources particulières. Par contre, chacun d’entre eux peut être utilisé pour contrôler la zone.


Ainsi durant la révolution sandiniste au Nicaragua, Washington utilisa le Honduras comme base arrière de la contre-révolution. Sous la direction de John Negroponte, l’ambassade des États-Unis à Tegucigalpa était devenue le quartier général des « contras » nicaraguayens et de leurs escadrons de la mort. Dans cette perspective, l’évolution anti-impérialiste du Honduras, après le retour au pouvoir des Sandinistes au Nicaragua, représentant moins un problème en soi qu’un danger de « contamination ».

 


En quoi donc l’évolution du domino hondurien représentait-il un tel danger que Washington décide de recourir aux vieilles méthodes au risque d’anéantir tous ses efforts de communication ?

La présidence de Maduro et les élections de 2005

Comme toute l’Amérique centrale, le Honduras est en proie aux maras (gangs), dont le plus célèbre est le Mara Salvatrucha. Il s’agit de bandes d’enfants, asservis par la dépendance aux drogues et organisés selon des rites mystico-criminels [3]. Ils commettent toutes sortes de violences, parfois d’une barbarie inouïe, et dans certains cas de vrais massacres.

 


En 2001, le candidat nationaliste Ricardo Rodolfo Maduro Joest avait été élu pour lutter contre le crime, après que son fils de 25 ans eut été enlevé, torturé et assassiné. Les obsèques du jeune homme s’étaient muées en manifestation nationale. Dès son accession à la présidence, Ricardo Maduro avait ordonné de spectaculaires opérations anti-gangs. Il avait développé l’arsenal des policiers et avait fait sortir les militaires des casernes pour leur prêter main forte. Soutenu par la démocratie chrétienne, il avait fait adopter une loi condamnant à 5 ans de prison minimum la simple appartenance à un mara. Bien que la loi ait été copiée au Guatemala et au Salvador, elle fut ultérieurement invalidée par la Cour constitutionnelle car elle rendait des individus responsables par association de crimes qu’ils n’avaient pas commis. Ces mesures firent exploser la population carcérale et se soldèrent par des mutineries sanglantes dans les prisons. En définitive, faute de traiter les causes sociales de ce phénomène de masse, ces initiatives n’enrayèrent pas la propagation du crime.

En 2005, le candidat nationaliste à sa succession, « Pepe » Lobo, considèrait que les maras ne peuvaient être éradiqués qu’au travers d’une guerre. Dans une sorte de surenchère, il proposa donc de rétablir la peine de mort par référendum avec possibilité de la prononcer collectivement contre les gangs. Cependant, une étude menée au Salvador voisin avait montré que 51,9 % de ces criminels ont entre 11 et 15 ans. Le Honduras aurait donc du tuer nombre de ses propres enfants. À l’opposé, le candidat libéral, Manuel Zelaya, proposait une approche plus raisonnable, non seulement fondée sur la répression, mais incluant de vrais tentatives d’éducation et d’insertion de ces enfants.

Le bilan du président Ricardo Maduro était également discutable au plan économique.

Ancien gouverneur de la Banque centrale et brillant homme d’affaire (concessionnaire Xerox et directeur du fonds d’investissement La Paz), Maduro a négocié avec le FMI et le Club de Paris la réduction de la dette, mais en contrepartie, il a été obligé d’augmenter les taxes et de réduire le nombre de fonctionnaires ; une politique qui a exclusivement pesé sur les classes moyennes. Il a aussi fait adhérer son pays à l’Accord de libre-échange États-Unis/Amérique centrale, sans rencontrer d’opposition politique prticulière, malgré les conséquences désastreuses pour les petites exploitations agricoles. Les excellentes relations du président Maduro avec son homologue états-unien, George W. Bush, se concrétisèrent avec l’envoi de 370 hommes en Irak, où ils servirent avec les Espagnols dans la zone placée sous administration polonaise. Toutefois, il fut politiquement contraint de retirer ce contingent lorsque l’Espagne de Zapatero se retira. Au demeurant, le mandat de Ricardo Maduro se termina dans une ambiance grotesque avec un divorce à grand spectacle.

Le libéral de gauche José Manuel Zelaya Rosales proposa une alternative séduisante. Pour faire des économies budgétaires, il entendait réduire le train de vie de l’État plutôt que de fermer des services publics. Pour augmenter les recettes de l’État, il proposa de faciliter l’emploi dans les secteurs à forte main d’œuvre. Pour lutter contre la criminalité juvénile, il annonça son intention de doter toutes les écoles d’ordinateurs et de rendre l’instruction publique gratuite pour tous.

En 2005, lors d’un scrutin à un seul tour, les électeurs l’élirent avec 49,9 % des voix, et lui donnèrent 48,4 % des sièges au Congrès (la chambre unique). Son principal concurrent, le nationaliste de droite Porfirio Lobo Sosa, n’obtint que 46,2 % des voix et 42,9 % des sièges au Congrès. Les résultats étaient si serrés qu’ils furent contestés, pour être enfin validés après deux semaines d’incertitudes. Trois petits partis se sont retrouvés en position d’arbitres au Congrès : l’Union démocratique, la Démocratie chrétienne et enfin Innovation et unité.


La présidence de Manuel Zelaya

Rien ne laissait prévoir que le rancher Manuel Zelaya entrerait en conflit ouvert avec Washington, d’autant que la majorité relative dont il disposait n’encourageait pas à une rupture politique.

En premier lieu, Zelaya a poursuivi la décentralisation qu’il avait initié lorsqu’il avait occupé des fonctions ministérielles par le passé. Il s’agissait de rapprocher les centres de décision des citoyens pour renforcer le pouvoir populaire et la transparence. Cette réforme a fait surgir un clivage entre la classe politique corrompue de la capitale et les nouveaux notables locaux. Elle a aussi mis en lumière le contrôle par les militaires d’une partie de l’économie [4]

 


Surtout, Manuel Zelaya annonça en juin 2006 que la base aérienne de Soto Cano [5], abritant un contingent US, serait affectée au trafic commercial. Devant la réaction du Pentagone, le ministre de la Défense hondurien envisagea de reculer en évoquant un coût d’équipement trop important, mais le président Zelaya maintint sa décision. Officiellement Soto Cano est une petite base avec 190 militaires et 730 personnels civils. Sa piste est la seule d’Amérique centrale capable d’accueillir de gros transporteurs de troupes. Fort Bravo est la seule antenne du SouthCom hors USA [6]. Surtout, Soto Cano est une base d’écoute reliée à deux unités secrètes Cerro La Mole et Swan Island. Ce dispositif est indispensable au renseignement militaire US dans la région. Curieusement, aucun traité n’a jamais été signé entre les deux pays pour préciser le statut de ces installations.

 

 


Alors que le président jouissait d’une forte popularité, une soudaine campagne de presse l’accusa de ne pas tenir ses promesses, d’être incapable d’améliorer le niveau de vie et de juguler le crime. De fait, il ne pouvait protéger le pays de la hausse mondiale des prix du pétrole, tandis que quantité de reportages à sensations donnaient l’impression d’une explosion des maras. Manuel Zelaya y répondit en contraignant les médias audiovisuels privés à retransmettre plusieurs heures d’interviews de membres de son gouvernement.

Washington manifesta son irritation en diminuant ses programmes d’aide à la population, mais maintint ses programmes de sécurité. Les États-Unis accordent en effet des moyens importants au Honduras pour qu’il réalise sur son territoire des éléments de ses plans de lutte contre le crime organisé, le trafic des stupéfiants et le terrorisme. Washington finance par exemple l’équipement high tech de Puerto Cortés pour que tous les containers qui y transitent à destination des États-Unis soient scannés.

Au demeurant, Washington dispose de puissants moyens de pression sur Tegucigalpa. Si 7 millions de Honduriens vivent dans leur pays, près d’1 million supplémentaire vit aux États-Unis, notamment depuis les dévastations dûes au cyclone Mitch, en 1998. 78 000 d’entre eux ont un statut temporaire, plusieurs fois renouvelé, et peuvent faire l’objet de reconduite à la frontière sur simple décision administrative.

Le président continua son action contre la corruption, contraignant plusieurs hauts fonctionnaires à la démission. En retour, certains d’entre eux commencèrent à comploter. On découvrit que l’ancien directeur de la compagnie de téléphone publics avait placé le président sur écoutes.

Tandis qu’éclatait aux États-Unis la crise des subprimes et que l’on assistait au renchérissement mondial des aliments de base, le président Zelaya s’est logiquement tourné vers l’Alternative bolivarienne des Amériques (ALBA), une organisation inter-gouvernementale initiée par le Venezuela. Celle-ci garantit la sécurité alimentaire et énergétique de ses membres, et coordonne en outre des programmes de Santé publique.

Cette décision rencontrait un fort soutien populaire, mais suscitait l’inquiétude des classes moyennes déjà frappées par la politique économique de Maduro, puis par la crise économique mondiale.

Le 25 août 2008, Manuel Zelaya rendait hommage au « Guérillero héroïque » Ernesto Che Guevara et, devant une foule de 100 000 personnes, signait à Tegucigalpa l’adhésion de son pays s à l’ALBA en présence des présidents bolivien, Evo Morales, nicaraguayen Daniel Ortega, vénézuélien Hugo Chavez, et du vice-président cubain Carlos Laje. Le président dominicain Leonel Fernández s’était fait représenter.

Le Honduras venait de basculer du côté des nations rebelles.

 

 


Le coup d’État militaire

Des officiels US ont admis auprès du New York Times être entrés en contact avec les putschistes ces derniers jours, mais —selon eux— en vue de les dissuader de faire un coup [7]. Selon ce témoignage, ces contacts auraient cessé dimanche (c’est-à-dire alors que le coup avait commencé).

Or, la petite armée hondurienne est entièrement équipée, formée et encadrée par les États-Unis. Elle obéit certes à son chef, le président de la République, puis à son chef d’état-major. Mais en pratique, elle est largement contrôlée par le SouthCom depuis Soto Cano et Miami [8].

Précisément, le Pentagone a précipitamment installé le nouveau commandant du SouthCom, le général Douglas M. Fraser, jeudi dernier, pour suivre le coup.

Quoiqu’il en soit, l’opération a été conçue de longue date. Comme l’attaque des bâtiments officiels moldaves, le nettoyage de la vallée de Swat, l’extermination des Tigres tamouls ou la « révolution verte » en Iran, elle a été planifiée par l’administration Bush, puis confirmée et exécutée par l’administration Obama, après avoir été habillée des oripeaux de la légalité.

La tension s’est concentrée lorsque le président Zelaya a convoqué —pour le dimanche 28 juin— un référendum autorisant l’élection d’une assemblée constituante. Immédiatement, une campagne de presse internationale a été initiée pour présenter cette initiative comme exclusivement vouée à autoriser Manuel Zelaya à briguer immédiatement un second mandat. Ce qui est faux, puisque l’élection de l’assemblée constituante aurait eu lieu le jour de la prochaine élection présidentielle et que la constitution n’aurait pu être modifiée que beaucoup plus tard. Le président n’aurait donc pas pu être candidat à sa propre succession. Mais après avoir accusé mensongèrement Hugo Chavez de vouloir être « président à vie », il fallait accuser son allié Manuel Zelaya de marcher sur lui aussi vers la dictature.

Le 9 juin, le Congrès a adopté une loi constitutionnelle interdisant un référendum à moins de 180 jours de l’élection présidentielle. La Cour suprême a déclaré le référendum illégal (mais pas anti-constitutionnel) bien que la loi de modification soit elle-même anticonstitutionnelle.

Toutefois, s’appuyant sur cette décision le chef d’état-major, le général Romeo Vasquez, a bloqué l’organisation du référendum.

Le président s’est alors rendu lui-même sur une base militaire pour « délivrer » le matériel électoral et a révoqué le chef d’état-major pour insubordination.

Comme tous les golpistes latino-américains, le général Romeo Vasquez a été formé par les USA à l’École des Amériques, de sinistre réputation.

Dimanche 28 juin 2009, vers 5 h 30 du matin (heure locale), l’électricité et les lignes téléphoniques filaires et hertziennes ont été coupées. Des commandos encagoulés [9] ont investi la résidence du président de la République et l’ont contraint à les suivre. Il a été expulsé vers le Costa Rica en pyjama. Au moins huit ministres, dont la ministre des Affaires étrangères, ainsi que diverses personnalités, dont le maire de San Pedro Sula (la seconde ville du pays) ont été arrêtés. Lorsque l’électricité a été rétablie, les médias audio-visuels ont annoncé que le couvre-feu était décrété et le référendum et les offices religieux dominicaux annulés.

Dans l’après-midi, les députés ayant été autorisés à circuler, le Congrès s’est réuni en séance extraordinaire. Le président de la Chambre, Roberto Micheletti, a donné lecture d’une lettre, datée du vendredi 26 juin, du président Manuel Zelaya donnant sa démission. Personne ne s’est étonné de cette missive anti-datée. Constatant la vacance de la présidence, le Congrès a désigné son président comme président de la République. De son côté, la Cour constitutionnelle a précisé dans un communiqué orwellien que l’armée avait défendu la Constitution et empêché le président Zelaya de faire un coup référendaire. La Cour a soutenu que le chef d’état-major avait certainement bloqué le référendum en toute légalité, s’il avait agit sur ordonnance d’un juge.

Afin que nul n’ignore le véritable enjeu de cette opération, les militaires ont placé aux arrêts les ambassadeurs ou chargés d’affaire des États membres de l’ALBA.

La technique utilisée pour le coup n’est pas sans rappeler celle d’Haïti en 2004 contre le président Jean-Bertrand Aristide : enlèvement au petit matin par des soldats encagoulés et apparition d’une lettre de démission.

La manière dont les agences de presse atlantistes ont relaté mensongèrement le contentieux électoral pour donner une apparence de légalité au coup d’État montre la préméditation de l’opération par Washington. Le traitement du coup lui-même, en occultant l’enjeu central de la base de Soto Cano et les liens entre militaires honduriens et états-uniens, manifeste une volonté de dédouaner l’administration Obama.

Notes :

[1] « Opération manquée au Venezuela », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 mai 2002.

[2] « La CIA déstabilise Haïti », « Coup d’État en Haïti » et « Paris relâche le président haïtien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 janvier, 1er et 16 mars 2004.

[3] « L’extension de la Mara Salvatrucha », par Gaston Pardo, Réseau Voltaire, 2 mars 2005.

[4] La démocratie a été installée rapidement au Honduras alors que la région était le théâtre de révolutions et contre-révolutions. Les États-Unis ont veillé à ce qu’une partie de l’économie reste indirectement sous leur coupe via des militaires.

[5] Cette base est également connue sous son ancien nom de Palmerola. Elle est située à 747 miles au nord-ouest de Tegucigalpa.

[6] Le SouthCom est le commandement stratégique des États-Unis pour le contrôle de l’Amérique latine.

[7] « Honduran President Is Ousted in Coup », par Elisabeth Malkin, The New York Times, 29 juin 2009.

[8] Le SouthCom est installé à Miami, mais a une antenne à à Soto Cano et des sites avancés à Comalapa (Salvador), Manta (Équateur) et sur les îles d’Aruba et de Curaçao (Antilles néerlandaises).

[9] Pour ce type d’opération, le port de la cagoule est inutile et contre-productif, sauf à masquer les conseillers militaires étrangers.

Source : voltairenet.org

L'Aviseur international


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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 13:44


Si l'on en croit la légende, le Président Iranien aurait menacé de détruire Israël, ou, pour reprendre la citation erronée et volontairement falsifié puis transformé de sa traduction : « Israël doit être rayé de la carte »


Contrairement à une certitude très répandue dans le monde, une telle déclaration n'a jamais été faite. Ahmadinedjad a répété une citation de l'ayatollah Khomeini dont voici ses mots exact en Perse :
« Imam ghoft een rezhim-e ishghalgar-e qods bayad az safheh-ye ruzgar mahv shavad. ».

Littéralement traduit en Français :
« Imam (Khomeini) ghoft (disait) een (ce) rezhim-e (régime) ishghalgar-e (occupant = qui occupe) qods (Jérusalem) bayad (doit) az safheh-ye ruzgar (de la page du temps) mahv shavad (disparaître de) »

Pour une explication plus approfondie sur cette citation controversé voir lien :

Chaîne :
Date d'envoi : 01/01/08
10:54




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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 06:20

L’échec de la première « révolution colorée »
Tienanmen, 20 ans après


par Domenico Losurdo
*


Il y a 20 ans, Zhao Ziyang tentait de prendre le pouvoir en Chine avec l’appui de la CIA. Ce qui devait être la première « révolution colorée » de l’Histoire échoua. Dans une présentation totalement tronquée, la propagande atlantiste a imposé l’image d’un soulèvement populaire écrasé dans le sang par la cruelle dictature communiste. La presse occidentale en célèbre aujourd’hui l’anniversaire en grande pompe pour mieux dénigrer la Chine populaire, devenue seconde puissance économique du monde. Domenico Losurdo revient sur cette grande manipulation.




9 juin 2009

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Cette photo symbolise les événements de Tienanmen. Pour la presse atlantiste, elle représente un homme défiant les chars de la dictature communiste. Pour les Chinois, elle illustre la maîtrise des forces de l’ordre qui réussirent à empêcher le coup d’État pro-US de Zhao Ziyang en évitant un bain de sang.

Ces jours-ci la grande presse d’ « information » s’emploie à rappeler le vingtième anniversaire du « massacre » de la place Tienanmen. Les évocations « émues » des événements, les interviews des « dissidents » et les éditoriaux « indignés », les multiples articles qui se succèdent et se préparent visent à recouvrir d’infamie perpétuelle la République Populaire de Chine, et à rendre un hommage solennel à la civilisation supérieure de l’Occident libéral. Mais qu’est-il réellement advenu il y a vingt ans ?

En 2001 furent publiés, puis traduits, dans les principales langues du monde ce qu’on a appelé les Tienanmen Papers [1] qui, si l’on croit les déclarations de ceux qui les ont présentés, reproduisent des rapports secrets et des procès-verbaux réservés, du processus décisionnel qui a débouché sur la répression du mouvement de contestation. Livre qui, toujours selon les intentions de ses promoteurs et éditeurs, devrait montrer l’extrême brutalité d’une direction (communiste) qui n’hésite pas à réprimer une protestation « pacifique » dans un bain de sang. Si ce n’est qu’une lecture attentive du livre en question finit par faire émerger un tableau bien différent de la tragédie qui se joua à Pékin entre mai et juin 1989.

Lisons quelques pages ça et là :
« Plus de cinq cents camions de l’armée ont été incendiés au même moment à des dizaines de carrefours […] Sur le boulevard Chang’an un camion de l’armée s’est arrêté à cause d’un problème de moteur et deux cents révoltés ont assailli le conducteur en le tabassant à mort […] Au carrefour Cuiwei, un camion qui transportait six soldats a ralenti pour éviter d’heurter la foule. Un groupe de manifestants a alors commencé à lancer des pierres, des cocktails Molotov et des torches contre celui-ci, qui à un moment a commencé à s’incliner du côté gauche car un de ses pneus avait été crevé par des clous que les révoltés avaient répandus. Les manifestants ont alors mis le feu à des objets qu’ils ont lancé contre le véhicule, dont le réservoir a explosé. Les six soldats sont tous morts dans les flammes » [
2].

Non seulement l’on a eu recours à la violence mais parfois ce sont des armes surprenantes qui sont utilisées :
« Une fumée vert-jaune s’est élevée de façon subite à une extrémité d’un pont. Elle provenait d’un blindé endommagé qui était ensuite lui-même devenu un élément du blocus routier […] Les blindés et les chars d’assaut qui étaient venus déblayer la route n’ont rien pu faire d’autre que de se retrouver en file à la tête du pont. Tout d’un coup un jeune est arrivé en courant, a jeté quelque chose sur un blindé et a pris la fuite. Quelques secondes après on a vu sortir la même fumée vert-jaune du véhicule, tandis que les soldats se traînaient dehors, se couchaient par terre sur la route, et se tenaient la gorge en agonisant. Quelqu’un a dit qu’ils avaient inhalé du gaz toxique. Mais les officiers et les soldats, malgré leur rage sont arrivés à garder le contrôle d’eux-mêmes » [
3].

Ces actes de guerre, avec recours répété à des armes interdites par les conventions internationales, croisent des initiatives qui laissent encore plus penseurs : comme la « contrefaçon de la couverture du Quotidien du peuple [4]. Du côté opposé, voyons les directives imparties par les dirigeants du Parti communiste et du gouvernement chinois aux forces militaires chargées de la répression :
« S’il devait arriver que les troupes subissent des coups et blessures jusqu’à la mort de la part des masses obscurantistes, ou si elles devaient subir l’attaque d’éléments hors-la-loi avec des barres de fer, des pierres ou des cocktails Molotov, elles doivent garder leur contrôle et se défendre sans utiliser les armes. Les matraques seront leurs armes d’autodéfense et les troupes ne doivent pas ouvrir le feu contre les masses. Les transgressions seront immédiatement punies » [
5].

S’il faut en croire le tableau tracé dans un livre publié et promu par l’Occident, ceux qui donnent des preuves de prudence et de modération ne sont pas les manifestants mais plutôt l’Armée Populaire de Libération !

Le caractère armé de la révolte devient plus évident les jours suivants. Un dirigeant de premier plan du Parti communiste va attirer l’attention sur un fait extrêmement alarmant : « Les insurgés ont capturé des blindés et y ont monté des mitrailleuses, dans le seul but de les exhiber ». Se limiteront-ils à une exhibition menaçante ? Et, cependant, les directives imparties par l’armée ne subissent pas de changement substantiel : « Le Commandement de la loi martiale tient à ce qu’il soit clair pour toutes les unités qu’il est nécessaire de n’ouvrir le feu qu’en dernière instance » [6].

Même l’épisode du jeune manifestant qui bloque un char d’assaut avec son corps, célébré en Occident comme un symbole de l’héroïsme non-violent en lutte contre une violence aveugle et sans discrimination, est perçu par les dirigeants chinois, toujours à en croire le livre maintes fois cité, dans une grille de lecture bien diverse et opposée :
« Nous avons tous vu les images du jeune homme qui bloque le char d’assaut. Notre char a cédé le pas de nombreuses fois, mais le jeune restait toujours là au milieu de la route, et même quand il a tenté d’y grimper dessus, les soldats se sont retenus et ne lui ont pas tiré dessus. Ce qui en dit long ! Si les militaires avaient fait feu, les répercussions auraient été très différentes. Nos soldats ont suivi à la perfection les ordres du Parti central. Il est stupéfiant qu’ils soient arrivés à maintenir le calme dans une situation de ce genre ! » [
7].

Le recours de la part des manifestants à des gaz asphyxiants ou toxiques, et surtout l’édition pirate du Quotidien du peuple démontrent clairement que les incidents de la Place Tienanmen ne sont pas une affaire exclusivement interne à la Chine. D’autres détails ressortent du livre célébré en Occident : « ‘Voice of America’ a eu un rôle proprement peu glorieux dans sa façon de jeter de l’huile sur le feu » ; de façon incessante, elle « diffuse des nouvelles sans fondements et pousse aux désordres ». De plus : « D’Amérique, de Grande-Bretagne et de Hong Kong sont arrivés plus d’un million de dollars de Hong Kong. Une partie des fonds a été utilisée pour l’achat de tentes, nourritures, ordinateurs, imprimantes rapides et matériel sophistiqué pour les communications » [8].

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Comme l’a révélé Thierry Meyssan, le soulèvement de Tienanmen était la première tentative de la CIA d’organisation d’une « révolution colorée ». Le théoricien de ce mode de subversion, Gene Sharp, et son assistant Bruce Jenkins, dirigeaient personnellement à Pékin les manifestations. Lire « L’Albert Einstein Institution : la non-violence version CIA ».

Ce que visaient l’Occident et les États-Unis nous pouvons le déduire d’un autre livre, écrit par deux auteurs états-uniens fièrement anti-communistes. Ceux-ci rappellent comment à cette période Winston Lord, ex-ambassadeur à Pékin et conseiller de premier plan du futur président Clinton, n’avait de cesse de répéter que la chute du régime communiste en Chine était « une question de semaines ou de mois ». Cette prévision apparaissait d’autant plus fondée que se détachait, au sommet du gouvernement et du Parti, la figure de Zhao Ziyang, qui —soulignent les deux auteurs états-uniens— est à considérer « probablement comme le leader chinois le plus pro-américain de l’histoire récente » [9].

Ces jours ci, dans un entretien avec le Financial Times, l’ex-secrétaire de Zhao Ziyang, Bao Tong, aux arrêts domiciliaires à Pékin, semble regretter le coup d’État manqué auquel aspiraient des personnalités et des cercles importants en Chine et aux USA, en 1989, tandis que le « socialisme réel » tombait en morceaux : malheureusement, « pas un seul soldat n’aurait prêté attention à Zhao » ; les soldats « écoutaient leurs officiers, les officiers leurs généraux et les généraux écoutaient Den Xiaoping » [10].

Vus rétrospectivement, les événements qui se sont passés il y a vingt ans Place Tienanmen se présentent comme un coup d’État manqué, et une tentative échouée d’instauration d’un Empire mondial prêt à défier les siècles…

D’ici peu va arriver un autre anniversaire. En décembre 1989, sans même avoir été précédés d’une déclaration de guerre, les bombardiers états-uniens se déchaînaient sur Panama et sa capitale. Comme il en résulte de la reconstruction d’un auteur —encore une fois— états-unien, des quartiers densément peuplés furent surpris en pleine nuit par les bombes et les flammes ; en très grande partie, ce furent des « civils, pauvres et à la peau foncée » qui perdirent la vie ; plus de 15 000 personnes se retrouvèrent sans toit ; il s’agit en tout cas de l’ « épisode le plus sanglant » de l’histoire du petit pays [11]. On peut prévoir facilement que les journaux engagés à répandre leurs larmes sur la Place Tienanmen voleront très au dessus de l’anniversaire de Panama, comme d’ailleurs cela s’est produit toutes ces dernières années. Les grands organes d’ « information » sont les grands organes de sélection des informations, et d’orientation et de contrôle de la mémoire.

 Domenico Losurdo

Philosophe et historien communiste, professeur à l’université d’Urbin (Italie). Dernier ouvrage traduit en français : Nietzsche philosophe réactionnaire : Pour une biographie politique.


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Traduction Marie-Ange Patrizio
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Article original paru le lundi 1er juin 2009 sur le blog de l’auteur.



 

[1] The Tiananmen Papers, présentés par Andrew J. Nathan, Perry Link, Orville Schell et Liang Zhang, PublicAffairs, 2000, 513 pp. Version française Les Archives de Tiananmen, présentée par Liang Zhang, éditions du Félin, 2004, 652 pp.

[2] Op cit, p. 444-45.

[3] Op cit, p. 435.

[4] Op cit., p. 324.

[5] Op cit., p. 293.

[6] Op cit., p. 428-29.

[7] Op cit, p.486.

[8] Op cit., p. 391.

[9] The coming Conflict with China, par Richard Bernstein et Ross H. Munro, Atlantic Books, 1997 (245 pp.), p. 95 et 39.

[10] « Tea with the FT : Bao Tong », par Jamil Anderlini, in Financial Times, 29 mai 2009.

[11] Panama. The Whole Story, par Kevin Buckley, Simon & Schuster, 1991 (304 pp.).


http://www.voltairenet.org/article160446.html
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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 06:18

« Révolution safran »
Birmanie : la sollicitude intéressée
des États-Unis
par Thierry Meyssan
*



Les médias atlantistes manipulent la sympathie de leurs lecteurs pour les Birmans qui tentent de s’affranchir du régime le plus oppressif de notre époque. En jouant avec nos émotions, ils nous vendent comme une évidence l’idée selon laquelle des sanctions économiques sont légitimes et peuvent venir à bout d’une dictature. Et ils nous préparent à soutenir le régime qui suivra, quel qu’il soit. Attention, cet enthousiasme soudain masque d’autres formes d’intervention et des ambitions inavouables.




5 novembre 2007

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Pays
Birmanie

Thèmes
Action secrète
 Renaissance de l’Asie

La presse atlantiste se passionne pour la révolution safran qui agite le Myanmar. Chacun espère —et nous aussi bien sûr— que la junte militaire qui écrase les Birmans depuis des décennies sera enfin renversée et laissera la place à une démocratie prospère. Cependant ce soudain intérêt de nos « confrères » pour ce pays qu’ils ignoraient jusque-là, de même que l’expérience des pseudo-« révolutions colorées » et de leurs réveils douloureux de la Géorgie au Liban devraient aiguiser notre sens critique. Ce que l’on nous montre à voir et à interpréter est-il fidèle à la réalité ?

À l’évidence, si pour les Birmans, l’enjeu est leur liberté, pour les « Occidentaux », il est tout autre.

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La presse ne cesse de nous répéter que la junte est soutenue économiquement et militairement par la Chine, et dans une moindre mesure par la Russie, les deux puissances qui ont fait obstacle en janvier dernier à une condamnation du Myanmar par le Conseil de sécurité de l’ONU et à la mise en place de sanctions économiques [1].
Or, la Chine et la Russie ne sont pas des soutiens économiques et politiques de la junte, pas plus que l’Afrique du Sud qui a également voté « non » au Conseil de sécurité. Ce sont simplement des États respectueux du droit international. Ils ont fait valoir que le Myanmar ne représentait pas un danger pour ses voisins et que, donc, ce projet de résolution outrepassait la Charte des Nations unies : la « communauté internationale » n’est pas légitime à user de la force pour régler un conflit intérieur, aussi cruel soit-il. À l’inverse, la pensée révolutionnaire des néo-conservateurs, qui s’est aujourd’hui étendue aux médias occidentaux, prône « l’ingérence démocratique », avec les résultats éloquents que l’on observe en Afghanistan et en Irak.
En outre, la Chine et la Russie sont deux puissances régionales qui se doivent d’avoir de bons rapports de voisinage avec le Myanmar. La Chine y trouve ses intérêts, mais sur un tout autre plan, comme nous le verrons. De très loin, le principal soutien économique provient du Japon, pays satellite de l’empire états-unien. Pourtant, la presse occidentale ne réclame pas la rupture des relations économiques entre Tokyo et Rangoon. Au demeurant, le Japon s’y refuserait, comme la Chine et la Russie, car c’est une constante des diplomaties asiatiques de considérer que cette méthode est contre-productive : elle affame les peuples au lieu de sanctionner les dirigeants et ferme toute possibilité de négociation.

Notons au passage que si les États asiatiques, dans leur ensemble, condamnent comme barbare le principe des sanctions économiques, la presse occidentale ne se pose pas la question de la légitimité de cette forme moderne du siège antique. Pourtant, l’idée d’affamer ses adversaires a été critiquée par les principaux philosphes européens durant des siècles et condamnée par l’Église catholique depuis Thomas d’Aquin. Emportée par l’idéologie néo-conservatrice de « l’ingérence démocratique », les journalistes européens sont-ils revenus aux temps barbares ?

La « révolution safran » n’a pas débuté pour renverser la dictature, mais en réaction au doublement des prix des carburants et à des violences faites à des moines bouddhistes, lesquels sont partisans d’une théocratie. Son objectif n’est pas d’instaurer la démocratie, au sens athénien du terme. Toutefois, par derrière, le mouvement a été préparé et est soutenu par Washington, qui entend imposer la « démocratie de marché », c’est-à-dire ouvrir le pays aux investissements de ses propres multinationales. Il est donc bien normal que la presse atlantiste exige d’abord le retrait des investisseurs rivaux, quelles qu’en soient les conséquences pour le niveau de vie des Birmans.

Depuis deux ans, une opposition politique structurée, à caractère réellement démocratique, s’est constituée sous le nom de « Génération 88 », à la fois par référence à la « Génération 386 » de Corée du Sud et au fait que ses membres ont été actifs lors de la révolte de 1988. Les principales personnalités de ce mouvement forcent l’admiration par leur courage et leur détermination, mais comment ne pas voir que « Génération 88 » est devenu un paravent de l’action clandestine de Washington ? Le groupe a reçu en deux ans plus de 2,5 millions de dollars de la National Endowment for Democracy (NED) [2], c’est-à-dire du département d’État des États-Unis, sans parler des subventions du spéculateur George Soros [3]et celles du gouvernement norvégien.
Des membres du groupe ont été impliqués dans plusieurs attentats terroristes qui ont ensanglanté le pays, mais qu’on ne comptabilise jamais dans les rapports internationaux parce que le gouvernement birman est classé du mauvais côté.
À ce stade, on ignore si ces attentats ont été commandités par les dirigeants de « Génération 88 » comme le prétend la junte ; ou s’ils l’ont été par des provocateurs. Et dans ce cas, ces individus travaillaient-ils pour le compte de la junte afin de discréditer le mouvement ou pour celui des États-Unis afin de déstabiliser le régime ? Une hypothèse plausible lorsqu’on se souvient de la campagne d’attentats financés par la CIA au Kosovo visant à provoquer une répression massive par le gouvernement Milosevic et à déstabiliser la zone jusqu’à la guerre.

Quoi qu’il en soit, le mouvement politique que les communicants de la Maison-Blanche ont déjà appelé la « révolution safran », par référence à la couleur des robes des moines bouddhistes, n’est pas sans rappeler les autres « révolution colorées » organisées par l’Albert Einstein Institution [4]. Un pseudopode de la CIA et de l’OTAN dont le directeur, le colonel Robert Helvey, est précisément l’ancien attaché militaire de l’ambassade des États-Unis à Rangoun.

Revenons-en au bras de fer qui oppose la Chine et les États-Unis dans cette région et qui constitue l’enjeu véritable du traitement médiatique actuel et des conséquences possibles de cette révolution.
En application de la « doctrine Wolfowitz » de 1992, Washington entend empêcher l’émergence de puissances capables de contester la suprématie de « l’empire américain ». Si l’Union européenne et la Russie sont les premiers compétiteurs éventuels dont il convient de rogner les ailes, la Chine vient en troisième position.
Washington a mis au point une stratégie de « containment » dont l’axe central est le contrôle des approvisionnements énergétiques de l’économie chinoise. Les principaux contrats pétroliers chinois passent par des joint-venture nord-américaines et sont visés directement par la secrétaire d’État des Etats-Unis. Le système se maintient grâce à une corruption généralisée des négociateurs chinois auxquels Washington garantit des rentes en rétro-commissions et qui s’engagent eux-mêmes à placer leurs avoirs en bons du Trésor US. Sur le long terme, Washington entend également contrôler les pipe-lines et les routes maritimes utilisées par les pétroliers et méthaniers chinois, d’où la Proliferation Security Initiative (PSI) [
5]de John Bolton et l’élargissement des mission de l’OTAN dans cette zone [6].
Or, la junte birmane a su se rendre utile à la Chine d’une part en construisant sur son territoire un pipe-line reliant le Yunnan au Golfe du Bengale, d’autre part en installant des stations de surveillance électronique des voies navales qui passent au large de ses côtes. C’est dans ce but, et non pour accentuer la répression, que Pékin a livré des armes à Rangoun. D’ailleurs, il s’agit de matériels de surveillance et d’interception et non de maintien de l’ordre, au total pour 1,5 milliards de dollars en radars et en patrouilleurs de la classe Hainan. Ce n’est que depuis ces accords que les États-Unis se « préoccupent » de la situation des Birmans.

Contrairement à ce qu’affirme la propagande atlantique, la Chine n’a aucun intérêt à soutenir la dictature birmane, mais veille à préserver ses intérêts stratégiques en Birmanie, ce qui n’est pas du tout pareil. Pékin est très gêné par un conflit qui peut toujours faire tache d’huile. Sa diplomatie s’efforce de débloquer la situation et offrant une porte de sortie aux généraux birmans. Lors de la séance du Conseil de sécurité de janvier dernier sur le Myanmar, Pékin a demandé que le secrétaire général de l’ONU nomme un envoyé spécial permanent sur cette question et s’est proposé pour faciliter son travail. Et là, ce sont les États-Unis qui ont fait blocage en affirmant que cet envoyé ne servirait à rien s’il n’était pas appuyé par des sanctions économiques.
En définitive, c’est la crise actuelle qui a permis de nommer à ce poste l’ambassadeur nigérian Ibrahim Gambari, qui a eu l’occasion par le passé d’intervenir en Birmanie en qualité de sous-secrétaire général de l’Onu pour les affaires politiques. Et c’est l’ambassadeur de Chine à Rangoun qui l’a accueilli à l’aéroport pour le soutenir dans sa mission, bien que Gambari soit connu pour son tropisme pro-US.

Sous nos yeux, un peuple lutte pour sa liberté. Mais le soutien que lui apportent les États-Unis et les médias atlantistes n’a aucunement pour but d’y parvenir. Washington veut couper le pipe-line chinois, démanteler les bases militaires de surveillance électronique pour prendre le contrôle des voies maritimes, et ouvrir le marché à ses multinationales. Il ne suffira pas aux Birmans de renverser les généraux pour être libres.

 Thierry Meyssan

Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).


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[1] « Le Conseil de sécurité rejette le projet de résolution sur le Myanmar à la suite d’un double vote négatif de la Chine et de la Fédération de Russie », ONU, référence CS/8939, 12 janvier 2007.

[2] « La NED, nébuleuse de l’ingérence démocratique », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 janvier 2004.

[3] « George Soros, spéculateur et philanthrope », Réseau Voltaire, 15 janvier 2004.

[4] « L’Albert Einstein Institution : la non-violence version CIA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2007. Nota : on trouvera sur le site internet de cette organisation une lettre ouverte à Thierry Meyssan pour démentir en bloc le contenu de cet article.

[5] « Le gendarme du monde veut contrôler les océans » Réseau Voltaire, 4 décembre 2003.

[6] « L’OTAN et le réseau plus vaste d’alliances militaires sous l’égide des Etats-Unis », par Mahdi Darius Nazemroaya, Horizons et débats, 9 juillet 2007.



http://www.voltairenet.org/article151836.html
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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 06:17
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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 05:45

Lectures de vacances
Louis Massignon et les dessous de l’orientalisme français


par Gilles Munier
*


Au cours des vingt dernières années, Gilles Munier fut un homme de l’ombre, militant anti-impérialiste de la cause arabe en Palestine et en Irak. Il était alors le contact incontournable de bien des missions diplomatiques. Mais à la suite de la recolonisation de l’Irak par les armées anglo-saxonnes, en 2003, il a été mis en cause par la CIA et assigné à résidence en France pour l’empêcher de poursuivre son action. Mettant à profit ce repos forcé, il vient d’écrire
Les Espions de l’or noir, un ouvrage historique, à la fois érudit et romantique. Qui mieux que lui pouvait dénouer les mystères des espions occidentaux au Moyen-Orient dans les deux derniers siècles ? Dans l’extrait que nous publions, il relève une facette méconnue du « grand islamologue » français, Louis Massignon : celui-ci était avant tout un agent de renseignement français, rival de Lauwrence d’Arabie.




10 août 2009

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Thèmes
Contrôle du « Grand Moyen-Orient »

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Les espions de l’or noir, par Gilles Munier, éditions Koutoubia, 2009 (317 pages avec photos, cartes et index). Ouvrage recommandé par le Réseau Voltaire.

Il ne faisait pas bon laisser entendre à Louis Massignon [1] que ses recherches dans les pays arabes, pour le compte du Quai d’Orsay ou du ministère français des Colonies, s’apparentaient à du renseignement [2]. Le Maître entrait en fureur. Le soupçon d’espionnage pesait pourtant sur lui depuis 1907-1908, date de ses premiers séjours en Égypte et en Mésopotamie. En 1906, nommé à l’Institut français d’archéologie du Caire, il s’intéressait beaucoup plus aux activités de la secte islamique sénoussie [3], radicalement anticolonialiste et anti-occidentale, qu’aux fouilles antiques. Massignon passait son temps, comme il l’écrivit, dans des bars mal famés, déguisé en fellah. Il y fit ses premières expériences homosexuelles qui le conduiront, un an plus tard, en Mésopotamie, à retrouver la foi… Ayant entendu parler de Mansour al-Hallaj, un soufi d’origine persane, démembré et décapité pour hérésie en 922 à Bagdad [4], il le choisit comme sujet de thèse. Il partit pour Bagdad, grâce à une bourse accordée par le général de Beylié, connu pour sa mission d’espionnage - sous couvert de recherches d’archéologiques - dans le Caucase et en Asie centrale en 1888 [5].

Arrivé en Mésopotamie, le consul de France présenta à Massignon la famille Aloussi, très respectée dans le pays, qui le prit sous sa protection. Elle pensait avoir affaire à un Français en voie de conversion à l’islam. Il rencontra d’éminents lettrés, visita le cénotaphe d’al-Hallaj [6] et recueillit des informations nécessaires à la rédaction de sa thèse [7]. Sa propension à courir les souks, habillé couleur locale, sous prétexte d’améliorer son arabe, intriguait le wali (préfet) de la ville. Certes, le Sultan Abdul Hamid II avait approuvé son programme de déplacements, mais la police ottomane le filait, pour le cas où sa venue serait liée au Comité Union et Progrès, très actif à Bagdad. Massignon, se demandait-elle aussi, était peut-être un de ces géologues qui infestaient la Mésopotamie à la recherche de pétrole. Abdul Hamid II, en négociation avec le Kaiser, était attentif à toute découverte de nouveaux gisements. Un mois après son arrivée, les archéologues allemands Sarre et Herzfeld, spécialistes de Samarra [8], dénoncèrent aux autorités Massignon comme étant un agent secret. Ils craignaient qu’il ne vienne concurrencer leurs fouilles. La rumeur s’amplifia au point qu’on finit par le traiter d’espion, en pleine rue. La tenue qu’il mettait parfois pour parcourir les environs, sorte d’uniforme turc dépareillé, ne faisait qu’accroître les soupçons à son égard.

En mars 1908, Massignon décida d’aller visiter le château d’Al-Oukheidir, et d’en profiter pour passer quelques jours à Kerballa, Koufa et Nadjaf, villes saintes du chiisme. Il comptait également se rendre à Wasit, près de Kut, où la tribu Muntafiq s’était soulevée contre le pouvoir ottoman. Les questions qu’il posait aux notables laissaient penser qu’il était en mission pour savoir si les chiites étaient susceptibles de se révolter contre le sultan. Sur le chemin du retour, le kaimakam (sorte de sous-préfet) le fit arrêter, le 1er mai, pour espionnage et emprisonner sur la Burhaniyé, un vapeur remontant le Tigre. Massignon jeta par-dessus bord un questionnaire sur les familles nobles de Bagdad qu’on lui avait remis en France. Terrorisé, croyant être exécuté, il fut prit d’une crise de démence mystique et retrouva la foi chrétienne. Le 5 mai, à Bagdad, le consul de France décréta qu’il avait été victime d’une insolation suivie de délires. Il dut sa libération – et peut être la vie - à l’intervention de la famille Aloussi qui, l’ayant accepté comme hôte, considérait de son devoir de le protéger, comme le veut la tradition arabe.

(Pendant la Première Guerre mondiale…)

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Louis Massignon (1913)

(…) Plus le corps expéditionnaire d’Allenby et l’armée de Fayçal progressaient vers Damas, plus les Britanniques remettaient en question les Accords Sykes-Picot. Une commission franco-britannique avait été créée pour les faire respecter. En 1917, le sous-lieutenant général Allenby - connu à l’époque comme islamisant et arabisant – avait été nommé auprès de François-Georges Picot qui la co-dirigeait avec Mark Sykes. Le 8 août, Louis Massignon rencontra pour la première fois Lawrence [d’Arabie] qui lui rappela, pince sans rire, qu’ils avaient été tous les deux des archéologues masqués, pour ne pas dire des espions. Il comprit que ce dernier s’était renseigné sur son compte et le prenait pour un ennemi dangereux, craignant que Fayçal l’apprécie plus que lui. En octobre, quand le général Allenby approuva, à Gaza, la nomination de Massignon à l’état-major de Fayçal, Lawrence opposa son veto. Il menaça de démissionner.

Georges Picot demanda au Quai d’Orsay l’ouverture d’un crédit conséquent afin que Massignon puisse, par l’octroi de subventions, donner l’impression aux Arabes que la France participait bien aux combats ! Il fut promu capitaine, à titre temporaire, pour être à équivalence de grade avec Lawrence, mais ce dernier qui refusait déjà la présence trop voyante d’officiers anglais à ses côtés, ne voulait a fortiori pas d’un Français, surtout à portée de main de Damas.

Massignon fut alors envoyé conseiller l’état-major d’une éphémère Légion Arabe, d’obédience anglo-française. Il passa une partie de son temps - comme l’avait fait Lawrence au Bureau Arabe, en Égypte - à interroger les prisonniers arabes incorporés dans l’armée ottomane pour les faire changer de camp, si nécessaire moyennant finances. Fin octobre, dans un rapport au Quai d’Orsay, il nota la montée du nationalisme parmi les membres de la Légion, musulmans pour la plupart. Il fit remarquer que tous rêvaient de libérer les pays arabes, y compris ceux d’Afrique du nord… une revendication idéaliste, écrivit-il, difficile à appuyer [9].

 Gilles Munier

Secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes (AFI).


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Les Espions de l’or noir est vendu par correspondance par la Librairie du Réseau Voltaire. Il s’adresse aux lecteurs ayant déjà une connaissance du Proche-Orient contemporain. Ils y découvriront avec plaisir la face secrète de personnages célèbres.



 

[1] L’orientaliste Louis Massignon, mort en 1962, est considéré comme le plus grand islamologue français.

[2] L’accusation d’espionnage, plus ou moins étayée, poursuivit Massignon toute sa vie. En mars 1953, Majallat al-Ahzar, revue de l’université d’al-Azhar, au Caire, l’accusa de ne s’intéresser aux mystiques que pour détourner les musulmans de la vraie foi. Elle le dénonça comme agent des missionnaires chrétiens. Certains nationalistes arabes n’étaient pas en reste. Ils le tenaient, comme beaucoup d’orientalistes, pour un hypocrite au service du colonialisme.

[3] Confrérie soufie, fondée en 1837, par Muhammad ibn Ali al-Sénoussi, originaire de la région d’Oran, en Algérie.

[4] Mansour al-Hallaj affirmait, notamment, que Dieu parlait par sa bouche, qu’il devait être tué pour échapper à la condition humaine et rejoindre la totalité divine.

[5] Le général Léon de Beylié avait effectué des fouilles en Mésopotamie, à Samarra et au Kurdistan, en 1907. Il est l’auteur de : L’Inde sera-t-elle russe ou anglaise ? Berger-Levrault, Paris, 1889, et Mon journal de voyage, de Lorient à Samarcande, F. Allier père et fils, Grenoble, 1889.

[6] Le corps démembré d’al-Hallaj ayant été jeté dans le Tigre, ses fidèles lui élevèrent plus tard un cénotaphe, tombeau symbolique, vide.

[7] Louis Massignon soutiendra sa thèse en 1922. Il publiera : La Passion de Al-Hallaj, Gallimard, Paris, 1975, et Al-Hallaj, Recueil d’oraisons et d’exhortations du martyr mystique de l’Islam, J. Vrin, Paris, 1975.

[8] Samarra, située à 135 kilomètres au nord de Bagdad, était au IXème la capitale de l’Irak. Ses vestiges s’étendent sur trente kilomètres le long du Tigre. Ses monuments les plus connus sont la Malwiya, un minaret hélicoïdal, la Grande mosquée du Vendredi et la mosquée al-Askariya, recouverte de tuiles d’or, près de laquelle Muhammad, 12ème imam chiite – le Mahdi - a été occulté en 874.

[9] Keryell, Jacques (sous la direction de), Louis Massignon et ses contemporains, Karthala, Paris, 1997.


http://www.voltairenet.org/article160326.html

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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 05:41

Hugo Chávez et les médias privés

par Salim Lamrani
*


La Commission nationale des télécommunications vénézuelienne a entrepris de récupérer les fréquences hertzienne illégalement occupées par les médias de quelques grandes familles pour les redistribuer. Immédiatement les oligarques ont dénoncé une « violation de la liberté d’expression » et ont reçu l’appui de leurs homologues occidentaux via les médias qu’ils détiennent et, bien sûr, de Reporters sans frontières, fidèle chien de garde de la sujétion de l’information aux intérêts de Washington.




9 août 2009

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Pays
Venezuela

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Guillermo Zuloaga Núñez, Pdg de Globovision, avait activement participé au coup d’État militaire avorté de 2002. Il vient d’apporter son soutien aux putschistes honduriens et a appelé à suivre leur exemple au Venezuela.

Le 2 août 2009, Reporters sans frontières (RSF) a publié un communiqué dénonçant la fermeture de « trente-quatre médias audiovisuels sacrifiés par caprice gouvernemental » au Venezuela. L’organisation parisienne « proteste avec vigueur contre la fermeture massive de médias audiovisuels privés » et s’interroge : « Est-il encore permis d’émettre publiquement la moindre critique envers le gouvernement bolivarien ? Cette fermeture massive de médias réputés d’opposition, dangereuse pour l’avenir du débat démocratique, n’obéit qu’à la volonté gouvernementale de faire taire les voix discordantes, et ne fera qu’aggraver les divisions au sein de la société vénézuélienne [1] ».

RSF fait référence à la décision prise le 1er août 2009 par la Commission nationale des Télécommunications (Conatel) de retirer la fréquence à trente-quatre stations de radio et télévision [2]. Selon RSF, la décision serait uniquement motivée par le fait que ces médias se soient montrés critiques à l’égard du gouvernement d’Hugo Chávez. En un mot, il s’agirait d’un acte politique pour museler la presse d’opposition. Cette version a été reprise par la grande majorité des médias occidentaux [3].

Or, la réalité est tout autre et a été soigneusement occultée par RSF et les transnationales de l’information dans le but de tromper l’opinion publique et de transformer le gouvernement le plus démocratique d’Amérique latine (Hugo Chávez s’est soumis à quinze processus électoraux depuis son accession au pouvoir en 1998 et en a remporté quatorze lors de scrutins salués par l’ensemble de la communauté internationale pour leur transparence) en un régime portant gravement à la liberté d’expression.

En effet, la décision de la Conatel aurait été prise dans n’importe quel pays du monde dans une situation similaire. Plusieurs radios ont délibérément ignoré une citation de la Commission destinée à vérifier l’état de la concession et à actualiser leur situation. Après enquête, la Conatel a découvert de nombreuses irrégularités telles que l’existence de concessionnaires décédés dont la concession était utilisée illégalement par une tierce personne, le non-renouvellement des démarches administratives obligatoires, ou tout simplement l’absence d’autorisation d’émettre. Or, la loi vénézuélienne, similaire à celles du reste du monde, stipule que les médias ne renouvelant pas leur concession dans le délai légal ou émettant sans autorisation perdent leur fréquence, et celle-ci revient dans le domaine public. Ainsi, trente-quatre stations qui émettaient de manière illégale ont perdu leur concession [4].

En réalité, la décision de la Conatel, loin de limiter la liberté d’expression, a mis fin à une situation illégale et a ouvert une politique de démocratisation du spectre radioélectrique vénézuélien afin de le mettre au service de la collectivité. En effet, au Venezuela, 80 % des radios et télévisions appartiennent au domaine privé, alors que seules 9 % d’entre elles se trouvent dans le domaine public, le reste étant dévolu aux secteurs associatif et communautaire. De plus, l’ensemble des médias privés vénézuéliens se trouvent concentrés entre les mains de 32 familles [5].

Ainsi, une mesure prise par la Conatel pour mettre fin à une situation illégale a été complètement manipulée par RSF et les médias occidentaux.

RSF a pris fait et cause pour l’opposition vénézuélienne, responsable d’un coup d’État contre Chávez en avril 2002, putsch immédiatement avalisée par l’organisation parisienne. RSF défend particulièrement la chaîne putschiste Globovisión, qu’elle considère comme le symbole de la liberté d’expression au Venezuela [6]. Néanmoins, elle omet de signaler qu’en plus de sa participation au putsch de 2002, Globovisión a soutenu le sabotage pétrolier la même année, a lancé un appel aux contribuables afin de ne pas s’acquitter de leurs impôts et a appelé à l’insurrection et à l’assassinat du Président Chávez [7].

Dernièrement, Globovisión a apporté son soutien à la junte putschiste du Honduras qui a renversé le Président démocratiquement élu José Manuel Zelaya, unanimement condamnée par la communauté internationale [8]. Le propriétaire de la chaîne Guillermo Zuloaga Núñez a ainsi reconnu le gouvernement illégal de Micheletti tout en lançant un appel au coup d’État : « Le gouvernement auto-proclamé de Micheletti respecte la Constitution et nous aimerions, nous aimerions vraiment qu’ici au Venezuela on respecte la Constitution comme on est en train de la respecter au Honduras [9] ».

RSF ne défend pas la liberté d’expression au Venezuela. Elle préfère se ranger aux côtés des ennemis de la démocratie.

 Salim Lamrani

Enseignant chargé de cours à l’Université Paris-Descartes et à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis. Auteur de Cuba face à l’empire : Propagande, guerre économique et terrorisme d’État, dernier ouvrage publié en français : Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme.


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[1] Reporters sans frontières, « Trente-quatre médias audiovisuels sacrifiés par caprice gouvernemental », 2 août 2009 (site consulté le 3 août 2009).

[2] Site officiel de la Conatel.

[3] Agencia Bolivariana de Noticias, « Productores independientes respaldan suspensión de emisoras radiales ilegales », MP3, 4 août 2009.

[4] Fabiola Sanchez, « Radios desafían a Chávez operando por internet », The Associated Press, 3 août 2009.

[5] Thierry Deronne, « Au Venezuela, la bataille populaire pour démocratiser le ‘latifundio’ des ondes », Vive-fr.org, 2 août 2009 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Medida de Conatel no afectará libertad de expresión e información en Venezuela », 4 août 2009.

[6] Reporters sans frontières, « Le gouvernement accélère sa croisade contre les médias privés en voulant modifier les lois et les règles », 21 juillet 2009.

[7] Salim Lamrani, « Reporters sans frontières contre la démocratie vénézuélienne », Réseau Voltaire, 2 juillet 2009.

[8] « Résolution de l’Assemblée générale de l’ONU sur la situation au Honduras » et « Résolution de l’Organisation des États américains (OEA) relative à la suspension du Honduras », 30 juin et 4 juillet 2009.

[9] Agencia Bolivariana de Noticias, « Goblovisión apoya marcha a favor de gobierno golpista en Honduras », 22 juillet 2009.



http://www.voltairenet.org/article161543.html
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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 05:23

Un an après l’agression géorgienne

 
par Sergueï V. Lavrov
*


Il y a un an, le régime de Saakachvili, encadré et armé par les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël, bombardait l’Ossétie du Sud. Protégeant ses ressortissants, la Russie intervenait, détruisait les bases israéliennes et entrait en territoire géorgien. Décontenancé par l’efficacité d’une armée russe que l’on disait obsolète, Washington dépêchait Nicolas Sarkozy auprès de Dmitry Medvedev pour négocier un cessez-le-feu. Aujourd’hui, Sergey Lavrov rappelle que seul le respect du plan Medvedev-Sarkozy peut garantir la paix en Transcaucasie.




8 août 2009

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Ossétie du Sud

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Sergey Lavrov

Le 8 août, un an aura passé depuis les événements tragiques en Ossétie du Sud. Cette nuit-là, le régime de M.Saakachvili a perpétré une attaque inhumaine en félonne contre ses civils, ainsi que contre les pacificateurs russes, qui pendant plusieurs années ont défendu la paix et la sécurité des peuples, qui vivent dans la fragile région transcaucasienne.

Au cours de l’agression géorgienne ont été utilisés en masse les types d’armes inhumaines, y compris les sous-munitions, les lance-roquettes multiples, les bombes de 500 kilos. En résultat, des centaines de civils de Tskhinval et des localités avoisinantes sont morts, tout comme des dizaines de militaires russes, y compris les pacificateurs, et le nombre de blessés et des sinistrés est incommensurablement plus élevé. Il est jusqu’à présent impossible d’identifier beaucoup de morts. L’échelle des destructions était vraiment horrible.

L’énorme quantité de victimes, l’apparition de milliers de réfugiés témoignent, qu’il ne s’agit pas d’une « erreur » ou d’un « hasard », mais des agissements criminels prémédités. Cela est clairement confirmé par les documents prises à l’armée géorgienne, y compris le fameux plan « Champ libre ».

Les citoyens russes ressentent de la colère et du mal, en se rappelant les événements d’août dernier. Nous pleurons avec le peuple sud-ossète, nous vénérons la mémoire des morts, nous promettons de continuer notre aide à tous les blessés au cours du conflit.

Les événements tragiques en Ossétie du Sud ont de nouveau montré à toute la communauté internationale l’absence d’alternative aux moyens de négociations pacifiques pour régler les différends et conflits. Malheureusement, au prix de la vie des innocents. Cela n’est ni ne sera jamais excusable : les criminels militaires doivent subit la punition appropriée. L’histoire actuelle de l’Europe connaît plusieurs exemples à ce propos.

L’agression barbare de la Géorgie contre l’ex-partie de son propre état a mis en lumière de façon parlante les profondes failles dans le système d’alors de la sécurité européenne. Elle s’est avérée incapable de prévenir les attaques surprises et à large échelle sur les territoires, qui se trouvent dans le collimateur des institutions internationales importantissimes.

La Fédération de Russie a de manière consécutive défendu les principes politiques du règlement pacifique en Transcaucasie, servi de médiateur impartial et de bonne foi aux négociations dans le cadre de l’ONU et de l’OSCE. Pendant 17 années, nous avons rempli les fonctions pacificatrices importantes, nous avons été prêts – en cas de l’obtention du règlement – à se charger du rôle de garant dans les accords des parties en conflit. Cependant, les autorités géorgiennes ont préféré fusiller l’intégrité territoriale de leur état à lance-roquettes multiples, en tirant la croix sur le rétablissement de la communauté interethnique avec les ethnies voisines. Qui plus est, dans les premiers jours après l’effusion du sang de Tskhinval, le régime de M.Saakachvili a aggravé encore plus la situation, essayant d’accuser la Russie du déclenchement du conflit et continuant de menacer ses voisins.

Dans ces conditions, nous n’avions pas d’autre voie pour garantir la paix et la sécurité des peuples de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie que de reconnaître leur indépendance, leur offrir le libre choix démocratique de leur propre développement étatique et national. La Russie a été la première à avoir le courage de prendre conscience de la réalité objective. C’était la décision la plus efficace, à laquelle tous ont gagné, même ceux, qui ne veulent pas le reconnaître.

La présence de nos militaires et gardes-frontière sur la base des accords bilatéraux, qui ont passé la ratification dans les parlements, est absolument légitime. Elle garantit la sécurité fiable des républiques, crée les conditions pour leur développement indépendant. La Russie poursuivra son aide socioéconomique d’envergure aux peuples frères de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, avant tout dans les problèmes du rétablissement des habitations et de l’infrastructure civile, ainsi que son assistance dans la défense de leurs états et de leurs frontières.

Un an après l’agression géorgienne, les peuples de la Transcaucasie font néanmoins toujours face à plusieurs défis et problèmes. Le principal en reste la politique de la revanche et la perspective de la récidive des actions de force de la part de la Géorgie. Malgré l’échec de l’aventure d’août, les autorités de Tbilissi, aussi loin que l’on comprenne, n’entendent pas abandonner leurs projets de rétablissement par la force de « l’intégrité de la Géorgie ». C’est pourquoi nous insistons sur la prise des obligations juridiques sur le non-usage de la force. Ceci dit, ces obligations ne doivent pas être inconditionnellement contractées par Géorgie en application à la Russie, mais concerner les républiques voisines – l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Ce n’est qu’ainsi que Tbilissi peut rétablir au moins la confiance minimale à son égard de la part des pays voisins et de la communauté internationale. Les accords sur le non-usage de la force doivent comprendre les nettes garanties de la sécurité des peuples de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Cela préviendra la répétition de la tragédie. Tous les états et peuples démocratique doivent être intéressés à éviter les nouvelles vagues de violence dans la région.

Il est aussi difficile de surestimer le besoin pour tous pays de s’abstenir pendant longtemps des livraisons en Géorgie d’armes offensives, et idéalement – de toute sorte d’armes et de matériel de guerre. Les livraisons en masse d’armes de l’étranger de ces dernières années ont créé chez les autorités géorgiennes l’illusion de l’impunité et de la permissivité, généré la tentation de régler leurs problèmes par voie militaire. Les conséquences néfastes de cela sont aujourd’hui évidentes. La communauté internationale doit faire preuve d’approche responsable dans ce problème et reconnaître les nouveaux changements géopolitiques, formés en Transcaucasie après les événements d’août.

Les tentatives d’agir comme si de rien n’était, le fait d’ignorer l’existence entièrement indépendante de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie ont finalement fait fermer dans ces pays et en Géorgie des présences internationales, dont l’aide aux peuples de la région était en général utile. Ce n’était pas le choix que nous faisons. Ce n’est pas à la Russie qu’incombe la responsabilité pour le retrait des missions internationales, quelques tentatives que l’on fasse pour le faire croire.

Néanmoins, nous entendons, que si toutes les parties concernées tirent des leçons et des conclusions appropriées de la tragédie de l’août dernier, la communauté internationale sera capable d’établir l’interaction constructive en Transcaucasie. Les principales voies pour le faire résident dans le plan Medvédev-Sarkozy, dont la Russie applique entièrement et inconditionnellement les clauses et les appliquera dans l’avenir. Ce n’est que par les efforts conjoints que nous pouvons maintenir la paix sur notre continent européen.

Les événements d’août 2008 vont encore longtemps rester au centre de l’attention des politiques et des politologues. L’essentiel est que le processus de leur analyse ne devienne pas l’otage des approches idéologisées ou de blocs, mais contribue à la recherche des voies et des moyens adéquats de la garantie de la stabilité et de la sécurité en Transcaucasie.

 Sergueï V. Lavrov

Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie.

http://www.voltairenet.org/article161546.html

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Samedi 09 Mai 2009 

 

Les complots en Géorgie:

de Gamsakhourdia à Saakachvili


Par Dmitri Babitch, RIA Novosti

 

 

Depuis que la Géorgie indépendante a ses propres présidents, ces malheureux font constamment l'objet d'attentats, de terribles complots auxquels participent les services secrets étrangers. Quant aux militaires géorgiens, ils ne font que tramer des coups d'Etat contre leur haut commandant. Il est à noter que la plupart du temps, le président échappe à ces attentats, complots et autres coups d'Etat, dont il ressort sain et sauf, tandis que ses adversaires politiques sont jetés en prison ou tués. Un bref rappel des souffrances endurées par les dirigeants géorgiens permettra peut-être au lecteur de mieux saisir le sens et les dessous de la récente mutinerie survenue dans la base militaire géorgienne de Moukhrovani. Celle-ci se trouve à 30 km de Tbilissi, et la mutinerie a été révélée par le vaillant président Mikhaïl Saakachvili et ses acolytes.

Le premier président de la Géorgie indépendante, Zviad Gamsakhourdia, fit exception à la règle, en étant la véritable victime du coup d'Etat militaire commis par Tenguiz Kitovani et Djaba Iosseliani en 1991. A vrai dire, ce coup d'Etat avait été davantage l'oeuvre d'éléments criminels que de militaires.

Edouard Chevardnadze, ancien ministre des Affaires étrangères de l'URSS, ramené de Moscou par ces mêmes Kitovani et Iosseliani au début de 1992, adopta dans un premier temps un comportement modeste, se faisant appeler non pas "président", mais tout simplement "chef de l'Etat". Tant qu'il s'en tint à ce statut, il ne fut pas l'objet d'attentats. Mais, à l'approche de l'élection présidentielle prévue pour l'automne 1995, la menace de putschs et d'attentats était littéralement en suspens dans l'air. Le 29 août 1995, une voiture piégée explosa près de la voiture blindée d'Edouard Chevardnadze. Quelques minutes après, le système politique de la Géorgie changea. Les principaux adversaires de Chevardnadze qui demeuraient en liberté furent considérés comme étant des conspirateurs et se retrouvèrent peu après derrière les barreaux. Quant à Chevardnadze, il apparut à la télévision quelques minutes après cette terrible explosion pour donner une interview télévisée en maillot de corps, blessé au visage par un éclat de verre. Et il remporta l'élection de novembre 1995 en recueillant 75% des voix "pour".

C'est à cette époque, en 1995, que prit corps cette formule classique du coup d'Etat militaire avorté en Géorgie, qui fut exploitée par la suite à maintes reprises tant par Chevardnadze que par Saakachvili. Cette "formule" doit comporter trois ingrédients. Premièrement, il doit y avoir une explosion ou des tirs, desquels le président ressort sain et sauf. Deuxièmement, le soir même, tous les conspirateurs sont identifiés et arrêtés, et des armes sont découvertes à leur domicile. Troisièmement, le complot est obligatoirement orchestré depuis la Russie. L'ancien ministre de la Sécurité, Igor Guiorgadze, fut accusé d'avoir fomenté l'attentat de 1995 et d'être un espion russe. Les attentats et les complots suivants ont étrangement coïncidé avec des élections ou autres situations complexes ayant vu la cote de popularité des présidents géorgiens chuter. Jugez-en vous-mêmes.

9 février 1998: la Mercedes de Chevardnadze est attaquée au lance-grenades "Moukha", mais le président, âgé de 70 ans, s'en sort sans contusions, alors même que la roquette tirée sur sa voiture aurait pu détruire un char. Le président accorde immédiatement toute une série d'interviews, qui font remonter sa cote de popularité à la veille de l'élection. Les traces des malfaiteurs conduisent en Ossétie du Nord où ils sont appréhendés, on ne sait trop pourquoi, par la police de la Russie "impériale".

Mai 1999: le Service de sécurité géorgien annonce avoir déjoué un complot contre Edouard Chevardnadze. Douze personnes sont arrêtées, dont le général Goudjar Kourachvili, ancien commandant des troupes terrestres géorgiennes. Ils sont tous emprisonnés, car ils se fixaient pour objectif d'éliminer physiquement le président du pays, le président du parlement et les responsables des "ministères de force". Les déclarations du général Kourachvili, selon lesquelles il n'avait jamais eu de telles intentions, ne sont pas prises en considération. L'attention de l'opinion publique est ainsi détournée des événements dans les gorges du Pankissi où sévissent les terroristes tchétchènes, qui enlèvent des personnes venues même de Tbilissi.

25 mai 2001: nouvelle tentative de coup d'Etat. Un bataillon de la garde nationale quitte son cantonnement pour envahir la base de Moukhrovani. Chevardnadze négocie avec les émeutiers, après quoi ceux-ci regagnent leur base.

Mai 2003: le président de l'Assemblée législative municipale de Tbilissi, Mikhaïl Saakachvili, révèle l'existence d'un plan de destitution anticipée d'Edouard Chevardnadze, élaboré avec l'aide des services secrets russes. Parmi les conspirateurs, figurent les ministres de l'Intérieur et de la Sécurité d'Etat, ainsi que le ministre d'Etat Djorbenadze, formellement le numéro deux du pays. Le but du complot est de prévenir l'éventuel transfert du pouvoir de Chevardnadze au président du parlement Zourab Jvania, que Saakachvili considère comme son allié.

23 novembre 2004: la "révolution des roses" qui a lieu en Géorgie place au pouvoir des personnalités présentées comme nouvelles. Cependant, les trois chefs de l'"insurrection" - Mikhaïl Saakachvili, Zourab Jvania et Nino Bourdjanadze - doivent leur carrière politique à Edouard Chevardnadze.

6 septembre 2006: Tbilissi annonce la découverte d'un complot organisé par le mouvement d'opposition Anti-Soros. Toute une série de militants de l'opposition sont arrêtés, et notamment la "walkyrie" du mouvement national-démocrate, Irina Sarichvili, ainsi que des membres du parti Justice d'Igor Guiorgadze.

Décembre 2007: l'ancien magnat de la télévision russe, Badri Patarkatsichvili, plus grosse fortune de Géorgie, est accusé de complot et de tentative de coup d'Etat. Ses partisans, semble-t-il, prévoyaient d'organiser des désordres massifs après l'élection présidentielle de janvier 2008 afin de destituer Mikhaïl Saakachvili. Peu après, Badri Patarkatsichvili meurt subitement en émigration.

Mars 2009: des militants du Mouvement démocratique pour la Géorgie unie, le parti de Nino Bourdjanadze, sont arrêtés pour recel d'armes et tentative de déstabiliser la situation dans le pays. Nino Bourdjanadze déclare qu'elle ne serait pas étonnée que l'on découvre chez elle "de la drogue, des armes nucléaires ou chimiques".

Après toute cette énumération, il apparaît clairement que la mutinerie intervenue récemment dans une base militaire n'est qu'un maillon d'une très longue chaîne de complots. On peut se prendre à soupçonner que les dirigeants géorgiens, qui luttent passionnément contre la "Russie stalinienne", n'ont pas perçu le stalinisme qui existe chez eux. Les derniers complots rappellent même de plus en plus non pas le "bloc trotskiste-zinoviéviste", mais le tunnel Bombay-Londres du célèbre film géorgien "Le Repentir", que le personnage principal était accusé - ce qui était vraiment le comble de l'absurdité - d'avoir voulu creuser.

Sources Ria Novosti

 
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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 05:20

Le contentieux Paraguay-Brésil
Barrage d’Itaipu : accord historique ou impérialisme brésilien ?

par Cécile Lamarque
*


Après 10 mois d’âpres négociations, le président brésilien Lula da Silva et son homologue paraguayen Fernando Lugo ont annoncé samedi 25 juillet la conclusion d’une Déclaration qualifiée d’« historique » sur l’exploitation du barrage hydroélectrique d’Itaipu. Forte de 31 points qui recouvrent divers aspects des relations commerciales, énergétiques, migratoires et de l’intégration régionale, et avec des avancées concernant la libre disponibilité et le prix de l’énergie paraguayenne cédée au Brésil, cette Déclaration cache cependant mal la volonté hégémonique du géant brésilien. Si d’aucuns y voient la pleine satisfaction des revendications paraguayennes et une avancée majeure vers la récupération du contrôle de ses ressources naturelles, la Déclaration s’apparente davantage à une « feuille de route » mue par les visées impérialistes du Brésil et visant à calmer les velléités du gouvernement paraguayen de sortir du giron brésilien.




4 août 2009

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Brésil
 Paraguay

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Située sur le fleuve Paraná, à la frontière entre le Paraguay et le Brésil, la centrale hydro-électrique d’Itaïpu s’étend sur 7,2 km de long. Elle est la plus puissante au monde après celle des Trois gorges en Chine.

Le gouvernement paraguayen de Fernando Lugo qui est entré en fonction en août 2008 a entrepris des négociations avec celui de Lula au Brésil pour réviser le traité d’Itaipu, qui fixe l’usage des ressources hydroélectriques relevant de leur souveraineté commune au sein de l’entreprise binationale Itaipu [1]. En effet, ce traité largement déséquilibré au profit du Brésil, conclu à l’époque où les deux pays vivaient sous des dictatures militaires, ôte au Paraguay toute souveraineté sur ses ressources hydroélectriques. Après 10 mois de négociations, marquées fin 2008 par la reconnaissance des revendications paraguayennes les moins préjudiciables aux intérêts brésiliens [2], la Déclaration sur l’exploitation du barrage d’Itaipu conclue samedi 25 juillet entre le président brésilien Lula et son homologue paraguayen Lugo marque un pas en avant dans les négociations et vers la récupération de la souveraineté du Paraguay, aussi longtemps désirée qu’ajournée. Cependant, sous couvert de « respect strict des droits humains, de la souveraineté et de l’autodétermination de peuples », cette Déclaration confirme la volonté impérialiste du géant brésilien.

Maintenir jusqu’en 2023 l’énergie paraguayenne sous la tutelle brésilienne

L’avancée la plus concrète porte sur le prix de l’énergie cédée à Brasilia. En effet, le Traité d’Itaipu, tel qu’il est appliqué depuis 36 ans, viole le droit du peuple paraguayen à disposer librement de ses ressources naturelles [3]. Ses dispositions organisent le partage à part égale de l’énergie produite par les installations d’Itaipu entre les deux pays et donnent à chacune des parties le droit d’acquérir la part d’énergie non consommée par l’autre (article 13). Le Paraguay, qui ne consomme que 5 % de sa part d’énergie (il ne compte que 6 millions d’habitants contre 184 millions pour le Brésil), est contraint de céder son excédent de 95 % au Brésil, au prix de revient, ou presque. Au sein de la commission de renégociation d’Itaipu, l’État paraguayen revendique donc tout naturellement, dans les six points de la renégociation [4], l’exercice de son droit souverain et inaliénable à la libre disponibilité de ses ressources hydroélectriques, en refusant de vendre exclusivement son électricité au Brésil, et en demandant un prix juste pour l’énergie qu’il cède au Brésil afin de dégager plus de ressources financières.

Le 25 juillet, Lula a accepté de tripler le facteur multiplicateur sur base duquel est calculé le prix de l’énergie cédée au Brésil via la compagnie brésilienne Electrobras. Passant de 5,1 à 15,3, le Brésil versera ainsi annuellement environ 360 millions de dollars au Paraguay pour la vente d’électricité à son immense voisin, contre 120 millions actuellement. Cette mesure entrera en vigueur en 2010 et doit être au préalable soumise à l’approbation du Congrès brésilien, dont on connaît l’hostilité à l’égard des revendications paraguayennes...

Si cette avancée est à souligner, on est cependant loin du « prix juste » réclamé initialement par le Paraguay. Ricardo Canese, ingénieur spécialiste en énergie et expert au sein de la Commission de renégociation du traité, estime qu’au prix du marché, le Paraguay devrait retirer pas moins de 4 milliards de dollars pour l’énergie qu’il vend au Brésil [5].

La Déclaration prévoit la possibilité pour le Paraguay de vendre graduellement l’énergie produite sur le marché brésilien, sans passer obligatoirement par la compagnie nationale brésilienne Electrobras, mais non à un pays tiers comme le demandait Asunción, une perspective repoussée à 2023. Ce dernier point, dans lequel le Brésil reconnaît le droit du Paraguay de vendre son énergie à des pays tiers à partir de 2023, ne constitue pas une avancée mais témoigne de l’inflexibilité de l’administration brésilienne et de ses prétentions à préserver ses intérêts sur l’énergie paraguayenne. En effet, le Traité d’Itaipu —à supposer qu’il soit légitime— est en vigueur jusqu’en 2023, date à laquelle le Paraguay pourra de toute façon exercer librement ce droit. Une fois les infrastructures en place (lignes, transformateurs, etc), le Paraguay doit donc pouvoir vendre librement au plus offrant. Par exemple, le Chili propose actuellement de payer entre 120 et 150 US$/MWh pour l’énergie paraguayenne, tandis que sur le marché brésilien les prix fluctuent entre 60 et 70 US$/MWh [6]. De plus, certains analystes considèrent que la vente exclusive sur le marché brésilien jusqu’en 2023 est une victoire en demi-teinte puisque les Brésiliens seront alors encore en mesure d’influer sur la fixation des prix [7].

En outre, la Déclaration fait montre explicitement des visées brésiliennes sur les autres sources d’énergies hydroélectriques paraguayennes dans son point 8, qui prévoit la mise en place d’un groupe de travail composé des deux entreprises nationales d’électricité, l’Administración Nacional de Electricidad (ANDE, Paraguay) et Electrobras (Brésil), afin « d’examiner dans quelles conditions l’ANDE peut commercialiser sur le marché brésilien l’énergie de l’entreprise hydroélectrique d’Acaray et, ensuite, du barrage de Yguazú quand il sera opérationnel, ainsi que les excédents disponibles issues d’autres sources du Paraguay ». Alors qu’il réclame un prix du marché pour son énergie issue d’Itaipu, sans autre examen, le Paraguay devrait logiquement vendre l’énergie issue des autres barrages au prix du marché sans recourir à ce groupe de travail bi-national ! À défaut, on comprendrait mal la lutte historique pour la récupération de la souveraineté hydroélectrique si c’est pour reproduire les mêmes travers via de nouveaux accords favorables au Brésil !

L’annulation des dette illégitimes d’Itaipu vs les prêts de la BNDES

Dans la Déclaration, sans qu’il soit clairement fait mention du caractère illégitime des dettes dont le Paraguay réclame l’annulation [8], Fernando Lugo a toutefois « informé sur l’audit que la Contraloría Generale de la République du Paraguay réalise sur la dette de Itaipú Binacional, et son intention de transmettre ses conclusions à la partie brésilienne ». Le Brésil s’était jusqu’à lors refusé à aborder la problématique de la dette d’Itaipu, au cœur du mécanisme visant à dépouiller le Paraguay de sa souveraineté. Le fait que le Brésil accepte d’inclure expressément à la Déclaration le processus d’audit mené au Paraguay, est donc en soi un pas important.

Face à la juste revendication paraguayenne de procéder à l’annulation des dettes illégitimes au cours de négociations précédentes, le Brésil avait opposé à titre de compensations l’octroi de prêts liés aux entreprises brésiliennes pour financer des projets productifs au Paraguay, alors même que les présidents Lugo et Lula, réunis à l’occasion du Forum social mondial en janvier au Brésil, étaient convenus de ne pas inclure la question des prêts dans les négociations d’Itaipu [9]. Entre autres points de discordes, cette proposition, jugée à juste titre inacceptable par l’équipe paraguayenne de renégociation du Traité, avait fait échouer les négociations en janvier et avril 2009.

Dans la présente Déclaration, sans l’opposer ou la lier directement à l’annulation des dettes, Lula n’a cependant pas manqué de réitérer « l’offre de financements en des termes favorables, avec des ressources de la BNDES (Banco Nacional de Desenvolvimento Econômico e Social - Brésil) et de PROEX (Programme de Financement des Exportations), pour des ouvrages d’infrastructure d’intérêt pour le gouvernement paraguayen », alors qu’on croyait ce point définitivement exclu de l’agenda des négociations d’Itaipu. La BNDES est la Banque nationale de développement économique et social brésilienne, créée pour soutenir l’expansion des grandes entreprises brésiliennes.

En outre, des législateurs et grands industriels brésiliens n’ont pas tardé à réagir à la Déclaration commune. Déjà, les premières objections quant à la hausse du prix versé par le Brésil pour l’énergie cédée par son voisin pleuvent, et le ministre des Mines et de l’Énergie du cabinet de Lula, Edison Lobão, a corrigé le tir : le Brésil ne procéderait pas au paiement des 360 millions de dollars mais celui-ci se matérialiserait au travers d’une réduction des intérêts de la dette d’Itaipu payés par le Paraguay au Brésil ! [10]

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Un brin paternaliste, le président brésilien Lula da Silva félicite son homologue paraguayen Fernando Lugo.
Auprès de la BNDES tu t’endetteras. Les intérêts des firmes brésiliennes tu serviras

La Déclaration transpire de la volonté brésilienne de mettre le Paraguay au service des entreprises brésiliennes afin de leur garantir des contrats ou des investissements. Dans ses articles 21 à 24, la Déclaration met en évidence la nécessité d’avancer, dans le cadre du développement des couloirs bio-océaniques liés à l’Initiative d’intégration de l’infrastructure régionale sud-américaine (IIRSA) [11], dans la construction d’une série de infrastructures, supposées bénéfiques à l’économie des deux pays et de la région (ponts entre les deux pays, interconnexions ferroviaires, etc), et qui bénéficieront des prêts de la BNDES et d’autres agences brésiliennes.

La BNDES dispose d’un portefeuille de prêts de 22 milliards de dollars (plus que la Banque mondiale) et apporte les principaux capitaux des méga projets de l’IIRSA. Les pays qui bénéficient de ces prêts « ne pourront pas employer leurs propres entreprises de construction pour ces travaux financés par la BNDES. Ils seront obligés d’engager des constructeurs brésiliens », parmi lesquels se distinguent Odebrecht, Andrade Gutierrez, Camargo Correa, Queiroz Galvao, etc. De plus, « la BNDES exige que tout le matériel pour les travaux soit importé du marché brésilien » [12].

Au début du XXIe siècle, la nation la plus puissante d’Amérique du Sud entend réaliser ses desseins géostratégiques, non par la conquête militaire —mentionnons la Guerre de la Triple Alliance contre le Paraguay qui a mis fin à l’expérience la plus aboutie de construction nationale anti-oligarchique, anti-impérialiste et anti-libérale en Amérique latine au cours du XIXème siècle [13]— mais par de grands travaux d’intégration régionale et l’expansion de ses principales entreprises. La stratégie brésilienne est on ne peut plus claire et les différends qui opposent ses entreprises aux pays voisins se multiplient. À titre d’exemple, en 2006, par décret présidentiel, la Bolivie a repris le contrôle du secteur des hydrocarbures, remis aux mains de compagnies privés étrangères au cours des années 1980 et 1990, dont la brésilienne Petrobras. Le président Lula a été mis sous pression par la droite brésilienne pour qu’il dénonce la décision bolivienne mais il n’a finalement pas eu d’autre choix que de reconnaître la validité et les effets juridiques de cet acte. Un autre exemple récent est l’expulsion d’Équateur par le président Rafael Correa de l’entreprise de construction brésilienne Odebrecht, qui bénéficie du soutien systématique de l’État brésilien, pour inefficacité et corruption dans le cadre de la construction d’une centrale hydroélectrique (la centrale San Francisco), financée grâce à un prêt de 243 millions de dollars accordé à l’Équateur par la banque brésilienne BNDES, dont le président équatorien a suspendu le paiement.

Entre diplomatie et démonstration de force. Touche pas aux « brasiguayos » !

Le président Lula a exprimé « sa reconnaissance pour l’hospitalité paraguayenne, qui accueille un nombre important de Brésiliens » dont Fernando Lugo convient qu’elle « se maintiendra imperturbable ». On peut y voir là une allusion aux « brasiguayos », ces entrepreneurs brésiliens, qui ont conquis les terres paraguayennes pour y implanter de grandes exploitations basées sur l’agriculture intensive dans un premier temps, et dernièrement le soja transgénique, et que le gouvernement brésilien craint de voir délogés par la réforme agraire au Paraguay, principal engagement lors de la campagne électorale qui a valu à Lugo un soutien populaire massif [14].

En octobre 2008, face aux occupations de plusieurs champs de soja de propriétaires brésiliens, notamment dans les régions de San Pedro et d’Alto Paraná, près de la frontière avec le Brésil, le gouvernement Lula n’a pas hésité à mobiliser des troupes pour défendre ses intérêts, après avoir émis début octobre 2008 le décret 6952, taillé sur mesure, par lequel il autorise des incursions militaires hors de ses frontières en cas d’une éventuelle « agression étrangère », définie dans l’article 2 comme suit : « des menaces ou des actes nuisibles vis-à-vis de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale, du peuple brésilien ou des institutions nationales, même si cela ne représente pas l’invasion du territoire national [15] ». A la mi-octobre et durant une semaine, 10 000 soldats brésiliens ont été dépêchés à la frontière du Paraguay dans le cadre de l’opération baptisée Frontera Sur II. Munis d’un lourd arsenal militaire (avions, tanks, munitions), cette opération a également mené un exercice au sein de l’entreprise Itaipu pour faire face à une éventuelle occupation par les mouvements sociaux ! Le gouvernement paraguayen n’a guère apprécié cette démonstration de force du Brésil et a dénoncé que le Brésil voulait négocier la paix des producteurs de soja en échange d’une petite augmentation du prix de l’énergie qu’il achète au Paraguay.

La révision des titres de propriétés des Brésiliens établis au Paraguay, acquis en grande partie illégalement sous la dictature du général Stroessner puis bradés sous les gouvernements successifs, est une mesure indispensable, au côté de celle des latifundistes nationaux, pour mettre fin à la scandaleuse concentration des terres et tendre vers la souveraineté alimentaire.

Ne pas céder face au géant brésilien

Les relations entre le Paraguay et le Brésil sont mises à l’épreuve sur le dossier énergétique. Du côté du Paraguay, les dirigeants pensent que Lula reste le meilleur interlocuteur sur le dossier Itaipu. Leur objectif stratégique est donc d’arriver à un accord sur Itaipu avant la fin du mandat de Lula en 2010. Les deux chefs d’État ont d’ailleurs convenu de se réunir trimestriellement afin d’apprécier l’application de la déclaration, ce qui laisse peu de temps pour traiter le litige. Du côté du Brésil, on peut percevoir à travers cette déclaration la double tentative de Lula en vue des élections : faire mine, d’une part, de répondre aux mouvements sociaux brésiliens qui soutiennent les revendications paraguayennes concernant l’injustice historique d’Itaipu et témoigner, d’autre part, à travers l’inclusion des points relatifs à la BNDES et aux grands projets de construction, de son soutien indéfectible aux capitalistes et aux entrepreneurs brésiliens.

À l’instar de la Bolivie et de l’Équateur, la posture du gouvernement paraguayen à l’égard du Brésil doit être ferme. Espérons que le Paraguay ne cédera pas face au géant brésilien, maintiendra ses revendications initiales pour la révision du Traité d’Itaipu et mènera un audit de la dette de l’entreprise binationbale Itaipu, qui a accumulé des milliards de dollars de dettes illégitimes, imputables en grande partie au Brésil et à ses entreprises, et dont la charge repose pour moitié sur la partie paraguayenne (soit 9,5 milliards de dollars). Cet audit reste en effet une mesure indispensable pour mettre en avant le poids de cette dette sur le peuple paraguayen [16] ainsi que le processus d’endettement illégitime d’Itaipu. Une des finalités de cet audit pourra alors être la répudiation de cette dette par le gouvernement paraguayen. Comme toujours, la réalisation de ces mesures progressistes dépendra de la pression des mouvements sociaux.

 Cécile Lamarque

Membre du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM).


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[1] Sur l’ancien évêque catholique Fernando Lugo, élu président du Paraguay, voir « Ex obispo es nombrado candidato presidencial en Paraguay », par Matías Mongan, et « Fernando Lugo, nuevo presidente de Paraguay », par TeleSUR, Red Voltaire, 1er et 22 avril 2008. On notera qu’il avait fait du réglement du contentieux Itaipu un de ses principaux thèmes de campagne électorale. Voir également « Fernando Lugo et les enjeux paraguayens », par Cécile Lamarque, CADTM, 23 mai 2008.

[2] La cogestion pleine pour l’administration de l’entreprise binationale ; la gestion commune des finances par la Contraloría du Paraguay et le Tribunal des comptes du Brésil ; terminer les travaux tel qu’il est prévu dans le Traité

[3] Article 1 commun aux deux Pactes de 1966 : “1. Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. 2. Pour atteindre leurs fins, tous les peuples peuvent disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources naturelles, sans préjudice des obligations qui découlent de la coopération économique internationale, fondée sur le principe de l’intérêt mutuel, et du droit international. En aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance. »

[4] Les experts paraguayens en charge du dossier ont remis à leurs homologues brésiliens un mémorandum qui contient les revendications du Paraguay, en six points : - disposer librement de l’énergie pour commercialiser l’excédent à d’autres pays qui offrent un meilleur prix - un prix juste pour l’énergie que le Paraguay cède au Brésil - la révision du passif d’Itaipú et la diminution du taux usurier (7,5%) appliqué par Electrobrás - la cogestion pleine ou alternance pour l’administration des directions techniques et financières - la gestion commune des finances par la Contraloría du Paraguay et le Tribunal des comptes du Brésil - terminer les travaux tel qu’il est prévu dans le Traité.

[5] Raul Zibechi, « Paraguay : el fin de la dictadura colorada », La Jornada, 25 avril 2008,

[6] Voir « Sostiene el ingeniero Ricardo Canese : El acuerdo con Brasil avanza hacia la soberanía energética », ABC digital, 26 juillet 2009.

[7] Voir entre autres « Focalizar venta solo al Brasil sería un error » et « Ségun Gonzalo Quintana, la soberanía sigue pendiente », ABC Digital, 26 juillet 2009.

[8] « Le traité d’Itaipu entre le Paraguay et le Brésil : un scandale qui a trop duré », par Cécile Lamarque, CADTM, 17 décembre 2008. 

[9] « Entrevista a Ricardo Canese : “ La defensa de la soberanía es irrenunciable para el Paraguay” », CADTM, 25 février 2009.

[10] « Brasil bajara los intereses de la deuda por Itaipú », Argenpress, 28 juillet 2009 ; « Paraguay es propietario del 50% de la energía de Itaipú », ABC digital, 28 juillet 2009.

[11] L’IIRSA est un vaste programme d’intégration, qui s’inspire du libre-échange, et comprend la construction de nouvelles routes, de ponts, de voies fluviales et de liaisons énergétiques et de communication spécialement dans les zones tropicales et andines. Ce projet est né à l’initiative du président brésilien Fernando Henrique Cardoso, lors du sommet des présidents d’Amérique du Sud (2000). Il peut compter sur le financement de la Banque interaméricaine de développement (BID), de la Corporation andine de financement (CAF), du Fonds financier du bassin de la Plata (FONPLATA) et d’agences gouvernementales brésiliennes.

[12] Istoé Dinheiro , juin 2004, cité in « Brasil y el difícil camino hacia el multilateralismo », par Raúl Zibechi, Programa de las Américas, 26 février 2006.

[13] Dès la fin de la colonisation espagnole en 1811, l’État paraguayen a pratiqué le protectionnisme pour défendre son industrie nationale et son marché intérieur. Il était alors l’État le plus progressiste de la région. De ce fait, il a été attaqué en 1865 par une coalition de ses trois voisins, le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay, soutenus et stimulés par la Grande-Bretagne, la puissance capitaliste dominante de l’époque, qui craignait la diffusion de l’exemple paraguayen. La guerre meurtrière qui a duré cinq ans n’a laissé en vie qu’un sixième de la population. En outre, le Paraguay s’est vu imposer des sanctions économiques : il a dû remettre des terres aux autres pays - le Brésil s’est retrouvé avec 90 000 kilomètres carrés du Paraguay - et payer des dettes de guerre. Il se retrouva endetté pour la première fois de son histoire, ayant connu de 1811 à 1870 un développement sans recourir à l’endettement extérieur.

[14] Depuis le début du mandat de Lugo, les manifestations et les occupations de terres par les paysans au côté d’autres mouvements sociaux se succèdent pour faire pression sur le gouvernement de Lugo pour la réforme agraire et pour réclamer l’expropriation des propriétés destinées à la culture agressive du soja, aux mains de grands producteurs, dont les brasiguayos.

[15] « Brasil hace una gratuita demostración de fuerza que afecta al Paraguay] », Ultima Hora, 15 octobre 2008,

[16] La charge de la dette est directement supportée par la population paraguayenne vu que son remboursement se fait par l’augmentation des tarifs de l’électricité pour les usagers ! En effet, d’après le Traité, le prix de vente doit être égal au coût de production de l’électricité. Le coût de production inclut le paiement du service de la dette, qui correspond aujourd’hui à 65% du coût.



http://www.voltairenet.org/article161489.html
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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 05:09

Le « péril jaune » fait encore recette
Que se passe-t-il dans le Xinjiang ?

par Domenico Losurdo
*


Une fois de plus la presse occidentale aborde la Chine qu’elle connaît mal au travers du prisme idéologique de la Guerre froide. Ainsi le conflit ethnico-social entre ouigours et hans donne lieu à une récitation sur l’oppression du « régime » de Pékin. Domenico Losurdo démonte ce préjugé.




12 juillet 2009

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Chine

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Affrontements à Urumqi.

Vous vous souvenez de ce qui arrivait pendant les années de Guerre froide, et surtout dans sa phase finale ? La presse occidentale n’avait de cesse d’agiter le thème des réfugiés qui fuyaient la dictature communiste pour conquérir leur liberté. Dans la seconde moitié des années 1970, après la défaite infligée au gouvernement fantoche de Saigon et aux troupes d’occupation états-uniennes, le Vietnam enfin réunifié était décrit comme une énorme prison, d’où s’enfuyaient désespérés les boat people, entassés sur des bateaux de fortune au péril de leur vie. Et, avec les variations dévolues à chaque cas, ce motif était récurrent à propos de Cuba, de la République démocratique allemande et de tout autre pays « excommunié » par le « monde libre ». Aujourd’hui, tout le monde peut constater à quel point, depuis les régions orientales de l’Allemagne, de la Pologne, de Roumanie, d’Albanie etc., malgré la liberté finalement conquise, le flux migratoire vers l’Occident continue voire s’accentue ultérieurement. Si ce n’est que ces migrants ne sont plus accueillis comme des combattants de la cause de la liberté, mais souvent repoussés comme des délinquants, du moins potentiels.

Les modalités de la grande manipulation se révèlent à présent claires et évidentes : la fuite du Sud vers le Nord de la planète, de la zone moins développée (où se situait aussi le « camp socialiste ») vers la zone plus riche et développée, ce processus économique a été transfiguré par les idéologues de la guerre froide comme une entreprise politique et morale épique, exclusivement inspirée par le désir sublime d’atteindre la terre promise, à savoir le « monde libre ».

Une manipulation analogue est encours sous nos yeux. Comment expliquer les graves incidents qui en mars 2008 se sont déroulés au Tibet et qui, à une plus grande échelle, éclatent ces jours-ci au Xinjiang ? En Occident, la « grande » presse d’ « information » mais aussi la « petite » presse de « gauche » n’ont pas de doute : tout s’explique par la politique liberticide du gouvernement de Pékin. Et pourtant, un fait devrait nous faire réfléchir : le fait que la fureur des manifestants, bien plus que les institutions d’État, prenne pour cible les Hans, et surtout les magasins des Hans. Et pourtant, on peut lire sur n’importe quel livre d’histoire que dans le Sud-Est asiatique (dans des pays comme l’Indonésie, la Thaïlande, la Malaisie) la minorité chinoise, qui grâce souvent à son passé de culture d’entrepreneurs exerce un poids économique nettement supérieur à sa dimension démographique, est régulièrement « bouc émissaire et victime de véritables pogroms ». Oui, dans le Sud-Est asiatique « la réussite économique des Hua qiao (des Chinois d’outre-mer) s’est en effet accompagnée de jalousies, qui aboutissent régulièrement à des explosions de violence anti-chinoises qui viennent parfois troubler les relations diplomatiques. Ce fut le cas notamment en Malaisie, tout au long des années 1960, et en Indonésie en 1965, lorsque les troubles internes sont prétexte au massacre de plusieurs centaines de milliers de personnes. Trente ans plus tard, les émeutes qui entourent la chute du dictateur Suharto en Indonésie qui s’en prennent systématiquement à la communauté chinoise, viennent rappeler la fragilité de la situation ». Ce n’est pas un hasard si la haine contre les Chinois a souvent été comparée à la haine contre les juifs.

Avec le développement extraordinaire que sont en train de connaître le Tibet et le Xinjiang, dans ces régions aussi tendent à se reproduire les pogroms contre les Hans, qui sont attirés par les nouvelles opportunités économiques et qui voient souvent leurs efforts couronnés de succès. Le Tibet et le Xinjiang attirent les Hans de la même façon que Pékin, Shangai et les villes les plus avancées de la Chine attirent les entrepreneurs et les techniciens occidentaux (ou Chinois d’outre-mer) : ceux-ci jouent souvent un rôle important dans des secteurs où ils peuvent encore faire valoir leur spécialisation supérieure. Cela n’a pas de sens d’expliquer les graves incidents au Tibet et au Xinjiang par la théorie de l’ « invasion » han, théorie qui ne fonctionne certes pas pour le Sud-Est asiatique. Par ailleurs, même en Italie et en Europe, la lutte contre l’ »invasion » est le cheval de bataille des xénophobes.

Mais revenons maintenant au Xinjiang. Voilà comment est décrite la situation en cours, en 1999, sur la revue Limes du général italien Fabio Mini : un extraordinaire développement est en cours et le gouvernement central chinois est engagé à « « financer, presque sans se préoccuper du retour sur investissement, d’immenses travaux d’infrastructure ». À ce qu’il semble, le développement économique va de pair avec le respect de l’autonomie : « La police locale est composée pour la majeure partie de ouigurs ». Malgré cela, l’agitation séparatiste ne manque pas, « partiellement financée par des extrémistes islamistes, comme les talibans afghans ». Il s’agit d’un mouvement qui « se mêle à la délinquance commune », et qui se couvre d’« infamies ». Les attentats semblent prendre d’abord pour cible les « ouigours tolérants ou "collaborateurs" », ou les « postes de police », contrôlés, comme nous l’avons vu par les ouigours. Dans tous les cas, concluait le général Mini, qui ne cachait pourtant pas ses sympathies géopolitiques pour la perspective séparatiste, « si les habitants du Xinjiang étaient appelés aujourd’hui à un referendum sur l’indépendance, ils voteraient probablement en majorité contre » [1].

Et aujourd’hui ? Dans la Stampa Francesco Sisci écrit de Pékin : « De nombreux Hans d’Urumqi se plaignent des privilèges dont jouissent les ouigours. Ceux-ci, en effet, en tant que minorité nationale musulmane, à niveau égal, ont des conditions de travail et de vie bien meilleures que leurs collègues hans. Un ouigour a la permission, au bureau, d’interrompre plusieurs fois par jour son travail pour accomplir les cinq prières musulmanes traditionnelles quotidiennes […] Ils peuvent en outre ne pas travailler le vendredi, jour férié musulman. En théorie, ils devraient récupérer cette journée en travaillant le dimanche. Mais, de fait, le dimanche, les bureaux sont déserts […] Un autre aspect douloureux pour les Hans, soumis à la dure politique d’unification familiale qui impose encore l’enfant unique, est le fait que les ouigours peuvent avoir deux ou trois enfants. En tant que musulmans, ensuite, ils ont des allocations en plus de leur salaire « étant donné que, ne pouvant pas manger de porc, ils doivent se replier sur l’agneau, qui est plus cher » [2].
Cela n’a pas de sens, alors, comme le fait la propagande pro-impérialiste, d’accuser le gouvernement de Pékin de vouloir effacer l’identité nationale et religieuse des ouigours.

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Rebiya Kadeer, présidente du Congrés mondial ouigour (Washington).

Évidemment, outre, d’un côté, le danger représenté par des minorités empoisonnées, dans certains secteurs, par le fondamentalisme, et d’un autre côté excitées par l’Occident, il faut ne pas oublier le danger du chauvinisme han, qui se fait aussi sentir ces jours-ci : et c’est un problème sur lequel le Parti communiste chinois a toujours attiré l’attention, de Mao Tsé Toung à Hu Jintao. Ceux qui, à gauche, sont enclins à transfigurer le séparatisme des Ouigours feraient bien de lire l’interview donnée, quelques semaines avant les derniers événements, par Rebiya Kadeer, la leader du mouvement séparatiste ouigour. Depuis son exil états-unien, parlant avec une journaliste italienne, voici comment s’exprime la dame susnommée : « Tu le vois, tu te comportes comme moi, tu as la même peau blanche que moi : tu es indo-européenne, tu voudrais être opprimée par un communiste à la peau jaune ? » [3]. Comme on le voit, l’argument décisif n’est pas la condamnation de cette « invasion » han et n’est même pas l’anticommunisme. Plutôt, la mythologie aryenne, ou « indo-européenne », exprime-t-elle toute sa répugnance pour les barbares à la « peau jaune ».

 Domenico Losurdo

Philosophe et historien communiste, professeur à l’université d’Urbin (Italie). Dernier ouvrage traduit en français : Nietzsche philosophe réactionnaire : Pour une biographie politique.


Les articles de cet auteur


Traduction Marie-Ange Patrizio
Les articles de cet auteur



Références bibliographiques :
La Chine, une puissance encerclée ?, par Jean-Vincent Brisset, IRIS, Paris. (142 pp., 2002)
Géopolitique de la Chine, par Jean-François Dufour, Complexe, Bruxelles (143 pp., 1999).



http://www.voltairenet.org/article161018.html
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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 05:00

Tueur en série
Robert McNamara, artisan de la mise au pas des peuples

par Damien Millet
*, Éric Toussaint*



Alors que l’administration Obama rend un hommage appuyé à Robert McNamara, décédé le 6 juillet 2009, Damien Millet et Éric Toussaint reviennent sur son bilan. L’homme ne fut pas seulement le secrétaire à la Défense qui théorisa la riposte nucléaire graduée et organisa la destruction du Vietnam en espérant l’empêcher de devenir communiste. Il fut aussi le directeur de la Banque mondiale qui utilisa les prêts bancaires pour étendre la zone d’influence états-unienne. À ce titre, il fut l’architecte de l’actuelle dette des pays du Sud.




8 juillet 2009

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Thèmes
Globalisation économique

Portraits
Robert McNamara

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Robert McNamara (1916-2009).

Robert McNamara, qui vient de s’éteindre à l’âge de 93 ans, est peu connu du grand public. Pourtant, son action entre le début des années 1960 et celui des années 1980 a contribué à façonner l’économie mondiale d’aujourd’hui. A côté des hommages qui lui seront rendus, il est essentiel de se placer du côté des peuples qui ont été confrontés à son action pour comprendre l’étendue des ravages causés par sa carrière, appuyée sur le triptyque « commerce, guerre, dette ».

Premier PDG de la multinationale automobile Ford à ne pas être membre de la famille Ford, McNamara ne le restera que cinq semaines avant de devenir secrétaire à la Défense des États-Unis sous la présidence de John F. Kennedy (1961-1963), poste qu’il a conservé sous le président Lyndon B. Johnson (1963-1968). McNamara est donc l’un des principaux artisans de l’agression militaire des États-Unis contre le Vietnam, guerre bien souvent surnommée « la guerre de McNamara »… Il a exercé des pressions incessantes pour y envoyer davantage de troupes militaires, au total plus de 500 000 soldats. Environ 1 million de combattants communistes vietnamiens et 4 millions de civils ont été tués entre 1961 et 1975. Des années plus tard, McNamara reconnaîtra ses torts : « Nous, membres des administrations Kennedy et Johnson parties prenantes aux décisions sur le Vietnam [...] avons eu tort, terriblement tort. » Il ajoutera même : « Je n’avais jamais visité l’Indochine et je ne comprenais rien à son histoire, à sa langue, à sa culture, à ses valeurs. Je n’y étais en rien sensible. […] Quand il s’agissait du Vietnam, nous nous trouvions en position de décider d’une politique pour une terra incognita. » [1]

En 1968, alors que la situation est devenue inextricable pour les États-Unis, McNamara est nommé président de la Banque mondiale [2]. Il va agir à la tête de cette institution comme un missionnaire poursuivant une campagne anticommuniste et vivra personnellement cette expérience comme une résurrection.

En 1968, alors qu’il était encore secrétaire à la Défense, il déclara : « La mort d’Ernesto Che Guevara en Bolivie à l’automne 1967 a porté un coup sévère aux espérances des révolutionnaires castristes. Mais la seule riposte est une réponse insuffisante à ce problème » [3]. Lors d’une réunion des gouverneurs de la Banque mondiale, McNamara expliqua quelques années plus tard en quoi la réduction de la pauvreté était une condition politique pour rester au pouvoir : « Trop peu, trop tard, tel est l’épitaphe la plus généralisée dans l’histoire pour les régimes qui sont tombés devant la clameur des hommes sans terre, sans travail, marginalisés et soumis, poussés vers le désespoir. Pour cette raison, l’application de politiques destinées spécifiquement à réduire la pauvreté des 40 % les plus pauvres de la population des pays en développement est recommandable non seulement pour une raison de principe, mais aussi par prudence. La justice sociale n’est pas seulement une obligation morale, mais aussi un impératif politique. » [4]

Son arrivée marque un réel tournant pour la Banque mondiale qui donne alors un coup d’accélérateur à la dette en l’utilisant comme une véritable arme géopolitique. De 1968 à 1973, la Banque mondiale accorde davantage de prêts que pendant la période 1945-1968, soit plus en 5 ans que pendant les 23 premières années de son existence. Elle incite également les pays du Sud à emprunter massivement afin de financer la modernisation de leur appareil d’exportation et de les connecter plus étroitement au marché mondial. En fait, McNamara pousse les pays du Sud à se soumettre aux conditions associées à ces prêts, à accepter des infrastructures inutiles, des budgets sociaux insuffisants, de grands barrages ruineux dans un environnement saccagé, des dettes colossales… L’appât utilisé : des liquidités mises à disposition des gouvernements en place sans aucun mécanisme de lutte contre la corruption et le détournement de fonds publics. En échange de ces liquidités, les gouvernants acceptent la plupart des recommandations de la Banque mondiale.

À qui ces prêts sont-ils accordés ? En pleine Guerre froide, la Banque mondiale agit pour contrecarrer l’influence soviétique et les différentes tentatives nationalistes et anti-impérialistes. Comme l’a souligné un rapport de l’Assemblée nationale française, son « rôle était de fidéliser la clientèle du tiers-monde en faveur du monde occidental » [5]. La stratégie a été double : les prêts ont été utilisés aussi bien pour soutenir les alliés que pour asservir les récalcitrants. Joseph Stiglitz l’a dit franchement : « Dans de nombreux cas, les prêts étaient destinés à corrompre des gouvernements pendant la Guerre froide. Le problème n’était pas alors de savoir si l’argent favorisait le bien-être du pays, mais s’il conduisait à une situation stable, étant donné les réalités géopolitiques mondiales » [6]

Les choix de la Banque mondiale sous McNamara sont largement déterminés par les critères suivants :
- éviter le maintien de modèles de développement autocentrés ;
- soutenir financièrement de grands projets qui permettent d’augmenter les exportations des principaux pays industrialisés ;
- refuser d’aider des régimes considérés comme des menaces par le gouvernement des États-Unis et d’autres actionnaires importants ;
- tenter de modifier la politique de certains gouvernements des pays dits socialistes afin d’affaiblir la cohésion du bloc soviétique. C’est dans ce cadre qu’un soutien a été apporté à la Roumanie à partir des années 1970 au moment où Ceausescu exprimait des velléités d’éloignement à l’égard du Comecon et du Pacte de Varsovie ;
- soutenir des alliés stratégiques du bloc capitaliste occidental, des États-Unis en particulier (exemples : l’Indonésie de Suharto, le Zaïre de Mobutu, les Philippines sous Marcos, le Brésil de la dictature à partir de 1964) ;
- tenter d’éviter ou de limiter, autant que faire se peut, un rapprochement des gouvernements des pays en développement avec le bloc soviétique ou la Chine : essayer par exemple d’éloigner l’Inde et l’Indonésie du temps de Soekarno de l’URSS ;
- tenter, à partir de 1980, d’intégrer la Chine dans le jeu d’alliances des États-Unis.

Pour mener cette politique, la Banque mondiale applique une tactique généralisée : elle mène la vie dure à un gouvernement de gauche confronté à une opposition de droite de manière à l’affaiblir et à favoriser l’accession de la droite au pouvoir. Selon la même logique, McNamara est moins exigeant à l’égard d’un gouvernement de droite confronté à une opposition de gauche afin d’éviter de l’affaiblir et d’empêcher la gauche d’accéder au pouvoir. L’orthodoxie monétariste est à géométrie variable : les variations dépendent bien de facteurs politiques et géostratégiques.

Quelques cas concrets – le Chili, le Brésil, les Philippines, l’Indonésie et la Roumanie - illustrent ce qui vient d’être avancé.

1. Le Chili. Lorsque le gouvernement démocratique du socialiste Salvador Allende est élu en 1970, McNamara décide de retirer le financement de la Banque mondiale. Dès que le général Pinochet renverse Allende le 11 septembre 1973 et déclenche une répression massive autant que sanglante, McNamara intervient pour que la dictature reçoive un appui financier [7]. Car comme l’a dit Henry Kissinger à ce moment-là : « Je ne vois pas pourquoi nous laisserions un pays devenir marxiste simplement parce que son peuple est irresponsable. »

2. Le Brésil. Le régime démocratique du président Joao Goulart est renversé par les militaires en avril 1964. Le lendemain, les États-Unis reconnaissent le nouveau régime militaire, qui organise une forte répression, interdit les grèves, provoque une forte chute des salaires réels, supprime les élections au suffrage direct, décrète la dissolution des syndicats et recourt régulièrement à la torture.

À partir de 1968, McNamara se rend régulièrement au Brésil où il ne manque pas de rencontrer le gouvernement des militaires. Les rapports publics de la Banque font systématiquement les louanges de la politique de la dictature en ce qui concerne la réduction des inégalités [8]. En interne, cependant, les discussions peuvent tourner à l’aigre. Lorsque le sous-directeur du département Projet, Bernard Chadenet, déclare que l’image de la Banque va se dégrader suite au soutien qu’elle apporte au gouvernement répressif du Brésil, McNamara reconnaît qu’il y a une répression très forte (« a tremendous amount of repression »). Mais il ajoute que « ce n’était pas nécessairement très différent de ce qui avait lieu lors des gouvernements antérieurs et ça ne semblait pas bien pire que dans d’autres pays membres de la Banque. Est-ce que le Brésil était pire que la Thaïlande ? » [9] Quelques jours plus tard, McNamara poursuit : « Il ne semblait pas y avoir la possibilité d’une alternative viable au gouvernement des généraux. » [10]

3. Les Philippines. Robert McNamara considère que les Philippines, où se trouvent des bases militaires des États-Unis, tout comme l’Indonésie et la Turquie, représentent un tel enjeu stratégique qu’il faut à tout prix renforcer les liens entre la dictature de Ferdinand Marcos et la Banque mondiale. Prêter de l’argent est un moyen de pression. Les historiens de la Banque mondiale n’hésitent pas à écrire : « Les Philippines représentaient alors un cas où la loi martiale avait déclenché un grand volume de prêts de la Banque. Marcos a écarté le Parlement et a commencé à gouverner par décrets présidentiels en août 1972. McNamara et les fonctionnaires de la Banque ont salué ce changement » [11]. Un des premiers actes posés par Ferdinand Marcos après l’instauration de la dictature consiste à supprimer le plafond d’endettement public que le Parlement philippin a instauré en 1970. La réglementation abrogée fixait à un milliard de dollars la marge d’endettement du gouvernement avec un plafond annuel de 250 millions de dollars. Ferdinand Marcos fait sauter ce verrou, ce qui ravit la Banque mondiale [12]. Robert McNamara annonce que la Banque mondiale est disposée à multiplier au moins par deux les montants prêtés [13]. Il est trop tard pour augmenter les prêts pour 1973 au grand dam de Robert McNamara. Qu’à cela ne tienne : la Banque met les bouchées doubles et en 1974, elle multiplie par 5,5 le montant de 1973 (165 millions au lieu de 30) [14].

La Banque mondiale et le FMI sont à ce point publiquement derrière la dictature qu’ils organisent leur assemblée annuelle en 1976 à Manille. À noter également que la Banque mondiale, en collaboration avec les Fondations Ford et Rockfeller, a implanté aux Philippines un des trois centres de recherche de la révolution verte.

4. L’Indonésie. Le président nationaliste et progressiste Ahmed Soekarno nationalise toutes les entreprises privées étrangères (sauf les compagnies pétrolières). Il quitte le FMI et la Banque mondiale en août 1965 et décide de prendre en main le pays de manière indépendante. C’est alors qu’intervient militairement, le 30 septembre 1965, le général Mohamed Suharto, soutenu par Washington. À la tête de l’armée, il lance une répression massive contre les partis de gauche en prenant pour cible principale le PKI (le parti communiste indonésien) : entre cinq cents mille et un million de civils sont assassinés pour la seule raison d’appartenance au PKI ou de sympathies envers lui [15]. En mars 1966, Suharto obtient finalement de Soekarno que celui-ci lui transfère officiellement le pouvoir. Six jours plus tard, le gouvernement des États-Unis annonce qu’il ouvre une ligne de crédit à l’Indonésie pour un montant de 8,2 millions de dollars afin qu’elle achète du riz états-unien [16]. Le 13 avril 1966, l’Indonésie rejoint la Banque mondiale [17]. En 1966 toujours, Lyndon B. Johnson, président des États-Unis, se déplace pour visiter ses troupes au Vietnam et insiste, dans un de ses discours, sur le modèle indonésien [18].

Ce modèle, « l’Ordre Nouveau » de l’ère Suharto, utilise régulièrement la terreur et l’élimination physique, et aligne en fait sa politique sur celle des États-Unis. Quand Robert McNamara arrive à la présidence de la Banque en avril 1968, il constate que l’Indonésie (avec la Chine de Mao) est le seul pays très peuplé avec lequel la Banque n’a pas de relation importante. Il faut rattraper le retard et son premier déplacement en tant que président de la Banque mondiale est pour l’Indonésie, dès juin 1968. Il n’y est pas dépaysé : le dictateur Suharto s’est entouré d’économistes formés aux États-Unis grâce à la Fondation Ford [19].

Les relations entre eux sont idylliques : « McNamara et le président Suharto se portaient une admiration réciproque [20] » ; « Lorsqu’ils s’engageaient au quotidien dans des discussions politiques, la Banque et le gouvernement se comportaient comme un couple de vieux copains » [21] ; « Aux yeux du président, l’Indonésie était le joyau de la couronne des opérations de la Banque » [22].

5. La Roumanie. À partir de 1947, la Roumanie s’intègre au bloc soviétique. En 1972, la Roumanie est le premier pays du glacis soviétique à rejoindre la Banque.

La Banque entreprend dès 1973 de négocier avec Bucarest le début d’une politique de prêts qui atteint très vite un volume tout à fait appréciable. En 1980, la Roumanie devient le huitième en importance sur la liste des emprunteurs de la Banque. Un des historiens de la Banque, Aart van de Laar, raconte une anecdote significative qui remonte à 1973. Il assistait début 1973 à une réunion de la direction de la Banque qui avait à son agenda le début de l’octroi de prêts à la Roumanie. Devant l’incrédulité de certains dirigeants qui critiquaient l’absence de rapport fouillé sur la Roumanie, Robert McNamara aurait déclaré qu’il avait une grande confiance dans la moralité financière des pays socialistes en termes de remboursement de la dette. Ce à quoi un des vice-présidents de la Banque, présent à la réunion, aurait répondu que « le Chili d’Allende n’était peut-être pas encore devenu assez socialiste » [23]. McNamara serait resté de glace. Ce sont donc manifestement des considérations politiques qui décidèrent la Banque à entamer des relations étroites avec la Roumanie. Il s’agit de déstabiliser l’URSS et le bloc soviétique dans le contexte de la Guerre froide en entretenant des relations étroites avec la Roumanie. Le manque de démocratie interne et la répression policière systématique n’ont pas l’air de dissuader davantage la Banque dans ce cas comme dans d’autres.

Au contraire, la Roumanie devient un des plus gros clients de la Banque qui finance des grands projets (mines de charbon à ciel ouvert, centrales électriques thermiques) dont les effets négatifs en termes de pollution sont facilement décelables. Pour l’exploitation des mines de charbon à ciel ouvert, les autorités roumaines déplacent des populations qui, jusque là, étaient actives dans l’agriculture.

En résumé, d’une part, la Banque mondiale a soutenu les alliés stratégiques des États-Unis dans les différentes régions du globe —même les pires dictatures— pour renforcer la zone d’influence états-unienne. D’autre part, la Banque mondiale a prêté de manière conditionnelle à des pays qui tentaient d’appliquer des politiques en rupture avec le modèle capitaliste dominant, afin d’acquérir un droit de regard sur les politiques économiques pratiquées par ces pays. McNamara s’efforce donc de stopper le développement de politiques indépendantes et de ramener dans le giron des grandes puissances industrielles nombre de dirigeants qui avaient pris leurs distances (Nasser en Égypte, N’Krumah au Ghana, Manley en Jamaïque, Soekarno en Indonésie…). Quand des dirigeants du Sud refusaient de s’y plier, les puissances du Nord n’hésitaient pas à les renverser en mettant en place des dictatures (assassinat de Lumumba dans l’ex-Congo belge en 1961, d’Olympio au Togo en 1963, d’Allende au Chili en 1973) ou à intervenir militairement, par exemple au Vietnam justement [24]. La Banque mondiale venait ensuite à la rescousse des dictatures avec des financements massifs, très souvent détournés.

Les données géopolitiques constituent donc la toile de fond du processus d’endettement des pays du Sud. Au début des années 1980, les pays du Sud, surendettés, subissent de plein fouet la hausse brutale des taux d’intérêt et la dégringolade des cours des matières premières, qu’ils produisent de plus en plus pour rembourser leur dette, mais pour lesquels ils se font concurrence alors que la demande n’a pas augmenté au Nord. En cours de jeu, les règles changent brusquement. Les conséquences seront terribles pur les peuples du Sud qui sont contraints par le FMI et la Banque mondiale de se saigner aux quatre veines pour rembourser de riches créanciers.

Rien n’a été fait pour amortir le choc et le risque qu’une crise de la dette survienne était connu très tôt des grands argentiers. Malgré cela, ils ont poussé pour accroître l’endettement des pays du Sud et annihiler ainsi toute forme de développement. En fait, la Banque mondiale était en concurrence avec les banques privées pour octroyer un maximum de prêts le plus vite possible. Jusqu’à l’éclatement de la crise en 1982, la Banque mondiale tient un double langage : l’un, officiel, destiné au public et aux pays endettés dit qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter et que les problèmes éventuels seront de courte durée ; l’autre, alarmant, est tenu à huis clos lors des discussions internes.

Par exemple, McNamara écrit en 1973 : « À la fin de 1972, la dette s’élevait à 75 milliards de dollars et le service annuel de la dette dépassait 7 milliards de dollars. Le service de la dette a augmenté de 18% en 1970 et de 20 % en 1971. Le taux moyen d’augmentation de la dette depuis la décennie de 1960 a représenté presque le double du taux de croissance des revenus d’exportation avec lesquels les pays endettés doivent assurer ce service de la dette. Cette situation ne peut continuer indéfiniment » [25].Dans le même temps, il maintient la pression sur les pays du tiers-monde afin qu’ils accroissent leur endettement.

Dans un mémorandum interne de la Banque mondiale rédigé en octobre 1979, on peut lire que si les banques perçoivent que les risques augmentent, elles réduiront les prêts et « nous pourrions voir une grande quantité de pays se retrouver dans des situations extrêmement difficiles » [26]. Dans son Rapport sur le développement dans le monde 1980, la Banque mondiale présente pourtant l’avenir de manière optimiste, prévoyant que les taux d’intérêt réels vont se stabiliser au niveau très bas de 1 %, ce qui était totalement irréaliste. Grâce à des historiens de la Banque mondiale, nous apprenons que dans la première version non publiée du rapport, figure une deuxième hypothèse basée sur un taux d’intérêt réel de 3 %. Cette projection montrait que la situation serait à terme intenable pour les pays endettés. McNamara a demandé qu’on retire ce scénario noir de la version à publier [27] !

Dans le Rapport sur le développement dans le monde publié en 1981 quelques mois avant le départ de la présidence de McNamara, on peut lire : « Il semble très probable que les emprunteurs et les prêteurs vont s’adapter aux conditions changeantes sans précipiter une crise générale de confiance [28]. » Le 20 août 1982, après avoir remboursé des sommes considérables au cours des sept premiers mois de l’année, le Mexique annonce qu’il n’est plus en mesure de continuer les paiements. La crise se répand comme une traînée de poudre. Les pays en développement en paient encore les conséquences aujourd’hui.

McNamara est coresponsable des crimes commis par le gouvernement des États-Unis au Vietnam, il est également largement responsable de la politique de la Banque mondiale qui a soutenu systématiquement les dictatures et mené les pays du Sud à un surendettement tragique. L’action de McNamara pendant 20 ans avait deux objectifs qui ont été mené à bien : reprendre l’avantage à l’égard de pays qui avaient affirmé leur volonté d’indépendance et augmenter le degré d’exploitation des peuples du Sud.

Damien Millet

Damien Millet est secrétaire général du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Dette odieuse (avec Frédédric Chauvreau), CADTM/Syllepse, 2006. .


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Éric Toussaint

Président du CADTM Belgique (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Banque du Sud et nouvelle crise internationale, CADTM/Syllepse, 2008.


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[1] Robert McNamara, Avec le recul, La tragédie du Vietnam et ses leçons, Seuil, 1996.

[2] A comparer avec la nomination en 2005 de Paul Wolfowitz, secrétaire adjoint à la Défense, stratège de la guerre contre l’Irak et l’Afghanistan, à la tête de la Banque mondiale alors que la stratégie politique et militaire de Washington était en échec.

[3] Robert McNamara, Cien países, Dos mil millones de seres, Tecnos, 1973, p. 29

[4] Robert McNamara, Cien países, Dos mil millones de seres, Tecnos, 1973, p. 139-140.

[5] Rapport 2000 de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale sur Les activités et le contrôle du FMI et de la Banque mondiale.

[6] « L’Autre mondialisation », Arte, 7 mars 2000.

[7] Voir Eric Toussaint, La Banque mondiale, le Coup d’État permanent, CADTM-Syllepse, 2006, chapitre 6, p. 88.

[8] Détails dans Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p. 274-282

[9] World Bank, “Notes on Brazil Country Program Review, December 2, 1971” in Détails dans Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. op.cit., p. 276.

[10] Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. op.cit., p. 276.

[11] D. Kapur, J. Lewis, R. Webb, 1997, op. cit., p. 558.

[12] Voir Cheryl Payer, 1991, p. 82

[13] Les historiens de la Banque mondiale rendent public un compte-rendu interne d’une réunion au plus haut niveau entre McNamara et ses collègues : “Une réunion plutôt surprenante ! En effet, il n’y a plus été question des critiques des premières années relatives à la politique, à la corruption et à l’inégalité des revenus mais elle a plutôt montré un sentiment généralisé d’assentiment pour l’augmentation des prêts. Et l’équipe du département qui avait préparé un document prudent concernant les Philippines (Country Program P) était sidérée. L’ordre du jour de la réunion est de travailler à l’intérieur du système. (La politique du gouvernement philippin n’est pas nécessairement pire qu’en Thaïlande mais elle fait l’objet de plus de publicité). Nous devons avoir pour objectif de prêter en moyenne 120 millions de dollars par an pour les prochaines années de 1974 à 1978, 50% de plus que ce qui était prévu ». (World Bank, “Notes on the Philippines Country Program Review, July 28, 1972,” prepared by H. Schulmann on August 15, 1972, cité par D. Kapur, J. Lewis, R. Webb, 1997, vol. 1., p. 303) (World Bank, “Notes on the Philippines Country Program Review, July 28, 1972,” prepared by H. Schulmann on August 15, 1972, cité par D. Kapur, J. Lewis, R. Webb, 1997, vol. 1., p. 303) (…)“Un miracle s’est produit aux Philippines. Il est cependant philosophiquement gênant que ce miracle se soit produit sous les auspices d’une dictature militaire. Monsieur Cargill a dit qu’il ne pensait pas que le miracle allait continuer « mais tant que c’est le cas et seulement tant que c’est le cas, continuons à le soutenir » lança McNamara ».Memorandum, Alexis E. Lachman to John Adler, December 27, 1973, with attachment, “Philippines Country Program Review, December 19, 1973, cite par D. Kapur, J. Lewis, R. Webb, 1997, vol. 1., p. 304)

[14] En 1980, la Banque mondiale prêta 400 millions.

[15] « 1965 : Indonésie, laboratoire de la contre-insurrection », par Paul Labarique, Réseau Voltaire, 25 mai 2004.

[16] Voir Cheryl Payer, The Debt Trap : The International Monetary Fund and the Third World, Monthly Review Press, 1974.

[17] Voir Devesh Kapur, John P. Lewis, Richard Webb, op. cit.

[18] ARTE, Les mercredis de l’histoire : Massacre en Indonésie, Australie, France, Thirteen WNET New York, Arte France,YLE TV2 Documentaires, Australian Film Finance Corporation, Hilton Cordell/Vagabond films production, BFC Productions, c.2001.

[19] Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. op.cit., p. 467-471

[20] Idem, p. 469.

[21] Ibid., p.470.

[22] Ibid , p. 493.

[23] Van de Laar, Aart. 1980. The World Bank and the Poor, Martinus Nijhoff Publishing, Boston/The Hague/London, p.40.

[24] Voir Damien Millet et Eric Toussaint, 60 Questions 60 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale, CADTM-Syllepse, novembre 2008.

[25] Robert McNamara, Cien países, Dos mil millones de seres, Tecnos, 1973, p.94.

[26] D. Kapur, J. Lewis, R. Webb, 1997, op. cit., p.599.

[27] Ce scénario, bien que plus proche de ce qui se passa réellement, était pourtant encore trop optimiste.

[28] Cité par Nicholas Stern et Francisco Ferreira, « The World Bank as ‘intellectual actor’ », 1997, in Devesh Kapur, John P. Lewis, Richard Webb, The World Bank, Its First Half Century, Volume 2, 1997, p.559.



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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 04:55

Derrière la visite d’Obama au Ghana
par Manlio Dinucci
*

Après avoir tendu la main aux musulmans (tout en tentant de déstabiliser l’Iran), avoir tendu la main aux Russes (tout en continuant à préparer l’installation en Europe de l’Est de missiles pointés sur eux), le président Obama tend la main aux Africains. Partout, il propose de refonder les relations avec les États-Unis sans solder les crimes du passé. Manlio Dinucci révèle ce qui se cache derrière cette soudaine sollicitude.




12 juillet 2009

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Pays
États-Unis
 Ghana

Thèmes
Contrôle de l’Afrique
 Administration Obama : le changement dans la continuité

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Le président états-unien Barack Obama accueilli par son homologue ghanéen John Atta Mills, le 10 juillet 2009 à Accra. (photo Xinhua).

Le G8 de L’Aquila (Italie) terminé, sur le thème « Afrique et sécurité alimentaire », le président Obama est parti pour Accra, capitale du Ghana, où il a prononcé, le 11 juillet, un discours fondé sur l’idée que les Africains sont responsables pour l’Afrique et doivent être aidés à développer leurs propres capacités économiques en assurant la démocratie [1]. Il n’est pas arrivé les mains vides : c’est lui, dit-on à la Maison-Blanche, qui a persuadé le G8 d’attribuer 20 milliards de dollars, distribués en trois ans, pour la « sécurité alimentaire » dans le monde. Les « Grands de la Terre » et les aspirants à ce grade, se présentent ainsi comme des bienfaiteurs, promettant de destiner à la lutte contre la faim, en une année, ce qu’ils dépensent en armées et armements en deux jours. Les pays du G8 élargi totalisent en effet plus de 80 % de la dépense militaire mondiale qui a dépassé les 1 500 milliards de dollars annuels, dont plus de la moitié est constituée par la dépense états-unienne.

Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si, en Afrique, les États-Unis ont fondé leur politique sur l’instrument militaire. L’administration Bush a créé un commandement spécifique pour le continent, l’AfriCom [2], qui a ses deux sous-commandements en Italie : le US Army Africa, dont le quartier général est à la Caserne Ederlé de Vicence, et le commandement des forces navales AfriCom, situé à Naples. Le quartier général de Vicence opère sur le continent africain avec des « petits groupes », mais il est prêt pour des opérations de « riposte aux crises » avec la 173ème brigade aéroportée. Le commandement de Naples s’occupe des opérations navales : parmi celles-ci l’ « Africa Partnership Station », dont la mission est le déploiement de navires de guerre le long des côtes de l’Afrique occidentale, avec, à bord, du personnel provenant aussi d’autres pays, y compris des officiers italiens et français. À travers les programmes d’entraînement et de manœuvres, l’AfriCom prend appui sur les élites militaires pour amener le plus grand nombre de pays africains dans la sphère d’influence états-unienne.

Dans ce cadre, le rôle du Ghana est important. Ses officiers se sont formés au Centre d’études stratégiques pour l’Afrique, institué par le Pentagone, et dans divers programmes de l’US Army, en particulier l’Acota, à travers lequel ont été entraînés 50 000 soldats et instructeurs africains. L’armée de terre et la marine US ont aussi eu accès aux bases militaires et ports du pays. Le Ghana contribue ainsi à la « sécurité » du Golfe de Guinée, d’où provient une part croissante du pétrole importé par les USA (15 %, qui devraient monter à 25 % en 2015). En même temps, les forces armées du Ghana sont utilisées pour des opérations de « maintien de la paix » non seulement au Soudan (Darfour) [3], au Congo et dans d’autres pays africains, mais aussi au Liban, au Kosovo, et jusqu’en Géorgie. De façon parallèle, la présence économique s’est accrue au Ghana, où elle a cependant une forte concurrence chinoise. Comme en informe le département d’État, la découverte de grosses réserves pétrolières dans les fonds marins a attiré au Ghana de nombreuses compagnies états-uniennes, pendant que d’autres opèrent dans les secteurs minier et agricole. Le pays est riche en or, diamants, bauxite, manganèse, dont il est un des plus grands exportateurs. C’est aussi un des principaux exportateurs de cacao, produit par un million et demi de petites et moyennes entreprises agricoles. L’agriculture ghanéenne n’assure pourtant pas l’autosuffisance alimentaire. Et comme l’exploitation des ressources agricoles du pays est contrôlée par les multinationales, le bilan commercial du Ghana est en forte perte. Obama, dans son discours, n’a pas dit comment il pourrait être rééquilibré.

 Manlio Dinucci

Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Geograficamente. Per la Scuola media (3 vol.), Zanichelli (2008) ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, DeriveApprodi (2005).


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Traduction Marie-Ange Patrizio
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Cet article a été originellement publié dans l’édition de samedi 11 juillet 2009 de Il manifesto, sous le titre : « Oggi Obama in missione in Ghana, sede del comando Usa AfriCom »



 

[1] « Entretien du président Obama avec AllAfrica.com », Réseau Voltaire, 2 juillet 2009.

[2] « Africom : Control militar de EEUU sobre la riqueza de África », par Bryant Hunt, Red Voltaire, 1er avril 2008. « Triste activation pour l’AfriCom », par Stefano Liberti, Réseau Voltaire, 6 octobre 2008.

[3] « Africom’s Covert War in Sudan », par Keith Harmon Snow, Voltaire Network, 11 mars 2009.



http://www.voltairenet.org/article160997.html
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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 04:49

La Russie se tourne
vers la Chine




22 juin 2006

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 Russie (Fédération de)
 Chine

Thèmes
 Pétrole et ressources énergétiques

Pendant longtemps, les compagnies chinoises n’ont pas eu accès au sous-sol russe, selon le quotidien Vedomosti.

Elles ont été contraintes de renoncer à participer à la privatisation de Slavneft, à l’appel d’offres pour Youganskneftegaz et à l’achat de la compagnie Stimoul. Cependant, cette année, la compagnie publique Rosneft a fait savoir son intention de créer une coentreprise avec la CNPC, compagnie nationale chinoise de pétrole et de gaz. Ces jours-ci, on a eu vent d’une transaction entre China Petroleum & Chemical Corp. (Sinopec), Odmourdneft et Rosneft.

Dmitri Orlov, directeur général de l’Agence de communications politiques et économiques : la décision de construire une ramification de l’oléoduc du Pacifique vers Daquing a changé la donne, faisant passer le partenariat avec la Chine d’un simple dialogue à un renforcement sérieux. On peut l’interpréter comme un signe de la diversification de la stratégie énergétique. Nous ne pouvons pas dépendre d’un seul consommateur ou d’un petit groupe de consommateurs.

Alexandre Konovalov, président de l’Institut d’analyses stratégiques : on en parle sans cesse depuis le « triangle » de Primakov : Russie-Inde-Chine. Mais ce ne sera pas le cas à moyen terme. Cependant, des facteurs objectifs obligent les pays à écarter ou oublier leurs contradictions. A présent, nos rapports avec la Chine sont excellents, ils sont meilleurs qu’à l’époque de Staline. Mais la Chine restera longtemps un facteur d’incertitude : les rapports avec ce pays seront tantôt meilleurs, tantôt pires. Quant au sous-sol, il vaut mieux le contrôler ou le reprendre.

Serguei Sanakoïev, chef du Centre russo-chinois de coopération commerciale : effectivement, un important virage vers la Chine a eu lieu. Mais il ne s’est pas produit instantanément. Dès 2003, la possibilité éventuelle de la participation de compagnies chinoises à l’extraction et au transport des hydrocarbures russes avait été discutée au niveau des chefs d’État. Certes, les compagnies russes ont leur propre intérêt commercial et un tel concurrent n’est pas à leur avantage. Mais les intérêts de la Russie prévalent sur ceux de certaines compagnies. La Chine est importante pour la Russie en tant que partenaire stratégique avec qui on peut concerter les projets de développement de divers secteurs, y compris ceux de haute technologie.

 Source Ria Novosti (Fédération de Russie)
Les articles de cet auteur
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