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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 18:45

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Le Figaro publiait hier un sondage commandé à l’institut Ifop, à propos des mesures sécuritaires annoncées par Nicolas Sarkozy à Grenoble le Week End dernier.
Un sondage auto-administré, réalisé sur un « échantillon représentatif » de 1003 personnes !
Et le Figaro de titrer « Sécurité : les annonces de la majorité plébiscitées »

Je passerai outre le titre et le contenu de l’article propagandiste utilisés par le Figaro, dont on connait les accointances avec la « majorité » UMP (32% des Français en accord avec la politique de Nicolas Sarkozy, on est loin d’une majorité ! )

Conditions de réalisation
Le sondeur :

L’Institut français d’opinion publique (ou Ifop) est, depuis 1938 un des pionniers et acteurs principaux du marché des sondages d’opinion et des études marketing.
Laurence Parisot, également présidente du MEDEF, en est la vice-présidente.

Intéressons nous aux conditions de réalisation et de traitement de ce sondage.

« Échantillon de 1003 personnes, ‘représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus’.
La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération).
Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI – Computer Assisted Web Interviewing), du 3 au 5 Août 2010″ (Source Ifop

De la méthode :

« Questionnaire auto-administré en ligne CAWI » :

  • un mail est envoyé au sondé, l’invitant à se rendre sur le site du sondeur pour remplir un formulaire web.
  • Le « sondé » est seul face au formulaire soumis.
Les marges d’erreur :
  • En statistiques, le calcul d’erreur suppose un échantillonnage au hasard.
    * Ces sondage est réalisé en considérant un panel dit « représentatif ». Ceci rend plus compliqué le calcul d’erreur.
    * Taux d’erreur retenu en 2007, après analyse des sondages et des vrais résultats de l’élection présidentielle :
    entre 3,5 et 4,5 points (soit une fourchette de 7 à 9 points ! )
  • L’insuffisance d’individus d’un échantillon ne peut garantir la véracité des résultats proposés par le sondage.
    * L’idéal serait de sonder le maximum de personnes pour apporter la meilleure qualité et donc de réduire les marges d’erreur.
    * Nous pouvons aussi remarquer que le désintéressement de la population face aux sondages ne facilite pas le travail des instituts réalisant les études (IPSOS, TNS Sofres, IFOP, MY-GLOBE, BVA, …).
  • On ne sait pas vraiment qui répond, dans le foyer concerné (et il n’est pas possible de le savoir – c’est celui qui a accès au mail d’invitation qui répond : le mari, l’épouse, le fils, la secrétaire…)
  • Échantillon : L’institut de sondage ne précise pas le nombre de questionnaires soumis, mais juste le nombre de formulaires retenus pour le traitement, sur la « méthode des quotas »
    * La représentativité des échantillons sur lesquels s’appuient nombre de sondages publiés dans les médias sont l’objet de vives discussions.
    * Les statisticiens savent très bien qu’un « échantillon » de 1003 personnes ne peut être représentatif d’une population de 65 millions d’habitants. En prenant compte les diversités locales et sociales (il faudrait une 40aine de personne par chef-lieu de canton – 4039 cantons en 2004) – et c’est là la véritable manipulation des « instituts » de sondages, qui ne se donnent pas les moyens d’êtres crédibles !
  • L’honnêteté des réponses :
    - La critique des sondages montre que les réponses apportées par les sondés ne présentent aucune garantie de véracité.
    - L’importance apportée au sondage paraît donc démesurée en comparaison de la fiabilité des réponses.
    - Plusieurs phénomènes peuvent concourir pour donner des réponses absurdes :
    * Les sondés n’ont pas d’idées formées sur les questions qu’on leur pose et ils répondent au hasard, simplement pour le privilège d’être sondé.
    * Les sondés trouvent le questionnaire trop long, s’ennuient, pensent à autre chose et répondent au plus vite pour abréger l’exercice.
    * Les sondés répondent en fonction des idées qui circulent dans leur entourage proche, suivant l’avis d’un leader d’opinion plutôt que leur propre expérience. Le phénomène déborde de la stricte question de l’opinion puisqu’il n’est pas rare qu’un sondé rapporte le comportement de quelqu’un de sa famille alors que c’est lui qui est interrogé
    * Les sondés anticipent le résultat du sondage et répondent en fonction des résultats qu’ils aimeraient voir publiés.
    * Les sondés n’assument pas face au sondeur la réalité de leur opinion ou de leur pratique et préfèrent déclarer quelque chose de plus consensuel.
Du questionnaire :
  • La formulation de la question peut influencer les réponses.
  • Plus une question est longue, moins elle est comprise, et donc plus le résultat est sujet à caution
  • Les réponses proposées aux questions conditionnent souvent la réponse, qui n’est donc pas forcément conforme à l’opinion réelle du sondé
  • La composition du questionnaire, en omettant certains aspects du sujet traité, conditionne également les réponses du sondé. C’est là tout « l’art » de polariser les résultats d’un sondage d’opinion
Du traitement de réponses :
  • Lorsque l’Ifop publie la composition de l’échantillon retenu (ici, 1003 personnes), il ne précise pas le nombre de formulaires soumis ayant obtenu des réponses.
  • La méthode dite des « quotas » suppose un tri et un filtrage des réponses, en fonction de critères dont chaque « institut » à le secret
  • La présentation des résultats du sondage d’opinion ne tient aucun compte de la marge d’erreur évoquée plus haut



Analyse de ce sondage

Sujet du sondage :

la lutte contre l’insécurité : emporte forcément l’adhésion implicite d’une majorité (en dehors de tout clivage droite / gauche)

Les questions :
  1. « Le contrôle par bracelet électronique des délinquants multi-récidivistes pendant plusieurs années après la fin de leurs peines »
    * Question très longue, dont les seuls mots retenus par le sondé sont mis en gras ci-dessus
    * Encore un cliché, un stéréotype qui remporte spontanément l’adhésion (sauf pour ceux qui auront pris le temps de lire toute la phrase et d’y réfléchir)
  2. « Le retrait de la nationalité française aux ressortissants d’origine étrangère coupables de polygamie ou d’excision »
    * Encore une phrase longue, dont les mots retenus sont mis en gras
    * On notera une nouvelle fois l’utilisation de deux stéréotypes : « polygamie » (qui n’existe pas selon les termes de la loi) et « excision » (acte de barbarie forcément condamné)
    * Les instituts de sondage connaissent bien, depuis longtemps, la fibre xénophobe de leurs panels. Ils savent à qui ils soumettent leur questionnaire !
  3. « L’instauration d’une peine incompressible de 30 ans de prison pour les assassins de policiers et de gendarmes »
    * Encore une question longue, mettons en gras ce qui est retenu par le sondé
    * Il serait intéressant de soumettre la même question aux sondés en enlevant « policiers et gendarmes », ou en remplaçant par « violeurs et assassins d’enfants »
  4. « Le démantèlement des camps illégaux de Roms »
    * Attention à l’amalgame « illégaux » et les autres !
    * Stigmatisation des Roms par le terme « illégaux » (dans l’inconscient collectif se mêlent dangereusement mendiants et « voleurs de poules »)
  5. « Le retrait de la nationalité française pour les délinquants d’origine étrangère en cas d’atteint à la vie d’un policier ou d’un gendarme »
    * Une nouvelle fois, la longueur de la phrase lue sur l’écran mérite une mise en gras des mots retenus
    * Cette question est positionnée après une question du même type, mais formulée de façon différente
  6. « La mise en place de 60.000 caméras de vidéo-surveillance d’ici à 2012 »
    * Cette question est soumise en fin de formulaire : le sondé est déjà placé dans le contexte « criminel » et fera vite l’amalgame dans sa réponse
    * Cette question se serait trouvé en première position dans le questionnaire, elle eût très certainement reçu beaucoup moins d’avis positifs !
    * On arrive en fin de questionnaire, l’attention du sondé est déjà réduite, et ses réponses plus rapides, moins réfléchies
  7. « La condamnation à 2 ans de prison pour les parents de mineurs délinquants en cas de non-respect par ces derniers des injonctions de la justice »
    * Cette question est la plus longue et la plus complexe du questionnaire, et est placée à la fin !
    * La formulation de la question est trouble : à qui se rapporte « ces derniers » ? Mineurs délinquants, parents ?
Les réponses

Il fut un temps où les réponses proposées étaient : « Pour », « Contre », « Ne se prononce pas »
Au moins, on demandait aux sondés de se prononcer fermement, ou de ne pas se prononcer. Les résultats étaient tranchés, clairs, parlants…

On remarquera cette nouvelle façon d’imposer et de conditionner des réponses, en retirant la possibilité de ne pas se prononcer, et en remplaçant des réponses explicites par une échelle de valeur… qu’on peut ensuite interpréter et présenter dans le sens où le vent doit souffler !

N’ayant plus la possibilité de « Ne pas se prononcer », le sondé se voit donc contraint de choisir entre « plutôt favorable » et « plutôt défavorable »… même s’il n’a pas compris la question, ou s’il ne se sent pas concerné par la question !

Dans le cas présent, on voit Ipsos-Le Figaro sauter sur l’occasion de gonfler des chiffres, somme toute assez nuancés…

Avec le même résultat, on pourrait faire le choix de classer les « plutôt » dans la catégorie « ne se prononce pas », et les résultats ne pourraient pas être présentés comme un « plébiscite » ! D’autant que, rappelons le, personne ne prend en compte la « marge d’erreur » vue plus haut !

Avec un peu de bon sens et d’honnêteté intellectuelle, on peut donc interpréter les résultats de façon suivante :

  1. « Le contrôle par bracelet électronique des délinquants multi-récidivistes pendant plusieurs années après la fin de leurs peines »
    * Entre 48% et 56% d’avis très favorables
    * Entre 1% et 7% d’avis très défavorables
    * Entre 41% et 49% d’indécis ou sans opinion
  2. « Le retrait de la nationalité française aux ressortissants d’origine étrangère coupables de polygamie ou d’excision »
    * Entre 48% et 56% d’avis très favorables
    * Entre 5% et 13% d’avis très défavorables
    * Entre 35% et 44% d’indécis ou sans opinion
  3. « L’instauration d’une peine incompressible de 30 ans de prison pour les assassins de policiers et de gendarmes »
    * Entre 40% et 48% d’avis très favorables
    * Entre 1% et 8% d’avis très défavorables
    * Entre 48% et 56% d’indécis ou sans opinion
  4. « Le démantèlement des camps illégaux de Roms »
    * Entre 38% et 46% d’avis très favorables
    * Entre 1% et 9% d’avis très défavorables
    * Entre 53% et 61% d’indécis ou sans opinion
  5. « Le retrait de la nationalité française pour les délinquants d’origine étrangère en cas d’atteint à la vie d’un policier ou d’un gendarme »
    * Entre 41% et 49% d’avis très favorables
    * Entre 8% et 16% d’avis très défavorables
    * Entre 39% et 47% d’indécis ou sans opinion
  6. « La mise en place de 60.000 caméras de vidéo-surveillance d’ici à 2012 »
    * Entre 29% et 37% d’avis très favorables
    * Entre 7% et 15% d’avis très défavorables
    * Entre 52% et 60% d’indécis ou sans opinion
  7. « La condamnation à 2 ans de prison pour les parents de mineurs délinquants en cas de non-respect par ces derniers des injonctions de la justice »
    * Entre 18% et 26% d’avis très favorables
    * Entre 15% et 23% d’avis très défavorables
    * Entre 55% et 63% d‘indécis ou sans opinion

A retenir de cette analyse : une très grande portion des sondés sont indécis ou sans opinion !!!

On est loin du plébiscite annoncé par Le Figaro !

Et il serait inquiétant, voire dangereux que Messieurs Sarkozy, Besson et Hortefeux, se servent des « résultats du sondage Ifop-Le Figaro » comme faire-valoir de leurs projets de politique ultra sécuritaire !

Cependant, il ne faut pas sous estimer la portée, sur l’opinion des Français, du discours de Nicolas Sarkozy, dont tout le monde reconnait la grande qualité d’écoute (c’est certain, il n’écoute que ce qui l’intéresse, et quand ça l’intéresse, il écoute et sait en extraire les arguments populistes – point commun avec Jean Marie Le Pen).

Souvenons nous que Nicolas Sarkozy s’est fait élire en 2007 sur la base de propositions populistes de cet acabit, sachant très bien toucher là où ça chatouille (ce que JM LePen sait très bien faire également).
Son bilan sécuritaire, depuis 2002, est foiré ? Pas d’inquiétude, à la faveur d’évènements, de faits-divers montés en une des médias traditionnels, Monsieur Sarkozy monte au créneau et fait des promesses plus fortes que fortes…
On leur fait peur, dans un premier temps, puis on les rassure avec des paroles bien ciblées, vieille recette éculée mais toujours efficace !

En voulant nous imposer une « opinion forte », un « plébiscite », il est évident que l’on cherche à rallier les indécis ou sans opinion à ce que l’on présente comme « la grande majorité ». Le piège est béant, et plus c’est gros, plus ça passe !

Des 1003 personnes sélectionnées pour ce « sondage », beaucoup trop n’ont pas vraiment d’opinion
Ce « sondage » Ifop-Le Figaro est un non-sens et n’est pas représentatif  d’une « opinion » clairement exprimée !

Encore une fois, on nous prend pour des cons ! Ne nous laissons pas faire !

(Sources : Hélène Meynaud, Denis Duclos, « Les sondages d’opinion, La découverte », 2007 (4e édition.) – WikipediaLe FigaroIFOP)


Auteur : LePetitSauvage - Source : On nous prend pour des cons !

 


http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=14807

 


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