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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 02:49

 

ReOpen911 répond à Noam Chomsky et Jean Bricmont

Malgré ça et  quelques courageuses tentatives de journalistes pour ouvrir un débat sur les points troublants entourant le 11-Septembre, la polémique autour de ces attentats reste tabou en France et pour la très grande majorité des médias le traitement du sujet se résume encore et toujours à ridiculiser, stigmatiser, diaboliser les hérétiques qui osent douter de la sacro-sainte thèse officielle.
Habitués à subir les calomnies de leurs détracteurs, on aurait pu croire que les deux intellectuels et amis Noam Chomsky et Jean Bricmont, à défaut de livrer une réflexion critique sur la thèse officielle du 11-Septembre, dénoncent le traitement médiatique particulièrement caricatural dont sont victimes les sceptiques.
 
Au lieu de cela, nos deux contestataires de l’ordre établi vont adopter le même comportement que nombre de journalistes et nous expliquer à travers toute une série de lieux communs que somme toute, la thèse officielle bien que bancale n’est pas discutable, contribuant ainsi à entraver l’ouverture d’un débat contradictoire sur les nombreuses incohérences de cette dernière.
Nous espérons qu’à travers cette réponse aux « arguments » de Chomsky et Bricmont, une partie de la gauche radicale lèvera enfin le voile qu’elle a pudiquement jeté sur les points troublants de ces attentats qui aujourd’hui encore continuent d’avoir des répercutions sur nos vies.
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Noam Chomsky et Jean Bricmont en conférence à Bruxelles en mars 2011

 


Introduction
 
 
Depuis de nombreuses années, le journaliste Michel Collon est connu et reconnu pour sa dénonciation des médiamensonges. Cependant, lui et son équipe journalistique d'Investig'Action n’ont guère investigué sur les nombreuses incohérences, omissions et mensonges de la thèse officielle sur les attentats du 11-Septembre. Il n'en demeure pas moins que Michel Collon semble avoir des doutes comme en témoigne cet article publié le 11 septembre 2008 sur son site suite à la diffusion sur la RTBF d’une émission particulièrement caricaturale consacrée au 11-Septembre [1] :

«  Est-il déontologique de réduire tous ceux qui se posent des questions sur le 11-Septembre à des fous obsédés, antisémites et manipulés par l’extrême droite, comme l’a fait l’émission ? Beaucoup de gens dans le monde, notamment des scientifiques, des journalistes réputés et des gens de gauche, mettent en doute la version officielle de l’administration Bush.
Par exemple, sur l’effondrement du troisième bâtiment, j’ai entendu des avis de physiciens dans un sens et dans l’autre. N’ayant pu consacrer à une question aussi complexe le temps qu’il faudrait pour me faire un avis personnel, je ne me suis jamais prononcé. Je n’ai pas été convaincu par les arguments de ReOpen911 ni ceux de Thierry Meyssan. Mais la version officielle présente de nombreuses incohérences. Ce que j’apprécierais, c’est qu’il y ait un débat sérieux, avec échange des arguments entre partisans des diverses thèses afin que le public puisse se faire une opinion 
 ».

Michel Collon, qui mène de front de nombreux combats, invoque le manque de temps comme obstacle à une étude sérieuse des incohérences de la thèse officielle. Certes, il est vrai que le dossier est volumineux et que la masse impressionnante d’informations peut facilement rebuter le plus motivé des journalistes. Mais heureusement, depuis bientôt une décennie, une poignée de citoyens à travers le monde a entrepris de classifiersynthétiser et analyser la quantité astronomique de données disponibles sur le 11-Septembre. Prendre connaissance de ce travail peut aider à se forger une opinion. On aurait pu espérer qu’en l’absence du débat tant souhaité sur nos chaines de télé [2], Michel Collon décide d'organiser une confrontation entre défenseurs et détracteurs de la thèse officielle sur son site Investig’Action. Au lieu de cela, il préféra publier en avril 2011 les contributions de Noam Chomsky et de Jean Bricmont, deux contributions qui ont toutes deux la particularité de ne jamais se pencher sur les faits.
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 Noam Chomsky        Jean Bricmont


Mieux, nos deux intellectuels vont s’évertuer à essayer de nous démontrer que l'étude des points troublants du 11-Septembre est une démarche inutile car :

  • toute nouvelle enquête serait vouée à l’échec,
  • aucune thèse alternative n'est crédible,
  • l’hypothèse du complot interne ne résiste pas au critère de plausibilité.


Et qu’il ne faut pas s’inquiéter s’il reste des points troublants car, comme dit la chanson, c’est normal :

  • Si la thèse officielle comporte des zones d’ombre, c’est parce qu’aucune commission gouvernementale ne dit jamais la vérité, c’est donc normal.
  • S’il reste des points inexpliqués dans certains phénomènes observés, c’est parce que les problèmes techniques sont en fait très compliqués, c’est donc normal.

Vous l’aurez deviné : enquêter sur le 11-Septembre serait donc une perte de temps. Bref, circulez, il n’y a pas lieu de débattre nous dit en substance cet article, véritable apologie (bien qu’involontaire) de la fabrication du consentement.


I. Une démarche dangereuse car propice à la diversion et démobilisatrice


Mais le plus inquiétant pour Collon, Bricmont et Chomsky (et nombre d’intellectuels de gauche) est que la remise en question de la thèse officielle du 11-Septembre détourne les citoyens des crimes et mensonges avérés commis par les administrations Bush et Obama.

Dans un livre d’entretiens (L’Ivresse de la Force - 2008), Chomsky déclarait : «  Pourquoi ce débat autour du 11-Septembre est-il si bien toléré  ? [3] [sic] Je soupçonne le pouvoir de le voir d’un bon œil. Il capte énormément d’énergies et détourne [le peuple] des véritables crimes de l’administration, infiniment plus graves  ».

Analyse guère différente de la part de Collon : «  Bush, suivi par Obama, s’est servi du 11/9 pour attaquer l’Afghanistan et l’Irak. La prétendue "guerre contre le terrorisme" a servi à diaboliser les résistances en Palestine et dans le monde arabe, en Colombie et en Amérique latine ; elle a aussi servi à attaquer les droits démocratiques aux USA et en Europe. Pour les autorités, il est bon que les gens ne débattent pas sur ces manipulations, mais se limitent à discuter sans fin sur l’effondrement des tours de New York  ».

Présenter la remise en question de la thèse officielle au seul débat autour d’un aspect technique (certes problématique) est particulièrement réducteur car non, dans leur ensemble, les sceptiques ne se cantonnent pas à «  discuter sans fin sur l’effondrement des tours de New York  ».

Noam Chomsky est connu et respecté à travers le monde pour la rigueur de ses analyses qu’il agrémente généralement de nombreuses références, mais curieusement, dans le cas présent, aucune étude ne vient corroborer l'affirmation selon laquelle des sujets sérieux seraient délaissés au profit d’un engouement pour les incohérences du récit officiel sur les attentats du 11-Septembre.

Se pourrait-il néanmoins que l’étude du 11-Septembre contribue à distraire les citoyens en focalisant leur attention sur cet évènement singulier laissant ainsi d’autres sujets essentiels dans l’ombre ? Une simple recherche par mots-clés dans la section News de ReOpen911 montre qu’il n’en est rien. Si l'on trouve effectivement un nombre important d'articles consacrés au WTC (78 articles) ou au Pentagone (80 articles), on constate également la présence de nombreux articles sur :

- les droits de l’homme (59 articles)
- la guerre préventive (35 articles)
- l’impérialisme (30 articles)
- l’Irak (95 sujets)
- l’Iran (68 articles)
- le Pakistan (74 articles)
- le Patriot Act (26 articles)
- le terrorisme et la guerre au terrorisme (294 articles)
- la torture (51 articles)
(…)
 
On trouve même des textes de Michel Collon dans la rubrique ReOpenNews (ici, ou  par exemple). Curieux choix rédactionnel venant de gens qui se limiteraient «  à discuter sans fin sur l’effondrement des tours de New York  », non ?

Au lieu de détourner les citoyens des vrais problèmes, le 11-Septembre apparaît au contraire comme une "opportunité" de les amener à prendre conscience de l’envers du décor de nos démocraties, et à se pencher sur des dossiers qui naguère ne les auraient peut-être pas intéressés (impérialisme, propagande, terrorisme d’Etat, instrumentalisation de la peur, poids du lobby pétrolier et du lobby militaro-industriel, rôles des experts et des journalistes, etc.)

Dans son livre le Nouveau Pearl Harbor, David Ray Griffin, figure centrale aux États-Unis du "mouvement international pour la vérité sur le 11-Septembre", estime que : «  la révélation d’une conspiration pourrait, plutôt que de détourner l’attention des problèmes structuraux d’une société, attirer l’attention vers eux. Par exemple, s’il devenait évident que nos dirigeants politiques nationaux ont causé ou au moins ont permis les attaques du 11/9 et qu’ils l’ont fait en partie parce qu’ils avaient incarné profondément des valeurs partout présentes dans notre société, nous pourrions décider qu’il serait temps d’opérer une vaste réorientation de notre société  ».


II. De l’inutilité des commissions d’enquête


Le rapport officiel sur les attentats du 11-Septembre, rédigé par une Commission d’enquête sous-budgétée et ne disposant pas d’assez de temps pour mener à bien sa mission [4], réussit l’exploit de susciter les critiques tant des familles de victimes que de plusieurs de ses contributeurs [5].

Lors d’un débat à l'université libre de Bruxelles (retransmis dans l’émission « Là-bas si j’y suis », parties 10 et 11), Chomsky ne se disait guère étonné d’un tel résultat et affirmait qu’une nouvelle enquête aboutirait forcément au même résultat :

«  Si vous me demandez si je suis satisfait des conclusions de l'enquête nationale sur le 11-Septembre, je vous répondrai non. Mais tout simplement parce que ce sont les conclusions d'une commission gouvernementale. Prenez n'importe quelle commission gouvernementale sur n'importe quel sujet, elle ne dira tout simplement jamais la vérité. Une des principales revendications des militants du 11-Septembre, c'est qu'on ouvre une enquête indépendante. Mais par qui une enquête indépendante pourrait-elle être menée ? Par le gouvernement ? Non, bien sûr, parce qu'il va encore blanchir bien entendu. Alors par qui d'autres ? Par les martiens ? Qui peut faire une vraie enquête indépendante ?  ».

En effet, être juge et parti est rarement un gage d'impartialité aussi est-il illusoire d'attendre d'un gouvernement qu'il soit objectif lorsqu'il enquête sur lui-même. Il est cependant étonnant de constater que Chomsky semble oublier l'existence du Congrès des Etats-Unis dont les deux chambres, le Sénat et la Chambre des représentants, ont par le passé fait preuve de courage et de pugnacité dans plusieurs de leurs commissions d'enquêtes. Chomsky avait d'ailleurs soutenu en 1989 que «  beaucoup fut révélé lors des audiences de la Commission Church au Sénat en 1975, et d'autres parties ont été découvertes par de bonnes enquêtes journalistiques  » (Comprendre le pouvoir, tome 1, page 26).

En effet, la Commission Church avait mis à jour l’Opération Mongoose qui consistait en un vaste plan d’actions secrètes menées sur le sol cubain par la CIA dans le but d’entraîner un soulèvement populaire contre Castro. Cette opération qui débuta le 30 novembre 1961 et qui reçut l’aval du président Kennedy allait de la propagande « subversive » au sabotage de l’économie du pays (destruction d’usines, contamination d’aliments, destruction des récoltes sucrières cubaines, minages des ports…) [6].
Le rapport de la Commission Church révéla également l'existence de l'Opération Mockingbird [7], une opération secrète de la CIA destinée à influencer les médias aux Etats-Unis et à l'étranger : «  La CIA dispose actuellement d’un réseau de plusieurs centaines d'individus étrangers à travers le monde qui fournissent du renseignement pour la CIA et essayent de temps en temps d'influencer l’opinion publique par le biais d’opérations de propagande clandestine. Ces individus permettent à la CIA d’avoir un accès direct à un grand nombre de journaux et de périodiques, à de nombreux services et agences de presse, à des stations de radio et des chaînes de télévision, à des maisons d’édition et à d'autres canaux médiatiques étrangers  ».
Autre révélation, et non des moindres, de la Commission Church : l’Opération MK Ultra, un projet de la CIA des années 1950 à 1970 qui visait à manipuler mentalement des individus par l'injection de substances psychotropes [8].
 
Quant à savoir comment garantir l'indépendance des Commissions d'enquête, c'est effectivement une question cruciale pour nos démocraties. Mais quel dommage de voir notre célèbre contestataire se résigner à l'idée qu'une commission d'enquête ne puisse être véritablement indépendante, alors qu’il aurait pu voir à travers l'exemple hautement médiatisé et caricatural de la Commission sur le 11-Septembre, l’occasion de remettre en question le principe même des commissions, de faire prendre conscience aux citoyens du rôle de fossoyeurs de vérités qu'elles endossent trop souvent et provoquer ainsi une salutaire réflexion citoyenne afin de remédier à cette défaillance de nos démocraties. Un panel de citoyens tirés au sort ne pourrait-il pas faire office de contre-pouvoir et combler les « oublis » des membres des commissions ? Dans le cas de commissions portant sur des actes terroristes, la présence de proches de victimes ne serait-elle pas une garantie d’un meilleur traitement des éléments du dossier [9] ? Le pouvoir judiciaire ne serait-il pas plus apte qu’une commission gouvernementale pour juger des défaillances d’un Etat et déterminer les responsabilités des gouvernants ? Autant de questions qui mériteraient débat.

Et puisque M. Chomsky s’interroge sur la possibilité d’une enquête véritablement indépendante, ignore-t-il que son grand ami Mike Gravel, ancien sénateur démocrate de l'Etat de l’Alaska et fervent promoteur de la cause de la démocratie directe, avait lancé en 2011 la "Campagne pour une Commission Citoyenne sur le 11/9" qui explorait alors la possibilité d'organiser dans différents Etats, pour les élections présidentielles US de 2012, des référendums d'initiative populaire pour une nouvelle enquête indépendante sur le 11-Septembre ? [10]
 
AfficheMikeG2bb3-bbc31.jpg
Affiche de la conférence de presse
donnée par Mike Gravel à Paris
pour promouvoir son projet de Commission d'enquête citoyenne sur le 11/9.
Organisée par ReOpen911, elle a eu lieu
le 8 novembre 2011 [11]

 

Au cours de ce même débat à l'université libre de Bruxelles, Chomsky déclarait :

«  Pour ce qui est des faits avancés par les militants d'une réouverture d'une enquête sur le 11-Septembre, ce qu'ils disent avoir trouvé, ce sont principalement des faits étranges, des coïncidences troublantes, des choses incompréhensiblesEt sans remettre en doute tous ces détails, dont certains sont probablement corrects, pourquoi ne reconnait-on pas tout simplement que c'est un fait historique ? Prenez n'importe quel évènement historique, il sera tellement compliqué et embrouillé que vous y trouverez nécessairement toutes sortes de phénomènes inexpliqués, d'étranges coïncidences, ou des détails laissés dans l'ombre  ».

Effectivement, la complexité des évènements historiques rend illusoire la connaissance parfaite de ces derniers, et les immanquables zones d’ombres ou détails ne paraissant pas cadrer avec le reste des éléments peuvent être autant de fausses pistes pour les historiens ou simples citoyens. Mais de ce constat avéré, en profiter pour rejeter a priori, comme le fait Chomsky, tout examen minutieux des points troublants d’un évènement historique est une position qui risque de surprendre bien des historiens. Ne serait-il pas plus judicieux pour Chomsky de réclamer, comme l’a fait le militant des droits de l'homme et des droits des gays Peter Tatchell, une « nouvelle commission qui soit réellement indépendante, capable de démêler les faits de ce qui relève du hasard ou de la coïncidence, de façon à donner des réponses aux anomalies non élucidées concernant les attaques menées contre le World Trade Center et le Pentagone » ? 

En réaction à un tel éloge du renoncement, j'avais laissé ce message sur le répondeur de l'émission "Là-bas si j’y suis" de Daniel Mermet :

«  Interrogé sur le 11-Septembre, Chomsky reconnait que parmi les faits étranges, les coïncidences troublantes, les choses incompréhensibles rapportés par les sceptiques, certains de ces "détails" sont probablement corrects. Mais comme tout fait historique comporte des zones d’ombres, il ne sert à rien de passer du temps à enquêter sur les coïncidences et autres faits étranges du 11-Septembre. Avec un tel raisonnement, il n’aurait servi à rien aux familles de victimes de l’attentat de Karachi de mettre en avant les incohérences de la thèse officielle, puisque des incohérences, il y a en toujours dans des évènements aussi complexes… Rappelons qu’aujourd’hui le juge Trévidic rejette la thèse Al-Qaida et étudie à présent la thèse d’un règlement de compte franco-pakistanais suite à l’arrêt des versements de rétro-commission.
Autre exemple qui montre les limites du raisonnement de Chomsky : puisqu’il y a toujours des faits étranges et des coïncidences troublantes, alors on aurait très bien pu se contenter de la première version officielle de l’attentat meurtrier de Bologne de 1980 qui fut immédiatement attribué aux Brigades Rouges. Une fois encore, c’est grâce à l'action sans répit des familles de victimes qu’une nouvelle enquête a pu avoir lieu et, bien que le procès ne se déroula pas sur Mars, les juges ont tout de même réussi à identifier une partie des véritables auteurs de cet attentat : les juges condamnèrent des membres d'un groupe d'extrême droite, le grand-maître de la loge maçonnique P2 ainsi que deux officiers des services secrets militaires italiens. Bref, les conclusions des juges allèrent à l’opposé de la thèse gouvernementale livrée au lendemain de l’attentat. (…)
Alors prétendre que tout évènement historique est tellement compliqué, embrouillé, qu’il y aura nécessairement toutes sortes de phénomènes inexpliqués, d'étranges coïncidences et des détails laissés dans l'ombre, me semble plutôt être une excuse pour mettre de côté les points troublants entourant les attentats du 11-Septembre. Et si les familles de victimes des attentats de Karachi et de la gare de Bologne avaient adopté ce type de raisonnement, on en serait encore à pointer du doigt Al-Qaida pour l’attentat de Karachi et les brigades rouges pour l’attentat de Bologne  ».

Ce petit rappel historique ne fut pas diffusé à l’antenne de l’émission de "Là-bas si j’y suis". L’équipe de Daniel Mermet avait pourtant les moyens d’en juger la pertinence vu que pas moins de trois émissions sur le Karachigate et sept sur la stratégie de la terreur en Italie furent diffusées dans "Là-bas si j’y suis". 
 

III. Absence d’hypothèse alternative crédible 
Dans sa courte intervention parue sur le site de Michel Collon, Chomsky reproche au « Mouvement international pour la Vérité sur le 11-Septembre » de n’avoir à sa connaissance « avancé aucune hypothèse crédible pour rendre compte de ce qui s’est passé le 11 septembre »

Imaginons un instant qu’un suspect soit emprisonné pour meurtre et que la défense démontre que l’accusation est bancale (preuves falsifiées, témoignages contradictoires, incohérences dans le scénario de l’accusation, etc.), faudrait-il rejeter ces éléments au motif que la défense est dans l’incapacité de désigner un autre coupable ? Le simple fait que les différents rapports officiels publiés sur les attentats du 11-Septembre comportent erreurs, mensonges, omissions, contradictions et incohérences ne légitime-t-il pas en soi toute demande pour une nouvelle enquête, sans être tenu d'avancer au préalable une quelconque hypothèse alternative crédible ? [12]

Selon nos deux intellectuels, nul besoin d'analyser les faits parce que les thèses alternatives ne seraient pas crédibles a priori. «  Tout le problème des conspirations est celui de leur plausibilité a priori  » affirme Bricmont en avançant deux arguments pour soutenir une telle position.

Avant de rendre compte et de discuter de la pertinence des arguments avancés, il convient de préciser que la contestation de la thèse officielle ne se résume pas au soutien d'un éventuel complot interne. Nombreux sont ceux dans le "Mouvement international pour la Vérité sur le 11-Septembre" qui rejettent la version officielle des attentats, jugée être en contradiction avec les faits, sans pour autant soutenir un quelconque scénario alternatif, faute de preuves incontestables en faveur de telle ou telle thèse. Il s'agit de la position de ReOpen911. Nombreux sont ceux encore qui soutiennent la thèse du laisser-faire délibéré (en anglais LIHOP « Let It Happen On Purpose »). Celle-ci suppose une connaissance préalable de ces projets d'attentats par le gouvernement américain, lequel décide de les laisser se produire à des fins géostratégiques [13]
 

Une thèse notamment défendue par Robert David Steele, ancien officier des opérations clandestines au sein de la CIA : «  Je suis forcé d'admettre, qu'au minimum, on a laissé se produire le 11-Septembre afin de servir de prétexte de guerre  » affirme-t-il. Signalons que Robert David Steele n'est pas le seul issu des milieux du contre-terrorisme et du renseignement à remettre en cause le rapport officiel sur le 11-Septembre comme en témoigne cet article recensant les déclarations publiques de 41 citoyens américains, tous anciens agents du contre-terrorisme et des renseignements.

Bricmont évoque brièvement cette thèse du laisser-faire délibéré qu’il qualifie de «  version faible des conspirations  » et à laquelle il oppose le critère de plausibilité (en l’occurrence l’absence de fuites rendant cette thèse peu crédible à ses yeux) ainsi que la quasi-impossibilité de déterminer si la faillite des services de renseignements américains est due à de l’incompétence ou à une réelle volonté de laisser advenir ces attaques : «  il est difficile de prouver quoi que ce soit lorsqu’il s’agit des intentions des êtres humains  » affirme t-il.

Cette "excuse de l’incompétence" avancée si souvent par les défenseurs de la thèse officielle s’avère pourtant bien fragile pour peu qu’on ait pris connaissance des dernières recherches effectuées à ce sujet :
Peut-être que ces articles aideront M. Bricmont à constater qu'il est parfois possible de se faire un avis sur certaines «  intentions des êtres humains  ».

Un autre scénario ignoré par Chomsky et par Bricmont est celui de l'éventuelle instrumentalisation des terroristes, un scénario tout à fait "plausible" quand on connait la propension des services de renseignement à infiltrer les groupes terroristes, voire parfois à les manipuler. Le 20 juillet 2007, le Figaro publiait un article aux révélations stupéfiantes : «  En mai dernier, en pleine crise avec les dirigeants de la mosquée, le président Musharraf avait accepté de libérer un ex-responsable de l’ISI [NdT : ISI pour "Inter-Services Intelligence", services de renseignements militaires pakistanais], Khalid Khawaja emprisonné depuis plusieurs semaines. Il était accusé d’avoir introduit dans les bâtiments de la mosquée des responsables d’al-Qaida et des armes ! Ce membre de l’ISI est celui qui servait d’instructeur pour les explosifs dans les camps d’al-Qaida, notamment à Shakar Dara. C’est lui qui avait manipulé Richard Reid, cet Anglais qui avait essayé de faire exploser l’avion du vol Paris-Miami [d’American Airlines] le 22 décembre 2001 à l’aide d’explosifs cachés dans ses chaussures  ».
On apprend donc que, trois mois après le 11-Septembre, un membre d’Al-Qaida avait été manipulé par un agent des services secrets pakistanais dans le but de faire exploser un avion de ligne en vol ... et pas un seul grand média pour se demander s'il aurait pu en être de même le 11-Septembre ! [14]
 

IV. Le critère de plausibilité (..)  


V. L’inexplicable expliqué…

…par le fait que le 11-Septembre est un événement historique et qu’en tant que tel, du fait de sa complexité, il est normal selon Chomsky d'y trouver «  toutes sortes de phénomènes inexpliqués, d'étranges coïncidences, ou des détails laissés dans l'ombre ».

Dans sa contribution, Bricmont s'interroge : « Des expériences comme le 11-Septembre ne sont pas faites tous les jours (heureusement). Or comment savoir ce qui se passe dans des phénomènes compliqués impliquant des centaines de variables sans faire d’expériences ? » [38]

Bonne question en effet que Jean Bricmont devrait poser aux ingénieurs de l'Institut National des Normes et de la Technologie (NIST), l'organisme qui fut chargé de l'enquête sur l'effondrement des tours du WTC :


a. Le mystère de la matière fondue s'écoulant de la Tour Sud :

b. Le mystère de l’acier en forme de gruyère :

 

c. Nouveau phénomène au WTC 7 :

Le 21 août 2008, le NIST publie enfin l'ébauche du rapport final sur l'effondrement du WTC 7 à l'attention du public. Le point clef de la théorie du NIST est le phénomène de dilatation thermique des systèmes de travées des planchers qui intervient, de façon inexpliquée par le NIST, à des «  températures à des centaines de degrés en dessous de celles prises en compte habituellement par la profession en matière d'indices de résistance au feu  ».

Au cours de la conférence de presse tenue le jour de la publication du rapport, le directeur de l’étude, Shyam Sunder déclare : «  L’effondrement du WTC7 le 11-Septembre était un événement rare. Notre étude a identifié la dilatation thermique comme un nouveau phénomène qui peut causer l’effondrement d'une structure  ».

Interrogé par la TéléLibre, le professeur Niels Harrit expose ses critiques sur ce nouveau phénomène avancé par le NIST pour expliquer l’effondrement du WTC7 : « Le NIST n’a pas réellement cherché à comprendre ce qui s’était passé. Mais ils ont dépensé beaucoup d’argent et de temps pour expliquer que cela pouvait être dû aux feux de bureaux. C’est une proposition audacieuse car cela ne s’est jamais produit, dans l’histoire de l’architecture moderne, qu’un immeuble comme celui-ci s’effondre à cause du feu. Ils brisent dès lors une règle basique de la méthode scientifique dans la mesure où quand vous avancez une hypothèse scientifique, vous devez vous référer à de l’expérimentation, à des expériences, à des faits, des documents produits antérieurement. Vous ne pouvez pas débarquer avec un nouveau phénomène sans avoir démontré sa réalité »

Notons que les quelques secondes du début de l'effondrement de la façade du WTC7 rendues public suffisent à mesurer la différence entre le modèle simulé et la réalité :

 
 
 
En outre, le NIST a refusé de rendre public les détails de l’analyse des données structurelles rassemblées pour déterminer la cause de l’effondrement du WTC7, et ce alors que le NIST a bâti son explication sur "un phénomène nouveau" jusque là jamais observé dans l'histoire de l'architecture. Le directeur du NIST a justifié son refus par le fait que leur divulgation «  pourrait compromettre la sécurité publique  ». Un motif que semble particulièrement apprécier le directeur du NIST puisqu'il l'invoqua également pour expliquer son refus de rendre public les données des simulations informatiques des effondrements des Tours Jumelles [44].
 


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Nous voici confrontés à une bien curieuse situation avec d’un côté, un organisme officiel chargé de l'enquête sur l'effondrement des tours du WTC qui refuse de livrer les données de ses simulations et qui se dispense d’expériences pour valider ses hypothèses, et de l’autre, des chercheurs sceptiques qualifiés de "conspirationnistes" qui effectuent des expériences invalidant les hypothèses avancées par le NIST

Cet état de fait n’invite-t-il pas Chomsky à revoir ses propos tenus dans son livre d’entretiens l’Ivresse de la Force :
 
« Et je ne crois pas que leurs preuves [des sceptiques] soient sérieuses. Ni même que ceux qui les exposent soient capables de les évaluer. Ce sont des questions techniques compliquées. On n’a pas l’air de le comprendre, mais ce n’est pas pour rien que les scientifiques font des expériences, qu’ils ne se contentent pas de filmer ce qu’ils voient par la fenêtre ». 


VI. Paroles d’experts : (..)


a. Des experts qui ne connaissent pas les dossiers : (..)

 

b. Des experts enclins aux préjugés : (..)


c. Des experts pas vraiment indépendants : (..)

d. Des experts pas vraiment objectifs et impartiaux : (..)


VII. Du rôle des experts dans nos sociétés (..)


VIII. L’accusation de « conspirationnisme »
 
Dans une critique d’un numéro de la revue Agone consacré aux théories du complot, Patrick Pierran note à juste titre : « Il y a d’abord un rappel essentiel : les complots, après tout, existent bel et bien, et si l’on regarde notre histoire, on constate qu’ils y ont joué un rôle tout à fait important. Ridiculiser a priori toute personne qui énoncerait la possibilité d’un complot, ce serait donc tout simplement nier une réalité 1000 fois constatée, ce qui ne signifie pas non plus que l’histoire ne serait qu’une longue succession de complots. Il y a des complots dans l’histoire mais l’histoire n’est pas une suite de complots ».
 
Effectivement, l’histoire n’est pas une longue succession de complots et remettre en question la version livrée par l’administration Bush n’implique évidemment pas qu’on adhère à une telle vision « conspirative » du monde [60] dans laquelle tout serait décidé par des élites secrètes. Cela n’empêche pourtant pas nombre de journalistes et d’intellectuels [61] d’étiqueter les sceptiques de « théoriciens du complot », « conspirationnistes », « complotistes » etc., les discréditant ainsi d’emblée. Un procédé simple et efficace qui a l’avantage majeur de se dispenser de la moindre argumentation basée sur les faits.

On pourrait qualifier ces termes de véritables ADM – Armes de Destruction Médiatique – en ce sens qu’ils se suffisent à eux-mêmes et ne nécessitent aucune démonstration. Une fois désigné comme tel, vous êtes alors transformés aux yeux du public en un paranoïaque délirant [62] voyant des complots derrière le moindre évènement historique. Bref, votre cas relève de la psychiatrie, il est donc du devoir des journalistes de ne pas en parler [63] afin d’éviter la contagion [64] au sein de la population. 

La question suivante s’adressera donc aux journalistes qui liraient ces lignes : considérez-vous que la majorité des sceptiques soient des paranoïaques ou des obsédés du complot ? Estimez-vous par exemple que l’usage du terme « conspirationniste » convienne à Donna Marsh O’Connor,militante pour une nouvelle enquête qui a perdu sa fille lors des attentats du 11-Septembre :
 
 
 
 
Comme le remarque justement le journaliste indépendant Olivier Bonnet sur son blog Plume de Presse : «  …force est de constater, presque cinq ans après, qu'il règne à leur propos dans les médias un véritable terrorisme intellectuel. Toute réflexion critique, toute enquête factuelle sur le 11-Septembre, se voit aussitôt accablée de l'épithète de "conspirationniste" et ainsi promptement disqualifiée  ».
Reconnaissons que tous les journalistes n’emploient pas forcément ces mots de manière malveillante [65] mais par facilité, par ignorance, par suivisme voire victimes de leur habitus de classe mais le résultat demeure le même : en ayant recours aussi abusivement à ces termes [66], ces journalistes contribuent à stigmatiser les sceptiques nuisant ainsi à l'instauration d'un débat calme et dépassionné sur le sujet en France.
 
Une arme à double tranchant :

Conscients de la force de cette accusation, les politiques n’hésitent guère à l’utiliser pour discréditer toute remise en question d’une vérité officielle.
 
Le 6 février 2003, Tony Blair déclarait : «  Permettez-moi d’évoquer cette histoire de pétrole … la théorie du complot du pétrole est honnêtement une des choses les plus absurdes quand vous regardez ce qu’elle dit. Le fait est que si nous étions intéressés par le pétrole d’Irak, nous pourrions probablement conclure un accord dès demain avec Saddam Hussein sur ce pétrole. Ce n’est pas le pétrole le problème, ce sont les armes… »

 
Mais après plusieurs années de lutte, l’activiste Greg Muttit, spécialiste du pétrole irakien, parvient à faire déclassifier plus de 1000 documents confidentiels. On y découvre qu’au moins cinq réunions se sont tenues fin 2002 entre des représentants civils, des ministres et les compagnies BP et Shell. Parmi ces documents, un mémo du Foreign Office du 13 novembre 2002, faisant suite à un meeting avec BP : «  L’Irak est [le pays] le plus prometteur en pétrole. BP veut absolument y mettre pied et s’inquiète de ce que des accords politiques ne lui offrent pas cette opportunité. Les potentialités à long terme sont énormes…  » 

Les journalistes qui voudraient évoquer objectivement les innombrables omissions, mensonges et incohérences de la thèse officielle se trouvent aujourd’hui pris dans le piège qu’ils ont eux-mêmes fabriqué : comment peuvent-ils à présent traiter ces faits sans courir le risque de subir l’opprobre de leurs confrères, de se voir qualifiés de « conspirationnistes » ou accusés de faire le jeu des « conspirationnistes » ?

Cette peur de relayer ou développer les « thèses conspirationnistes » a ainsi anesthésié depuis des années tout esprit critique chez les journalistes. L’exemple le plus frappant nous fût donné à l’annonce le 2 mai 2011 de la mort d’Oussama ben Laden par Barack Obama. Alors que les versions changent d’heure en heure, que les incohérences s’accumulent, que les preuves sont inexistantes (pas de photo, pas de vidéo, corps immergé…), quiconque usant de son droit au doute se verra aussitôt qualifié de « théoricien du complot ».

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Le journaliste Hicham Hamza remarque à ce propos : «  Etrange époque : depuis les années 70 et l’essor du journalisme d’investigation, il était légitime - sinon nécessaire - de remettre en question tout récit gouvernemental au sujet d’un évènement politique de grande ampleur. Sans ce réflexe, des affaires aussi différentes que celles du Watergate, du Rainbow Warrior ou de la BCCI n’auraient jamais pu émerger. Mais depuis le 11 septembre 2001, l’exercice de l’esprit critique est désormais assimilé à une nouvelle pathologie : le "conspirationnisme", sorte de tumeur maligne consistant à se poser des questions sur la crédibilité d’une déclaration officielle  ».

Trop occupés à lancer cette chasse aux sorcières et à commenter la moindre miette donnée par les services de communication de la Maison Blanche, les journalistes omettent de poser les questions essentielles. Responsable de la mort de plusieurs milliers d’américains, ben Laden est à la tête, nous dit-on, d’un réseau planétaire de terrorisme capable de frapper à tout moment et n’importe où. Alors que sa capture permettrait de démanteler des filières, de mettre à jour des réseaux dormants, d’empêcher de futurs attentats, le leader d’Al-Qaida qui est surveillé depuis huit mois par les services de renseignement américains est abattu de deux balles, alors qu’il était … désarmé. La capture de ben Laden aurait permis sa comparution devant la justice américaine et bien des mystères autour de l’homme et de son organisation auraient pu être levés, comme par exemple la nature de ses liens avec les services secrets pakistanais [67], la teneur de sa rencontre avec l'agent local de CIA Larry Mitchell à l'Hôpital américain de Dubaï le 12 juillet 2001, ou encore la nature précise de ses liens avec la CIA, etc., etc., etc.

Outre ces clarifications potentiellement gênantes pour l’administration américaine, un autre (petit) souci aurait pu se poser comme le rappelle Maître Philippe Currat, spécialiste du droit pénal international, interrogé par l’Express le 4 mai 2011 : «  Il n'est pas certain que les Etats-Unis auraient eu la capacité d'apporter les preuves de la responsabilité de Ben Laden dans les attentats du 11-Septembre  ». [68] Mais chut… puisque « Justice est faite ! » vous dit Barack Obama.

IX. Les debunkers

Depuis l’épisode Meyssan, la remise en question de la thèse officielle du 11-Septembre est devenue tabou en France [69] et toute personne qui s’y aventure risque d’être qualifiée d’adepte de Thierry Meyssan, ce qui par extension la désigne comme un potentiel extrémiste. Les avis circonstanciés de plusieurs centaines d’experts qui remettent en question la thèse officielle à travers le monde laissent de marbre les journalistes qui trouvent plus intéressant de mettre en avant les propos d’artistes [70]. Il est certes plus facile de ridiculiser des peoples que des experts du contre-terrorisme ou des ingénieurs en génie civil par exemple. Mais rien n’y fait, malgré les injures, les accusations d’antisémitisme, de révisionnisme, de négationnisme, de conspirationnisme, d’antiaméricanisme, d’antidémocratisme, de soutien au terrorisme [71] et autres procès en sorcellerie, les années passent et la contestation de la thèse officielle ne cesse de prendre de l’ampleur. Les médias se trouvent alors confrontés à un problème : comment contrer les sceptiques sans utiliser de tels « arguments » lorsqu’on ne connaît pas le dossier ?

C’est là qu’interviennent les debunkers, généralement des journalistes ou des experts, qui se sont fait une spécialité de démonter les arguments des sceptiques : les médias n’ont plus alors qu’à mentionner leur travail et proclamer que ceux-ci démontrent l’inanité du discours « conspirationniste ». Partant du postulat que la remise en question de la thèse officielle est infondée, les journalistes accordent une confiance aveugle à ceux qui prétendent démonter les critiques des sceptiques. Aucune vérification n’est alors menée, aucune confrontation entre les deux partis n’est même envisagée, tant il est évident qu’une telle démarche (pourtant à la base du travail journalistique) s’avèrerait une perte de temps…

La fonction première des debunkers n’est donc pas de fournir aux journalistes une réfutation clé en main des arguments des sceptiques mais de les rassurer dans leurs préjugés, dans leurs croyances, de les conforter dans l’idée que le sujet ne mérite pas d’être étudié, analysé : la boucle est bouclée. Qu’importe dès lors que des sceptiques mettent en avant les erreurs, omissions ou manipulations des debunkers [72], les journalistes n’y verront là que l’acharnement d’obsédés du complot aveuglés par leur foi, incapables d’accepter l’évidence. Et face à la succession d’arguments, de contre-arguments, de contre-contre-arguments, il n’est certes pas facile pour des journalistes souhaitant malgré tout se faire un avis de s’y retrouver. D’ailleurs, Jean Bricmont qui enseigne la physique théorique à l'université catholique de Louvain déclare lui-même «  trouver souvent les contre-arguments [avancés par les sites de debunking] assez techniques et compliqués  ».

Il y a pourtant une façon très simple et rapide d’évaluer le degré de pertinence des arguments des debunkers : il suffit de tester l’honnêteté intellectuelle de ces derniers. Et pour que la démonstration soit probante, nous n’allons pas mettre à l’épreuve l’intégrité intellectuelle d’un vulgaire debunker mais celle du plus célèbre des détracteurs des sceptiques en France, Jérôme Quirant, enseignant-chercheur en calcul de structures à l'Université de Montpellier II, connu pour son soutien indéfectible à la version officielle.
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Jérôme Quirant


En avril 2008, Canal+ diffusait dans le cadre de l'émission Jeudi Investigation un reportage de Stéphane Malterre sur le thème « Rumeur, intox : les nouvelles guerres de l’info ». Ce reportage entendait démontrer que les informations disponibles sur internet sont loin d’être fiables (une évidence qui sert avant tout aux médias traditionnels à ramener vers eux ceux qui ne se contentaient plus de leurs informations). Pour ce faire, le réalisateur s’attaqua à Loose Change 2, un documentaire américain qui remet en cause la thèse officielle du 11-Septembre. Alors qu'il était censé lutter contre la désinformation véhiculée par le net, le reportage de M. Malterre s’avéra être truffé de contre-vérités, de manipulations, d’omissions et autres amalgames grossiers. Ravis de cette prétendue réfutation «  point par point  » des arguments de Loose Change 2, les médias se gardèrent de toute critique sur le fond, l'Express allant même jusqu'à qualifier le travail de Stéphane Malterre «  d'utilité publique ». Face à cet engouement des médias pour le reportage de Jeudi Investigation, l’association ReOpen911 avait décidé d’effectuer le travail de vérification qu’auraient dû faire les journalistes, et de répondre à Stéphane Malterre par l'intermédiaire du "contre-documentaire" Jeudi Investigation : un Jeudi Noir de l’Information mis en ligne avec un grand succès sur notre site en septembre 2009. 

Ardent défenseur de la thèse officielle, Jérôme Quirant livra alors une critique du documentaire de ReOpen911 prétendant que les manipulateurs seraient ses auteurs (dont je fais partie) et non Malterre. Nous invitons M. Bricmont à visionner Jeudi Investigation : Un Jeudi Noir de l’Information, puis à lire la critique de M. Quirant
a>, et ensuite à prendre connaissance de notre propre réponse [73], et fort de ces éléments, de se prononcer sur l'honnêteté de Jérôme Quirant dans sa défense du réalisateur Stéphane Malterre.

Au cas où M. Bricmont ne disposerait pas d'assez de temps à accorder à ce sujet pour statuer, nous l'invitons à lire notre réponse à la première des critiques formulées par M. Quirant :

 

 
M. Quirant avait écrit :

«  Chapitre 1 : Les rumeurs. Dans cette partie, Zorg et Aldwinn contestent la présentation qui est faite par Malterre suggérant que le film Loose Change est essentiellement basé sur un assemblage de rumeurs. Il est hélas peu discutable que le film Loose Change n'apporte aucun élément probant, juste des témoignages imprécis ou qui ne démontrent rien, et des analyses de vidéos très orientées  ».

Notre réponse :

Dans son documentaire, M. Malterre tentait de discréditer l'ensemble des témoignages d'explosions au WTC montrés dans Loose Change 2 en les faisant passer pour de simples rumeurs sans fondement.

Alors que cette version de Loose Change rapportait 13 témoignages directs d'explosions et 3 témoignages indirects, M. Malterre se basera sur un seul de ces témoignages : celui indirect du journaliste correspondant de la NBC Pat Dawson. Là où M. Malterre déroge aux règles déontologiques du journalisme, c’est lorsque avec la complicité de Pat Dawson, il prétendit que Loose Change avait dénaturé les propos du journaliste : 

Stéphane Malterre : «  Pas vraiment content, Dawson a découvert que Loose Change présentait comme des vérités les suppositions d’un pompier qu’il avait recueilli en plein chaos  ».
Pat Dawson : «  Quand j’ai fini mon plateau, j’ai dis en parlant du pompier : 'il pense', 'il suppose'. J’essayais de faire comprendre aux téléspectateurs que dans ce contexte il ne s’agissait pas d’un fait, c’est ça que je voulais leur faire comprendre. C’est très grave pour un professionnel de voir son travail pris hors contexte et utilisé pour développer une théorie que les faits ne soutiennent pas  ».

Or, comme nous l'avions montré dans notre documentaire (à 3'37), ses propos n'avaient été en rien dénaturés ou tronqués par l'équipe de Loose Change.

Retranscription dans son intégralité du témoignage du journaliste Pat Dawson tel que montré dans Loose Change 2 (visible ici à 38'14) : « Il y a quelques instants j'ai parlé au chef de la sécurité des pompiers de New York, Albert Turi. On vient de lui annoncer qu'il y avait peut-être un engin explosif secondaire : une bombe. Il a essayé d'évacuer ses hommes le plus rapidement possible, mais il dit qu'il y a eu une autre explosion. Environ 1 heure après que le premier avion s'est crashé, il y aurait eu une autre explosion dans l'une des tours. D'après lui, des explosifs avaient été placés à l'intérieur du bâtiment. Il suppose que les explosifs secondaires avaient sans doute été placés à l'intérieur du bâtiment  ».

Les précautions oratoires de Pat Dawson sont donc bien présentes dans l'extrait utilisé dans Loose Change 2 ("il y avait peut-être", "il y aurait eu", "d'après lui", "il suppose"). Mais dans le but de convaincre les téléspectateurs de Canal+ d'une manipulation des auteurs de Loose Change, Stéphane Malterre s'est bien gardé d'inclure dans son documentaire le passage en question de Loose Change. Au lieu de cela, il a présenté un court extrait de l'interview de Pat Dawson provenant de YouTube afin de montrer que celui-ci usait bien de précautions oratoires, sous-entendant ainsi que celles-ci étaient absentes de l'extrait diffusé dans Loose Change 2.

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De plus, l'identité du pompier (Albert Turi, chef de la sécurité du département du feu de New York) fut écarté de l'extrait retenu par M. Malterre, une dissimulation qui lui permettra de déclarer qu'il s'agissait là d'une simple rumeur puisque de source inconnue.
 

Albert_Turi.jpg
Albert Turi, chef de 
la sécurité
du département du feu
de New York

 

 
Pour vérifier l’exactitude de notre réponse, il suffit de visionner à peine plus de 3 minutes de Jeudi Investigation : Un Jeudi Noir de l’Information (ici de min 3’20 à min 6'50). Et puisque, selon M. Quirant, nous aurions utilisé «  à n'en plus finir les astuces de montage  », on peut visionner le passage original de Loose Change (ici de min 38’14 à min 38'57) puis la présentation manipulée faite par Malterre (ici de min 1’51 à min 3'05).

Malterre a t-il manipulé les téléspectateurs de Canal+ en leur faisant croire que les auteurs de Loose Change avaient dénaturé les propos du journaliste Pat Dawson ? Quirant manipule t-il ses lecteurs en faisant l’omission sur cette manipulation avérée de Malterre ?

Au vu de l'exemple présenté ci-dessus (on en trouvera de nombreux autres ici), pouvez-vous, M. Bricmont répondre aux deux questions suivantes ?
  • Le journaliste de Canal+ Stéphane Malterre est-il honnête dans son reportage qui s'attaque à Loose Change ?
  • Le scientifique Jérôme Quirant est-il honnête dans sa défense de Malterre ?


Deux questions simples qui méritent deux réponses simples en espérant bien entendu que votre qualité de président d’honneur de l’AFIS (association française pour l’information scientifique) ne vous empêche de vous exprimer sincèrement sachant que M. Quirant fut choisi pour coordonner un numéro hors-série sur le 11-Septembre éditée par l’AFIS [74].

Dernière remarque au sujet de Jérôme Quirant : ce n’est pas parce que ce dernier entretient un rapport tout particulier avec la notion d’intégrité intellectuelle que la thèse officielle serait pour autant fausse. Cela montre simplement que la qualité d'expert n'est définitivement pas un gage d’objectivité [75].

De même, le fait que le porte-parole du NIST Michael Newman et l’ingénieur du NIST John Gross soient pris en flagrant délit de mensonges ou que le NIST omette plusieurs points, écarte certaines pistes, refuse de livrer les données de certaines simulations informatiques, se contente d’hypothèses là où de simples expériences pourraient apporter une réponse, arrête son étude au moment de l’initiation des effondrements des Tours Jumelles, etc., n’implique pas pour autant que les Tours aient subi une démolition contrôlée.

Par contre, cela ne rend t-il pas légitime la demande de 1700 architectes et ingénieurs auprès du Congrès américain pour une enquête véritablement indépendante, ne fussent-ils pas tous aussi qualifiés que M. Quirant [76] ?


Conclusion

Ce qui frappe à la lecture des contributions de Noam Chomsky et Jean Bricmont, c’est que jamais n’est abordé le moindre élément avancé par les sceptiques. Les deux auteurs se contentent, tout comme les journalistes, de les caricaturer et de leur opposer un principe de plausibilité dont on a pu mesurer les limites.

Ces derniers doivent bien mal connaitre les arguments des sceptiques pour se contenter de telles démonstrations. Par exemple, M. Bricmont qui évoque les miracles en guise d'argument comparatif semble ignorer qu’en juillet 2010, David Ray Griffin a envoyé une lettre ouverte intitulée « Aux principaux détracteurs appartenant à la Gauche américaine qui critiquent le Mouvement pour la vérité sur le 11/9 : Croyez-vous vraiment aux miracles ? » où il détaille une série de faits expliqués selon lui de façon irrationnelle par la thèse officielle mais admis sans questionnement par ses partisans. Parmi les destinataires de la lettre, un certain Noam Chomsky qui n'a jamais daigné répondre sur seulement un seul de ces points. Dommage cela nous aurait peut-être épargné quelques clichés…

Il est certes commode d'ignorer le travail de recherche des sceptiques du 11-Septembre, en prétextant fallacieusement que ce travail détourne les gens des "vrais" problèmes de nos sociétés [77] mais c'est un "argument" bien faible. En effet, le questionnement du 11-Septembre —­ un événement qui a servi de prétexte à une dérive sécuritaire, liberticide et anti-démocratique de nos sociétés sous couvert de guerre au terrorisme —­ conduit naturellement les "sceptiques" à s'interroger sur les problèmes de société qui découlent du (ou ont été exacerbés par le) 11-Septembre : l’impérialisme, les guerres préventives, la restriction des libertés, l’instrumentalisation de la peur, le terrorisme d’Etat, le fonctionnement des médias, le rôle des experts, etc. C'est notamment le cas dans Ben Laden, Storytelling et Démocratie, un documentaire de ReOpen911 qui, à partir de l'annonce de l'assassinat de ben Laden le 2 mai 2011 par les forces spéciales US, amène le spectateur à s'interroger sur le fonctionnement de nos médias et l'évolution de nos démocraties.

L’info spectacle semble avoir gagné, le réel s’est virtualisé, les drames vécus par nos semblables ne nous concernent pas : trop loin et puis de toutes façons on n’y peut rien... Une résignation qui ravirait Samuel Huntington — le père du concept du Choc des Civilisations — lequel écrivait dans le rapport n°8 de la Trilatérale [78]The crisis of democracy, présenté à Kyoto en mai 1975 : 


(..) Contrairement à tous ces drames qui se passent « loin », le 11-Septembre eut lieu en direct au cœur de chaque foyer. Ce fut l’évènement historique le plus marquant de la vie de la plupart d’entre nous : chacun se souvient de ce qu’il faisait, où il se trouvait le jour où il a appris que des avions étaient rentrés dans les Tours Jumelles. La démonstration d’une éventuelle participation active ou passive d’élites américaines ne pourrait-elle pas à son tour créer un choc psychologique à même de briser la résignation des citoyens ? [79] Comme le souligne le journaliste Hicham Hamza : «  L’enjeu est significatif : si la "guerre contre le terrorisme" ayant causé depuis dix ans la mort de centaines de milliers d’individus est basée sur un mensonge, les conséquences de cette démystification seraient politiquement dévastatrices  ».

Chacun est bien entendu libre de choisir ses combats, d’établir ses priorités, mais les contributions présentes de Noam Chomsky et Jean Bricmont qui se basent seulement sur le « critère simple de plausibilité » et sur des arguments fallacieux (les experts face aux conspirationnistes se formant sur le net, inutilité des commissions, technicité du débat…) s’avèrent être des plaidoyers pour l’abandon de toute investigation sur les innombrables incohérences du récit officiel.
 
Une attitude d’autant plus consternante que nos deux célèbres pourfendeurs de l’ordre établi ne contestent pas la pertinence de certains faits. Chomsky reconnait que parmi «  les faits étranges, les coïncidences troublantes, les choses incompréhensibles  » rapportés par les sceptiques «  certains sont probablement corrects  ». De même, Bricmont se dit « prêt à admettre que la version officielle comprend des trous et que, peut-être, on nous cache des choses  » (Mail personnel cité avec l’autorisation de son auteur).

Nous n’attendons pas de vous un engagement à nos côtés ou un soutien inconditionnel à notre combat. Par contre, nous estimons être en droit d’attendre de vous une argumentation autre que celle servie depuis des années par les médias, une argumentation exempte de dénigrement [80] ou de caricature et qui se baserait avant tout sur les faits.

Une meilleure connaissance du sujet ne pouvant que vous aider dans l’élaboration de vos arguments, nous vous invitons à visionner ces deux vidéos. La première résume la thèse officielle et la seconde présente diverses zones d’ombres du 11-Septembre :

Si vous désirez approfondir votre étude du sujet, vous pouvez prendre connaissance de : 

  • La rubrique « Points-clés du 11-Septembre » qui s'applique à rapporter les principaux faits relatifs au 11-Septembre, avec un souci d'objectivité et dans le respect des règles du journalisme : citation des sources, recoupement de l'information, recherche de la contradiction.
  • La recherche personnelle du journaliste québécois David Charbonneau, basée sur deux années complètes d'analyse de sources médiatiques crédibles et vérifiables, dans le but de permettre à un maximum de gens d'atteindre une vision plus nette sur le sujet.
  • La Complete 911 Timeline, site anglophone de Paul Thompson qui regroupe des milliers d’articles de presse sur les événements entourant le 11-Septembre, et qui est à la base des recherches des familles de victimes regroupées sous le nom des "Jersey Girls". 
Le récit officiel des évènements du 11-Septembre est aujourd’hui contesté par des milliers de personnalités dans le monde et nombre d’associations professionnelles se sont formées, parmi lesquelles :


Signe indéniable d’une évolution dans la société, plusieurs célèbres journalistes ont publiquement fait part de leurs doutes comme par exemple Robert FiskEric MargolisJohn Pilger ou encore chez nos compatriotes Karl Zéro et John-Paul Lepers (des propos malheureusement passés sous silence par leurs confrères) [81], et même d’ardents défenseurs de la thèse officielle reconnaissent qu’il reste effectivement des points à clarifier [82], certains d’entre eux se déclarant même favorables à une nouvelle enquête.

Si tout le monde s’accorde à dire que la thèse officielle est sur certains points discutable, pourquoi ne pas en discuter simplement et calmement ? Plus d'une décennie s’étant écoulée, n’est-il pas temps de sortir enfin de cette spirale du silence ?


Par Pierre Luciani pour ReOpen911


 

 

Article complet, notes, vidéos et liens, voir sur le site :


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/reopen911-repond-a-noam-chomsky-et-127670

 

 

 

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