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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 05:10

publié par babelouest (crisonnier mais libre) le 04/07/2010 15H51 

 

S’il devait retourner à l’école, il serait au premier rang, ne cessant d’applaudir le maître que pour appeler à la discipline et exhorter ses camarades à travailler plus. Gérard Carreyrou a passé l’âge, mais il reste - à TF1 hier comme à France Soir aujourd’hui - le fayot de service, bramant toujours dans le sens du pouvoir. À tel point qu’il a réussi à redonner tout son lustre au mot "propagande". Respect !

lundi 28 juin 2010, par JBB


68 ans, et toujours au turbin ! Un exemple pour cette France qui rechigne à se lever tôt et à travailler plus longtemps. Un modèle, même. Loin, très loin de ces petits saligauds de grévistes qui « rêvent toujours d’une oasis de facilité au milieu d’un monde cruel » [1], croient encore - les naïfs ! - dans le « paradis terrestre des utopistes de l’État providence » [2] et restent « englués dans un passé mitterrandien qui commence à dater » [3]. Gérard Carreyrou a beau être passé de TF1 à France Soir comme on tombe de Charybde en Scylla, directeur de l’information de l’alors plus puissante chaîne française devenu éditorialiste de luxe en un canard qui peine à s’affirmer [4], il ne lâche rien. Et livre chaque jour - ou peu s’en faut - à des lecteurs qui n’en demandent peut-être pas tant un petit bijou de propagande gouvernementale. Un édito aussi sirupeux, tout en courbettes et amour pour le pouvoir, qu’agressif en sa forme propagandesque [5].

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Ne pas faire retraite

Gérard Carreyrou parle de (presque) tout. Mais il n’est jamais aussi bon que quand il évoque (souvent, très souvent) la « nécessaire » réforme des retraites. En décembre 1995, déjà, il tempêtait vent debout contre ces manifestants refusant l’évidence - c’est-à-dire un plan Juppé allongeant notamment la durée de cotisation. Et il fustigeait, au 20 Heures de TF1, « un mouvement où les fantasmes et l’irrationnel brouillent souvent les réalités » [6], en même temps qu’il louait la bravoure du Premier ministre : « M. Juppé a marqué sans doute un point, celui du courage politique. » Et Serge Halimi de constater, dans Les Nouveaux chiens de garde : « La langue de bois des Importants venait de laisser voler ses plus jolis copeaux : d’un côté — celui du pouvoir et de l’argent — le "courage" et le sens des "réalités" ; de l’autre — celui du peuple et de la grève — les "fantasmes" et l’"irrationnel". Ce mouvement social aurait-il l’impudence de remettre en cause vingt années de pédagogie de la soumission ? »

Quinze ans après, rien n’a changé - c’en serait presque rassurant, les mots et dogmes de Gérard Carreyrou comme certitude qu’il y aura toujours, en ce monde, quelque chose d’intangible à quoi se raccrocher, fut-ce le plus bel exemple de crétinerie mensongère. Juppé était « courageux » en 1995 ? Fillon est « rigoureux » en 2010 [7], « crédible et courageux » [8] et « son discours sur les déficits s’inspire tout à la fois de Churchill (…) et de Kennedy (…) » [9]. Le plan Juppé en appelait au sens des « réalités » ? La « grande réforme » [10] aussi, « ambitieuse et nécessaire pour assurer la pérennité des retraites des Français », « qui marque une rupture avec le passé de facilité mais [qui] est incontournable et nécessaire dans le contexte de la crise et de nos déficits abyssaux » [11]. C’est juste une question de bon sens, finalement : qui pourrait bien refuser « des propositions mesurées qui passeront fatalement par un allongement progressif de la durée de cotisation et par le glissement ou le contournement du tabou des 60 ans » [12] ? C’est mesuré et fatal, on vous dit…
La « grande réforme » est même si inéluctable qu’une grande partie des habitants de ce pays en a pris conscience et s’y est résignée. Contre mauvaise fortune bon cœur : « une majorité de l’opinion sait qu’il n’y a pas d’autres choix » [13], « l’opinion française est (…) en train de comprendre qu’il n’y a pas d’alternative à la réforme des retraites, beaucoup d’hommes et de femmes de gauche comme de droite sont préparés, sinon enthousiastes, à faire cet effort national » [14], « la réforme des retraites est passée dans les têtes avant de s’inscrire dans la loi » [15], « une large partie de l’opinion (…) sent bien dans ses profondeurs qu’on n’a pas d’autre choix » [16], etc… Finalement, Gérard Carreyrou lit dans l’opinion comme une mauvaise cartomancienne dans le Ricoré ; au fond de la tasse, entre deux gouttes, c’est la résignation et l’acceptation qu’il trouve.

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Propagande à l’arme lourde

C’est en cela que les très nombreux éditos de Gérard Carreyrou sont si révélateurs : sans s’embarrasser de quelques précautions ou nuances - ce n’est pas le genre du bonhomme… - , convaincu de s’adresser à des classes populaires (puisque c’est le lectorat cible de France Soir) qu’il imagine sans doute complétement crétines et idiotes, l’homme répète, martèle, pilonne. Il bombarde, même. Celui qui, à l’antenne et en compagnie de Michèle Cotta, s’extasiait au premier soir de l’offensive en Irak [17] devant les images de bombardement au laser diffusées par les forces américaines - « Ce sont effectivement des images tout à fait étonnantes (…). Dans quelques instants, d’autres images tout à fait étonnantes. » [18] - fait preuve du même goût pour l’arme lourde quand il s’agit de mettre en avant l’action gouvernementale. Même sa justification ultérieure, quand il tente d’analyser a posteriori son effarante fascination pour le tapis de bombe US, vaut aussi grille d’analyse pour son incessant bombardement éditorial sur la réforme des retraites : « Bien sûr, certains disent qu’on jubile à l’antenne, qu’on semble y prendre du plaisir. Je ne dis pas que c’est bien. Je dis que c’était inévitable parce qu’enfin - si j’ose dire - le système qu’on avait mis en place depuis des mois allait pouvoir fonctionner. » [19] C’est cela même : le système qu’on avait mis en place depuis des mois allait pouvoir fonctionner… À cette différence que cela fait des années que Gérard Carreyrou (comme ses semblables) ronge son frein. Une fois venu le moment de l’hallali sur les 60 ans, il s’agit de se lâcher : taïaut !

Rien d’autre qu’une offensive, donc. Gérard en a l’habitude, lui qui a été à bonne école (militaire), celle de son ami de toujours, l’ancien soldat Charles Villeneuve. Eux deux ont fait les 400 coups (antisociaux) ensemble. Se sont imposés de concert à Europe 1 [20], avant de lâcher Jean-Luc Lagardère pour Bouygues. Ont tous deux fait partie de l’équipe dirigeante de TF1 [21]. Et ont surtout produit ensemble Le Droit de Savoir, émission qui n’avait de cesse de vanter l’exemplaire travail de la police, de fustiger les prétendus profiteurs du système ou de dénoncer « la France qui triche »« Les uns profitent à l’excès de l’assurance chômage, les autres fraudent le RMI, d’autres encore fabriquent des arrêts maladie bidons. Des milliards d’euros leurs sont versés chaque année par les organismes de protection sociale », attaque ainsi bille en tête Charles Villeneuve en mai 2007. Juste avant les présidentielles, quel hasard…
D’une certaine façon (ou même : d’une façon certaine), Gérard Carreyrou a donc participé à l’élection de Nicolas Sarkozy. L’ancien militant PSU des années 60 - devenu depuis giscardien, balladurien [22] et enfin sarkozyste - en tire sans doute une légitime fierté, lui qui porte aux nues, dans France Soir, le président en exercice. Jusqu’à le comparer à Roosevelt - parce qu’il « n’a pas changé depuis son élection mais grandit dans l’épreuve » [23]. Ou à le créditer de toutes les réussites : « Omniprésent et hyperactif dans la mise en œuvre d’une solution européenne face à la crise, Nicolas Sarkozy démontre une nouvelle fois qu’il a la stature d’un président des temps difficiles, comme il l’avait prouvé aussi bien dans la crise financière de 2008 que dans la crise Russie-Géorgie. » [24] Tant d’amour en deviendrait presque touchant.
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Contre le bolchévisme, le syndicalisme et la lutte armée…

Ça fait longtemps que Gérard Carreyrou a choisi son camp. Pas seulement pour Sarkozy. Mais surtout contre les syndicats, la gauche, les grévistes et - de façon générale - la piétaille. Quand, il y a 20 ans, Le Canard Enchaîné publie la déclaration d’impôt de Jacques Calvet, alors patron de Peugeot Citroën, et montre que celui-ci a vu son salaire augmenter de 45 % en deux ans, c’est Gérard qui vient pleurer à l’antenne de TF1 : « Ils ont braqué un revolver chargé sur la nuque du grand pédégé. » [25] Solidarité de classe, déjà : au mitan des années 90, révèle Le Nouvel Observateur, c’est un salaire de 2,8 millions de francs annuels que touche l’apparatchik de TF1. Entre grands patrons, on se comprend…
C’est sans doute au nom de cette même solidarité que Gérard Carreyrou bave tant qu’il peut quand L’Express publie en 2008 un entretien avec Jean-Marc Rouillan. L’éditorialiste de France Soir monte au créneau, admonestant l’ancien d’Action Directe du haut de son confortable fauteuil : « J’estime que vous devriez avoir la décence de vous taire, monsieur l’assassin condamné à la perpétuité. » [26] Et s’attire une cinglante réponse de Pierre Carles, publiée dans CQFD : « Dans sa chronique de France Soir, Carreyrou explique que Jean-Marc Rouillan aurait "lâchement assassiné" le général Audran "parce que son nom de famille commençait par la première lettre de l’alphabet". Puis ce fut au tour du PDG de Renault, Georges Besse, "dont le nom commençait par un ’b’". Enfin, il lâche à l’adresse de Jean-Marc Rouillan : "Vous vous prépariez à un autre assassinat dont le nom de la victime aurait commencé par un ’c’". C comme… Carreyrou ? »

Gérard peut dormir tranquille : Rouillan est retourné moisir en taule. Et l’éditorialiste a tout loisir de poursuivre son incessante propagande, sans sueurs froides ni regards jetés en arrière pour s’assurer qu’aucun vengeur social n’approche dans son dos. Serein, il peut savourer la faible mobilisation syndicale du 27 mai, y revenant par deux fois, juste avant et juste après. Dans Echec probable, il gage que « la raison l’emporte[ra] sur les pesanteurs de l’immobilisme social » ; dans L’échec du 27 mai, il se félicite de l’absence de « véritable dynamique de contestation ». Que celle-ci se fasse jour, près d’un mois plus tard, et Gérard Carreyrou évacue en deux lignes ce « baroud d’honneur avant les grandes vacances » [27], avant de longuement revenir sur un fallacieux et mensonger sondage du Figaro [28]. C’est ainsi : le sarkozysme est apostolat, le servir dans France Soir impose certaines œillères. Il faut bien tenir bon la barre quand l’heure est grave : «  Déjà écrasé par les déficits financiers qui n’ont fait que croître et embellir avec la crise, notre pays semble aujourd’hui menacé par un déficit encore plus grave, un déficit moral. » [29] Et il ne sera pas dit que celui qui invitait, sur l’antenne de TF1 en 1989 et en réaction aux (faux) charniers de Timisoara, à créer des Brigades internationales pour « mourir à Bucarest », sera resté bras croisés en 2010. Mourir pour le sarkozysme, c’est une jolie invitation, non ? Allez, dépêche-toi, Gérard…

Notes

[1] Édito de France Soir, le 24 juin : Lucidité et manifestations.

[2] Ibid.

[3] Édito de France Soir, le 29 mai : L’échec du 27 mai.

[4] Malgré les rodomontades de son nouveau propriétaire, Alexandre Pougatchev, et en dépit de tout l’argent injecté (20 millions d’euros pour la seule campagne de communication autour de la nouvelle formule), les ventes de France Soirelles se situaient en moyenne à 86 715 exemplaires ; bien loin, encore, de l’objectif fixé à 150 000 exemplaires pour fin 2010 et à 200 000 pour fin 2011. ne décollent pas autant que son nouveau propriétaire le voudrait. Pour le mois d’avril,

[5] Quand elle est à ce point frontale, la propagande tient quasiment de la trouée allemande dans les Ardennes.

[6] Cité par Serge Halimi, Le Monde diplomatique, janvier 1996.

[7] Édito de France Soir, le 26 juin : Fillon le rigoureux.

[8] Édito de France Soir, le 5 mai : Grèce, retraites : le lien.

[9] Édito, Fillon jusqu’en 2012 ?

[10] Si, si, c’est comme ça qu’il l’appelle. C’est même le titre de son édito du 26 mai : Le choix de la grande réforme.

[11] Édito du 17 juin : Sévère mais juste.

[12] Édito de France Soir, le 5 mai : Grèce, retraites : le lien.

[13] Édito du 17 juin : Sévère mais juste.

[14] Édito du 5 mai, Grèce, retraites : le lien.

[15] Édito du 29 mai : L’échec du 27 mai.

[16] Édito du 10 juin : Égalité et équité.

[17] Soit le 18 janvier 1991.

[18] Cité par Arnaud Mercier, « Médias et violence durant la guerre du Golfe », Cultures & Conflits.

[19] Interview à L’Evénement du Jeudi, le 21/02/1991, citée par Arnaud Mercier, ibid.

[20] Ils n’étaient pas seuls, d’ailleurs. À défaut d’un quelconque autre titre de gloire, Europe 1 restera comme cette radio qui, dans les années 1970, a chaleureusement couvé, sous l’autorité d’Étienne Mougeotte (et surtout de Jean-Luc Lagardère), certains des pires pousses d’une nouvelle caste médiatique : Gérard Carreyrou, Jean-Claude Dassier, Robert Namias et Charles Villeneuve, soit l’essentiel du futur état-major de TF1. Ces caricatures de journalistes - giscardiens aux dents longues - s’étaient même baptisés, en 1974 et en référence à la révolution des Œillets, du pompeux terme de « capitaines portugais ».

[21] Charles Villeneuve y a été directeur des sports, ainsi que directeur général de TAP, filiale de TF1 et directeur des opérations spéciales. Gérard Carreyrou, lui, a notamment occupé les postes de directeur de la rédaction et de directeur de l’information de TF1.

[22] Gérard Carreyrou a été l’un des artisans du matraquage pro-Balladur de TF1. Ce qui lui vaudra d’ailleurs une temporaire mise à l’écart, une fois acquise la victoire de Chirac.

[23] Édito du 4 décembre 2008 : A la Roosevelt.

[24] Édito du 11 mai : Retour présidentiel, contradictions au PS.

[25] Cité par Nicolas Cori, dans Les Cordons de la Bourse.

[26] Édito du 1er octobre 2008 : L’indécence de l’assassin.

[27] Édito du 24 juin : Lucidité et manifestations.

[28] Voir sur le sujet ce bon article d’Arrêt sur Image : Sondage : Les Français approuvent (enfin) la réforme des retraites.

[29] Dans l’édito titré Déficit moral.

 

http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=14009

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